La France recommande à sa population de réduire la consommation de viande importée

Le lobbying de l'élevage occupe une place importante dans un climat politique tendu.

EURACTIV.com
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GettyImages-2247486609-e1770874717167 [Mohamad Salaheldin Abdelg Alsayed/Anadolu via Getty Images]

Dans sa stratégie nationale tant attendue pour une alimentation plus saine et plus verte, le gouvernement français a adopté une position politiquement prudente sur la consommation de viande, recommandant aux citoyens de simplement « limiter » leur consommation de viande rouge, tout en appelant à une « réduction » de la consommation de viande importée.

Cette nuance est l’un des éléments les plus marquants de la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat, élaborée dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS) et dévoilée mercredi.

Ce document définit les objectifs de la politique nutritionnelle du gouvernement jusqu’en 2030. Il a été rédigé conjointement par les ministères de la Santé, de l’Agriculture et de l’Environnement, sous la coordination du cabinet du Premier ministre.

La stratégie vise à « encourager des choix alimentaires bénéfiques pour la santé et respectueux de l’environnement, tout en réduisant les inégalités d’accès à une alimentation durable et de qualité ».

Mais la présentation de cette stratégie s’est avérée très politique. Initialement prévue pour 2023, sa publication a été retardée à plusieurs reprises en raison de désaccords internes au sein du gouvernement. En septembre, le projet aurait été bloqué par le cabinet du Premier ministre – alors dirigé par François Bayrou – en raison de désaccords sur la recommandation de réduire la consommation de viande.

Un projet de novembre a adouci le langage, fixant uniquement un objectif de « limitation » de la consommation de viande. Ce projet a été diffusé aux médias, notamment à Euractiv, mais sa publication a été brusquement reportée sans que la presse ne reçoive aucune information supplémentaire.

Dans la version finale, le gouvernement recommande de « limiter la consommation de viande et de viande transformée et de réduire la consommation de viande importée ».

La justification avancée est que la consommation de certains produits importés, tels que le bœuf, « contribue à la déforestation », mais la stratégie met également en avant des arguments géopolitiques, tels que la dépendance du pays vis-à-vis des protéines importées.

La stratégie recommande que la limitation de la consommation de viande s’accompagne d’une augmentation de la part des protéines végétales dans l’alimentation.

Mais l’influence du secteur de l’élevage sur le texte est difficile à ignorer dans ce contexte politiquement chargé.

Paris est en état d’alerte, sous la pression à la fois de la baisse des chiffres de production et des agriculteurs eux-mêmes. L’excédent commercial agroalimentaire a chuté à son plus bas niveau depuis des décennies, tandis que les éleveurs ont descendu dans la rue ces derniers mois pour protester contre la gestion stricte par le gouvernement de la maladie bovine appelée dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et son incapacité à bloquer la ratification de l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur.

Ces tensions ont déjà poussé le gouvernement à faire une série de concessions avant le Salon de l’agriculture de Paris la semaine prochaine, et les responsables ont promis d’autres mesures, notamment une « loi d’urgence agricole » actuellement en cours d’élaboration.