La France, l'Allemagne et l'Italie renoncent à une aide de la BCE pour enrayer la crise
La France, l'Allemagne et l'Italie ont décidé hier (24 novembre) de ne pas demander une intervention de la Banque centrale européenne pour sauver la zone euro de la crise de la dette souveraine
La France, l'Allemagne et l'Italie ont décidé hier (24 novembre) de ne pas demander une intervention de la Banque centrale européenne pour sauver la zone euro de la crise de la dette souveraine
« Nous souhaitons tous les trois exprimer notre soutien à la BCE et à ses dirigeants », a déclaré le président français, Nicolas Sarkozy, suite à une réunion avec le premier ministre italien, Mario Monti, et la chancelière allemande, Angela Merkel.
« Nous avons tous trois décidé de respecter l'indépendance de cette institution essentielle et nous sommes d'accord sur le fait que nous ne devrions pas lui adresser de demande positive ou négative à ce sujet. Nous avons pris cette décision ensemble », a-t-il affirmé.
Les trois dirigeants ont souligné qu'ils avaient confiance en la banque centrale et qu'ils ne toucheraient pas à son mandat de lutte contre l'inflation lorsqu'ils proposeront des modifications à apporter au traité de l'Union européenne pour aboutir à une union budgétaire renforcée.
Les ministres français ont demandé à la banque centrale d'intervenir massivement pour apaiser les marchés obligataires paniqués de la zone euro. Mme Merkel et ses ministres ont quant à eux affirmé que les traités de l'UE interdisaient à la BCE d'agir comme un prêteur en dernier ressort.
M. Sarkozy a déclaré que Paris et Berlin présenteraient des propositions communes avant le sommet de l'UE du 9 décembre portant sur des amendements au traité visant à instaurer une discipline budgétaire plus stricte au sein de la zone euro.
Mme Merkel a avancé que les propositions sur des pouvoirs plus intrusifs pour renforcer les règles budgétaires européennes, y compris le droit de renvoyer les mauvais élèves devant la Cour européenne de justice, étaient un premier pas vers une union budgétaire renforcée.
Elle a toutefois précisé que le statut et la mission de la banque centrale ne seraient pas modifiés, et qu'elle ne reviendrait pas sur son opposition à l'émission d'euro-obligations sauf peut-être après un long processus d'intégration budgétaire.
Certains fonctionnaires français et européens espéraient que Berlin accepterait d'accorder un rôle plus important à la BCE s'agissant d'enrayer la crise, après que l'Allemagne a souffert d'une adjudication d'obligations désastreuse ce mercredi. Cette dernière a montré que les investisseurs restaient méfiants, même envers le pays le moins en danger d'Europe.
Il est urgent que la BCE intervienne, a déclaré sur France Inter le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, avant la réunion.
M. Sarkozy a fait un pas vers Mme Merkel cette semaine en acceptant de modifier les traités pour y inclure le droit d'intervenir dans les budgets de la zone euro qui sortiraient du rang. L'Allemagne ne semble cependant pas prête à faire des concessions sur l'émission d'euro-obligations ou le rôle de la BCE.
« Il ne s'agit pas de donner pour recevoir », a expliqué Mme Merkel. Ce n'est que lorsque les pays européens auront réformé leurs économies et réduit leur déficit que les coûts de l'emprunt convergeront. « Tenter d'atteindre cet objectif sans réfléchir nous affaiblira tous. »
Alors que la crise continue de se propager, la plupart des 20 économistes de renom interrogés par Reuters ont prédit que la zone euro ne survivrait pas à la crise si elle restait sous sa forme actuelle, et certains ont même envisagé l'idée d'un « noyau » qui exclurait la Grèce.
Les analystes pensent que la crise entraînera forcément des actions exceptionnelles. « Je pense que nous nous dirigeons vers une réponse politique qui pourrait être soit une action plus agressive de la BCE, soit l'émission d'euro-obligations », a déclaré Rainer Guntermann, stratège à la Commerzbank.
Résistance à l'austérité
La population continue de résister aux propositions pour davantage d'austérité dans les deux Etats du sud qui ont eu recours à des renflouements de l'UE et du FMI. La police anti-émeutes a affronté les travailleurs en Grèce lors d'une manifestation des producteurs d'énergie contre un nouvel impôt foncier, et les travailleurs portugais ont organisé une grève générale de 24 heures.
L'agence de notation de crédit Fitch a relégué la note du Portugal dans la catégorie spéculative, affirmant que la récession entravait les efforts du gouvernement pour réduire son déficit budgétaire, mettant ainsi en exergue le cercle vicieux auquel sont confrontés les débiteurs européens.
Les obligations allemandes ont atteint leur plus bas niveau en près d'un mois suite à l'adjudication de mercredi, lors de laquelle l'agence allemande de gestion de la dette n'a pas pu trouver d'acheteur pour la moitié de son offre de 6 milliards d'euros d'obligations à 10 ans à un taux d'intérêt record de 2,0 %.
Le manque d'enchère a fait grimper les coûts d'emprunt de l'Allemagne à 10 ans à 2,2 %, au-dessus des 1,88 % des Etats-Unis et des 2,18 % de la très endettée Grande-Bretagne.
On pourrait effectivement dire que les investisseurs obligataires font grève dans la zone euro, les prêts interbancaires au sein de la zone euro sont gelés, de plus en plus de banques dépendent de la BCE pour se financer et les déposants retirent des sommes toujours plus importantes des banques du sud de l'Europe.
« Le fait que la pression s'accentue sur les rendements en Allemagne est révélateur et pourrait faire changer les perceptions », a déclaré lors d'une conférence économique à Dublin David Beers, le responsable des notations souveraines chez Standard & Poor's.
Des sources proches du dossier affirment que la BCE envisagerait de prolonger l'échéance des prêts consentis aux banques de deux, voire trois ans, afin d'éviter un resserrement du crédit qui bouleverserait l'économie de l'Union.
Soutien à l'Italie
M. Sarkozy et Mme Merkel ont également exprimé leur soutien à M. Monti, un technocrate non élu, dans sa tâche qui sera de relever les défis économiques difficiles de l'Italie. Ce soutien contraste avec le dédain qu'ils témoignaient à son prédécesseur, le gourou des médias milliardaire Silvio Berlusconi.
M. Monti a répété que l'objectif de l'Italie était d'atteindre un budget à l'équilibre d'ici 2013, mais il a précisé qu'il serait possible de mener de nouvelles discussions sur la manière d'ajuster les objectifs budgétaires dans le cas où une récession pire que prévue frapperait le pays.
Les rendements obligataires italiens ont grimpé au-delà des 7 % ce mois-ci, un taux considéré comme insoutenable sur le long terme, et ce malgré l'intervention de la BCE pour acheter des quantités limitées de dette italienne. Cette situation a d'ailleurs mené à la chute du gouvernement de M. Berlusconi.
Il est crucial pour la zone euro que l'Italie reste solvable et qu'elle puisse emprunter sur les marchés des capitaux. Les adjudications d'obligations italiennes au début de la semaine prochaine seront un test sur la confiance des marchés.
Exposition de l'Allemagne
Certains fonctionnaires allemands ont expliqué que l'échec de leur adjudication ne signifiait pas que le gouvernement rencontrait des problèmes de refinancement, et plusieurs analystes ont affirmé que Berlin devait juste offrir un taux plus attractif.
Il s'agit tout de même d'un signe que le plus grand contributeur de l'Union, l'Allemagne, pourrait devoir affronter des pressions grandissantes en raison de la crise, ce qui la pousserait peut-être à revenir sur son refus d'avoir recours à une solution plus globale.
Le ministre de l'économie, Philipp Roesler, du Parti libéral-démocrate partenaire de la coalition, a exhorté le parlement à rejeter l'idée des euro-obligations, car il ne souhaite pas que les taux d'intérêt allemand s'envolent vers des sommets.
Certains analystes du marché sont quant à eux convaincus que l'émission d'euro-obligations doit faire partie de la solution pour garder la zone euro unie.
« Bien qu'il ne soit pas évident de savoir de quelle manière la zone euro parviendra à une union budgétaire avec des euro-obligations, nous pensons que c'est la voie qui sera choisie », a déclaré David Mackie, économiste chez JP Morgan, dans une note de recherche.
Alors que le temps presse pour les décideurs politiques qui doivent mettre sur pied un plan pour sortir de la crise qui soit considéré comme crédible par les marchés, la Commission européenne a présenté une étude ce mercredi sur l'émission d'euro-obligations comme une solution à moyen terme pour stabiliser les marchés de la dette. Elle a également présenté des propositions portant sur des règles budgétaires plus strictes pour les Etats membres.
Les coûts d'emprunt de la plupart des Etats de la zone euro, même de ceux précédemment considérés comme sûrs, tels que la France, l'Autriche et les Pays-Bas, sont montés en flèche ces deux dernières semaines, dans la mesure où les investisseurs, en prise à la panique, se sont débarrassés des titres qu'ils considèrent à présent comme risqués.
En dehors de la zone euro, un éminent régulateur financier britannique a affirmé que les banques de son pays devraient mettre en place des plans d'urgence dans l'éventualité où la zone euro se démantèlerait ou si certains pays la quittaient avec l'aggravation de la crise.
« Une bonne gestion des risques implique de se préparer à des scénarios peu probables mais graves, et cela signifie que nous ne devons pas faire fi de l'éventualité d'un départ de certains pays de la zone euro », a affirmé lors d'une conférence Andrew Bailey, vice-directeur général de la division prudentielle de l'autorité des services financiers au Royaume-Uni.