La France montre son hostilité à l’adhésion turque
Deux chapitres supplémentaires de négociations avec la Turquie vont être ouverts aujourd’hui par les États membres de l’UE. A la suite des objections exprimées par la France, le troisième chapitre concernant la politique monétaire a été pour le moment écarté.
Deux chapitres supplémentaires de négociations avec la Turquie vont être ouverts aujourd’hui par les États membres de l’UE. A la suite des objections exprimées par la France, le troisième chapitre concernant la politique monétaire a été pour le moment écarté.
En bref :
La Turquie n’a pas vocation à entrer dans l’Europe, seul un partenariat privilégié est envisageable, a expliqué Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale. Lors de sa première visite à Bruxelles, le 21 mai, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, était resté flou sur un possible veto français à l’adhésion turque. Un mois à peine avant la réunion du Sommet européen de juin, la France étudiait le coût diplomatique d’une opposition frontale avec ses partenaires européens sur le dossier turc.
Sur les conseils du président de la Commission européenne, Nicolas Sarkozy avait décidé, à la fin du mois de mai, de ne pas faire obstacle à l’ouverture de trois nouveaux chapitres de négociations avec Ankara. A l’issue d’un entretien avec le premier ministre italien Romano Prodi le 28 mai, le président français avait déclaré qu’il concentrerait pour le moment ses efforts sur le blocage institutionnel de l’UE plutôt que sur la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE. Nicolas Sarkozy avait ainsi suggéré qu’il n’opposerait pas son veto à la poursuite des négociations au mois de juin : « le véritable rendez-vous [avec la Turquie] est [le Sommet européen de] décembre 2007 », lorsque les dirigeants de l’UE discuteront de la poursuite de l’élargissement.
Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a pourtant laissé entendre la semaine dernière que Paris accepterait seulement l’ouverture de deux chapitres de négociations avec la Turquie, sur les statistiques et le contrôle financier, excluant ainsi celui sur la politique économique et monétaire. La Turquie n’ayant, selon la France, pas vocation à entrer dans l’UE, le président français n’estime pas nécessaire de discuter de la politique monétaire avec Ankara.
Anticipant le veto de Paris, la présidence allemande n’a pas mis ce dernier chapitre à l’ordre du jour de la réunion des ambassadeurs qui s’est déroulée lundi 23 juin à Bruxelles. Les diplomates devaient donner leur accord sur l’ouverture des chapitres de négociations. « Les États membres ont besoin de plus de temps pour trouver un accord sur le troisième chapitre » a précisé hier Krisztina Nagy, porte parole du commissaire européen à l’élargissement Olli Rehn. Les discussions se poursuivent donc sur ce dernier chapitre.
La Suède, l’Estonie et la Finlande, souhaitent que cette question soit abordée dans les prochains mois, sous présidence portugaise. Il semble néanmoins peu probable que le Portugal prennent le risque d’un affrontement avec Paris sur ce sujet.
Entamées en 2005, les négociations avec la Turquie ont été partiellement interrompues en décembre 2006 à la suite du refus d’Ankara d’ouvrir ses portes et aéroports aux navires et aux avions chypriotes. Huit des trente cinq chapitres officiellement ouverts ont alors été gelés. Sur les 35 chapitres, seul celui concernant la science et la recherche à jusqu’à présent été clos.