La France mise sur l'agro-écologie pour lutter contre le réchauffement climatique
L’agriculture et les forêts, responsables de 24 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, peuvent être des contributeurs importants à la lutte contre le réchauffement climatique, selon un rapport.
L’agriculture et les forêts, responsables de 24 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, peuvent être des contributeurs importants à la lutte contre le réchauffement climatique, selon un rapport.
« L’agriculture a une responsabilité de diminuer les émissions de l’activité économique mais elle est aussi une solution pour réduire les gaz à effet de serre», a déclaré Stéphane Le Foll, lors de la présentation d’un rapport sur les contributions possibles de l’agriculture et de la forêt à la lutte contre le changement climatique.
Dans ce rapport présenté le 22 septembre, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) a livré son travail préparatoire aux discussions sur le climat dans la perspective de la COP21.
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« L’enjeu est de considérer le défi écologique et de lutte contre le réchauffement climatique, le défi alimentaire et le défi agricole et forestier comme un ensemble », a indiqué le ministre. Mais « ce n’est pas en diminuant les productions agricoles que l’on résoudra les grandes problématiques environnementales, mais en s’adaptant »a -t-il prévenu.
« Le secteur de l’agriculture et la forêt est crédité de 24 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, qui contribuent au changement climatique », indique le rapport du CGAAER.
S’adapter aux défis climatiques
En France, les émissions agricoles de gaz à effet de serre représentent environ 100 millions de tonnes de CO2 par an, soit 20 % des émissions totales du pays. Ces émissions sont liées aux élevages et à la fertilisation des sols. D’un autre côté, les forêts permettent le stockage des émissions de CO2 à hauteur de 75 millions de tonnes. Cependant ce phénomène est inversé par l’artificialisation des sols et le retournement des prairies.
Quatre leviers pour réduire les gaz à effet de serre d’ici 2030
Parmi les leviers d’action, le rapport souligne la nécessité de faire évoluer les pratiques agricoles vers l’agro-écologie. Objectif, le “secteur des terres ” doit pouvoir jouer un rôle majeur en contribuant de 20 à 60 % au potentiel d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 ».
Les agriculteurs seraient ainsi mis à contribution notamment sans le domaine de l’élevage (couverture des fosses, torchères, méthanisation, alimentation…), de la fertilisation (précision des apports, azote organique…) ou encore du stockage du carbone dans les sols (couverture des sols, travail du sol simplifié, allongement des rotations…)
Une autre contribution serait la réduction de l’artificialisation des sols. En effet, chaque année, on constate un étalement de l’urbanisme de 70.000 hectares. De même, le retournement des prairies concerne 90.000 hectares. Si le rythme actuel de l’artificialisation diminuait de moitié, cela pourrait engendrer une réduction de 8 à 10 millions de tonnes de CO2.
De même, le rôle de la forêt pourrait être renforcé par une augmentation supplémentaire des récoltes de bois de 20 millions de mètres cube et le reboisement de 50.000 hectares par an de variétés à croissance rapide. Cela représenterait « un gain potentiel d’au moins 40 millions de tonnes de CO2 par an en substitution à l’horizon 2030 et 5 millions de tonnes de CO2 par an en stockage », a indiqué Marie-Laurence Madignier, coordinatrice du rapport.
Enfin, le rapport encourage la lutte contre le gaspillage et les pertes alimentaires qui représentent 30 % de la production française. Cela se traduit par des émissions tout au long de la chaine alimentaire, notamment en aval lors de la distribution et du transport des produits. Selon des données de la FAO, 20 % de réduction de ce gaspillage permettrait en France « d’économiser des émissions sur toute la chaîne alimentaire estimée à 10 millions de tonnes de CO2 par an », a expliqué Marie-Laurence Madignier.
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La mise en place de ces différents leviers permettrait donc d’économiser 50 % des émissions du secteur des terres, soit une diminution de 25 millions de tonnes de CO2 émis par an. De leur côté, les substitutions par des bioproduits (bioénergies, biomatériaux, chimie verte…) pourraient augmenter de 50 %.
Stéphane Le Foll défend son projet agro-écologique
Lors du premier symposium international sur l’agro-écologie au siège de la FAO à Rome vendredi 19 septembre, Stéphane Le Foll a rappelé l’engagement de la France en matière d’agro-écologie, un de ses grands projets. Lors de cette réunion internationale, les participants ont partagé les connaissances et les pratiques pour « une agriculture, une foresterie et une pêche plus productives et plus durables ». Un objectif que le ministre a d’ailleurs défendu le même jour dans une tribune sur le site du Huffington Post.
Stéphane Le Foll a par ailleurs rappelé que le rapport du CGAAER n’est qu’une première étape dans le processus de discussion. La France souhaite ainsi avoir des discussions au niveau européen et en particulier avec l’Irlande qui, selon le ministre, « a beaucoup travaillé sur ces questions ».