La France insoumise s’engage à « aider à se défendre » tout pays de l’OTAN attaqué par la Russie
Manon Aubry, tête de liste aux élections européennes au nom de La France insoumise (LFI), a affirmé mercredi qu’il « faudra faire preuve de solidarité » si un pays de l’OTAN est attaqué par la Russie, signe d'un potentiel assouplissement sur la ligne anti-OTAN historique du parti.
Manon Aubry, tête de liste La France insoumise (LFI) aux élections européennes, a affirmé mercredi (3 avril) qu’il « faudra faire preuve de solidarité » si un pays de l’OTAN est attaqué par la Russie, signe d’un potentiel assouplissement de la ligne anti-OTAN historique du parti, à deux mois des élections européennes.
Les propos de Mme Aubry, interviewée sur franceinfo, interviennent alors qu’un missile russe a violé l’espace aérien polonais la semaine dernière, mettant les services de sécurité du pays en alerte. Le Premier ministre polonais Donald Tusk alertait en outre il y a trois jours que l’Europe entrait dans « l’ère de l’avant-guerre » et que « la guerre n’est plus un concept du passé ».
« Nous avons un devoir d’assistance mutuelle [avec la Pologne] », a réagi la tête de liste mercredi, affirmant que si Varsovie était attaquée par la Russie, alors « nous [la France] devrons les aider à se défendre ».
Ce devoir d’assistance mutuelle est ancré dans les traités européens, mais il fait aussi écho à l’article 5 du traité de l’Alliance atlantique, dont la Pologne est la France sont signataires. Selon cet article, si un de ses membres subit une attaque armée, cet acte de violence sera interprété comme une attaque contre tous les membres, qui pourront alors prendre des mesures pour venir en aide au pays agressé.
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Assouplissement de la ligne anti-OTAN ?
De tels commentaires peuvent surprendre de la part d’un parti qui s’est longtemps opposé à la présence de la France dans l’OTAN, prônant plutôt un non-alignement radical, tant vis-à-vis des États-Unis que de la Russie.
Le programme de la (feu) Nupes à l’aune des élections législatives de 2022 précisait que « la France insoumise proposera le retrait immédiat de la France du commandement intégré de l’OTAN puis, par étapes, de l’organisation elle-même », souhaitant soumettre une telle décision à un vote du Parlement.
Le groupe de la Gauche au Parlement européen, dont LFI est membre et Mme Aubry co-présidente, s’est en outre toujours fermement opposé à l’élargissement de l’OTAN à d’autres membres.
« Maintenant le peuple ! », une des chapelles du groupe de la Gauche à laquelle LFI est associée, accusait l’UE d’adopter une politique étrangère « basée sur des fusillades et des menaces nucléaires, plutôt que sur la défense des droits humains, du droit international, et du retour de la diplomatie et de la paix ».
Une autre mouvance au sein du groupe, le Parti de la gauche européenne (PGE), souligne quant à elle dans son programme électoral pour les Européennes de juin 2024 qu’elle rejetait toute « subordination » aux « États-Unis et à l’OTAN ».
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« Parti de la paix »
Mais l’heure est au sérieux diplomatique, alors que les alertes se multiplient sur la volonté dont témoignerait Vladimir Poutine de ne pas limiter ses ambitions impérialistes à l’Ukraine. « Nous devons le dire, parce que c’est de la diplomatie, que si demain un pays européen est attaqué, bien sûr qu’il faudra faire preuve de solidarité », a lancé Manon Aubry.
À l’extrême opposé du spectre politique, le Rassemblement national, qui s’était engagé en 2022 à sortir la France du commandement intégré de l’OTAN, a aussi confirmé la semaine dernière qu’un retrait n’était plus à l’ordre du jour « si la guerre est toujours en cours ».
Si les commentaires de Mme Aubry laissent penser à un possible assouplissement de la ligne sur l’appartenance à l’Alliance, elle reste fidèle aux fondamentaux du parti. Se positionnant comme seul « parti de la paix », LFI veut avant tout trouver une issue diplomatique à la guerre en Ukraine en négociant avec M. Poutine.
« L’autre issue consisterait à monter dans l’escalade militaire », a martelé la candidate, qui s’oppose frontalement à l’envoi de troupes sur le sol ukrainien, alors que le président Emmanuel Macron expliquait fin février ne plus exclure une telle option.
Lors du premier meeting de campagne de LFI pour les élections européennes le 16 mars, Jean-Luc Mélenchon avait fustigé « l’Europe de la guerre », préférant une négociation de paix dans les plus brefs délais « qui donne à chacune des deux parties des garanties mutuelles ».
Il avait également présenté le triptyque nécessaire qui, selon lui, assurerait la fin du conflit : un cessez-le-feu immédiat et permanent, un référendum des populations concernées, et des zones démilitarisées autour des centrales nucléaires.
Lors de l’interview mercredi, Mme Aubry s’est aussi montrée dubitative quant à la création d’un poste de commissaire européen en charge de la défense – idée soutenue par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Pour l’eurodéputée, « la priorité à ce stade, c’est plutôt de relancer une coordination en matière de production militaire [européenne] ».
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]