La France pourrait rejoindre l’Europe des anti-OGM

Le ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, Jean-Louis Borloo, s’est dit favorable à un arrêt de la culture des OGM. Le gouvernement nie pourtant avoir déjà pris sa décision. Si le dossier aboutit, la France rejoindra le camp des pays européens dans lesquels ces cultures sont interdites.

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Le ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, Jean-Louis Borloo, s’est dit favorable à un arrêt de la culture des OGM. Le gouvernement nie pourtant avoir déjà pris sa décision. Si le dossier aboutit, la France rejoindra le camp des pays européens dans lesquels ces cultures sont interdites.

Contexte :

« Sur les OGM, tout le monde est d’accord  : on ne peut pas contrôler la dissémination. Donc on ne va pas prendre le risque », a déclaré Jean-Louis Borloo dans un article publié par le quotidien Le Monde, jeudi 20 septembre. 

La question de la culture des OGM faisant débat au sein des groupes de travail du Grenelle de l’environnement, cette déclaration du ministre français a été rapidement interprétée comme une annonce d’un futur gel ou d’un moratoire sur les cultures d’OGM en plein champ en France. 

Enjeux  :

Selon une directive adoptée en 2001 par l’Union européenne, les États membres peuvent « interdire, à titre provisoire, l’utilisation et/ou la vente d’un OGM en tant que produit ou élément de produit sur son territoire ».

Cette décision peut intervenir si, disposant « d’informations nouvelles ou complémentaires, devenues disponibles après que l’autorisation a été donnée (…), l’État membre a des raisons précises de considérer que cet OGM (…) présente un risque pour la santé ou l’environnement ».

Se prévalant de cette directive, l’Allemagne a arrêté, en 2007, la culture du maïs MON810. Il s’agit du maïs actuellement cultivé en France. L’Autriche et la Hongrie lui ont emboîté le pas.

En parallèle, certains États comme la Grèce, la Suisse, et la Pologne ont mis en place des réglementations nationales visant à interdire la culture des OGM.

Six autres pays ne pratiquent pas la culture d’OGM  : la Grande-Bretagne, le Luxembourg, la Suède, le Danemark, la Norvège et la Finlande.

Positions  :

« Le ministre confirme là ce que les opposants aux OGM répètent depuis des années  : dès qu’ils sont cultivés en plein champ, les OGM occasionnent une pollution génétique incontrôlable et irréversible », a déclaré Chantal Jaquet, porte parole de l’Alliance pour la planète (un réseau de 80 associations environnementales), se réjouissant de la démarche du gouvernement. 

L’organisation a toutefois indiqué qu’elle restait très vigilante : « Les propos de Jean-Louis Borloo constituent une avancée importante, mais le ministre doit encore nous donner des garanties ».

Responsable de la campagne OGM de Greenpeace France, Arnaud Apoteker, a ajouté que « ce « gel » [devait] d’abord se traduire concrètement par une interdiction de toute mise en culture d’OGM au moment des prochains semis. Cette situation doit se prolonger jusqu’au vote d’une loi, qui devra empêcher la dissémination des OGM dans l’environnement et encadrer beaucoup plus rigoureusement qu’aujourd’hui le régime d’autorisation, notamment en créant les conditions d’une expertise scientifique indépendante. »

La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), le principal syndicat du monde agricole, s’est violemment insurgé contre cette annonce du gouvernement, sur le fond comme sur la méthode, et a menacé de se retirer des négociations du Grenelle.

La fédération n’a d’ailleurs pas participé aux réunions du 21 septembre. « Aujourd’hui, sauf démenti, la confiance est rompue et notre participation aux travaux du Grenelle de l’environnement s’avère inutile si les décisions finales sont déjà actées ».

Les groupes céréaliers se sont également opposés à cette mesure. Le vice-président de l’association générale des producteurs de blé, Jean-Jacques Vorimore, a jugé cette décision « complètement irréaliste ». « C’est extrêmement dangereux pour le secteur agroalimentaire français, qui n’aura pas l’approvisionnement nécessaire en quantité et en qualité. On va laisser les Américains dominer la recherche car on va fortement décourager les entreprises européennes ». 

Pour tenter de calmer les tensions, le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez, a déclaré, vendredi 21 septembre, sur l’antenne d’Europe 1 qu’aucune décision n’était « arrêtée à ce jour ». Selon lui, ce dossier est toujours « sur la table » et « la décision n’est pas prise ». Il a toutefois rappelé que le gouvernement serait amené à un moment ou un autre à « trancher ».