La France insiste pour que les fonds de la défense de l’UE soient investis dans les entreprises européennes
Le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, a réitéré l’insistance de son pays sur le fait que les fonds de défense de l’Union européenne (UE) doivent être dépensés en Europe, malgré les pressions croissantes pour que les entreprises américaines en obtiennent une part.
Le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, a réaffirmé la volonté de la France de voir les fonds de défense de l’Union européenne (UE) dépensés en Europe, malgré les pressions croissantes pour que les entreprises américaines en obtiennent une part.
Ses remarques constituent un avertissement direct à certains États membres, tels que la Pologne et les Pays-Bas, qui seraient prêts à utiliser les fonds de l’UE pour subventionner la production d’armes américaines en Europe — ce qui permettrait d’accéder rapidement à des équipements de défense.
Dans un discours prononcé mardi 7 janvier devant le gratin de l’industrie française de la défense et de l’armée, Sébastien Lecornu a déclaré que l’argent des contribuables européens ne devait pas être utilisé pour produire des équipements américains sous licence.
Cette déclaration renforce la position habituelle de la France, qui privilégie les entreprises de l’UE par rapport aux pays tiers — tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, Israël, la Turquie et la Corée du Sud — dans le cadre du futur programme européen d’investissement dans le domaine de la défense (EDIP).
Le programme EDIP vise à stimuler la production d’équipements de défense et la compétitivité du continent, notamment par le biais de marchés publics communs.
« Il vaut mieux ne rien faire que de faire mal », a également déclaré Sébastien Lecornu, ajoutant que la France ne reviendrait pas sur sa position, ce qui pourrait la mettre à l’écart des négociations sur lesquelles une majorité qualifiée — le mode de vote utilisé au sein du Conseil de l’UE — se prononcera.
La France semble si inquiète à ce sujet qu’elle aurait menacé de revenir sur sa participation aux fonds de défense de l’UE.
Le 14 janvier aura lieu à Bruxelles une réunion d’experts et de diplomates des États membres de l’UE, à laquelle la Pologne, qui préside le Conseil, a également invité des représentants ukrainiens à cette réunion. Celle-ci permettra donc à l’Ukraine d’expliquer la situation de son industrie et ce qu’elle peut offrir.
Cette réunion a également le potentiel de servir comme moyen de pression sur les capitales ayant des points de vue différents et de les amener à se ranger du côté des intérêts de Varsovie.
Les discussions intenses entre les experts et les diplomates de l’UE résultent actuellement de stratégies industrielles et géopolitiques différentes. La France estime que les entreprises européennes devraient être les premières bénéficiaires des fonds de l’UE, afin d’accroître l’indépendance du continent vis-à-vis des fournisseurs de pays tiers, en particulier les États-Unis.
D’autres pays, dont la Pologne et les Pays-Bas, affirment que les européens ne produisent pas assez rapidement leur matériel de défense, et que l’achat de produits fabriqués par des pays tiers est nécessaire pour réassortir les entrepôts et approvisionner l’Ukraine.
Alors que la France possède sa propre industrie de défense, avec quelques grandes plateformes et entreprises, vantant notamment l’avion de combat Rafale de Dassault, ou le canon automoteur Caesar de Nexter, certains estiment que la proposition française est en partie alimentée par ses propres intérêts.
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche le 20 janvier a également été utilisé comme argument pour acheter américain, afin d’amadouer le nouveau président des États-Unis.
Les entreprises américaines sont présentes dans plusieurs États membres de l’UE, produisant sous licence et coopérant avec les industries nationales ou leurs propres lignes de production. Par exemple, les Pays-Bas assemblent les systèmes de défense aérienne américains Patriot, tandis que l’entreprise allemande Rheinmetall fabrique les HIMARS américains.
Les industries sud-coréennes ont également établi une production de missiles et de chars en Pologne.
Cependant, selon Sébastien Lecornu, « cela peut donner à certains l’illusion d’une autonomie européenne. Cela nous mettrait surtout à la merci d’un potentiel revirement stratégique de notre allié américain ».
Le programme européen d’investissement dans le domaine de la défense à nouveau dans l’impasse
En raison des désaccords persistants sur les futures stratégies de défense de l’Union européenne (UE),…
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[Édité par Anna Martino et Alice Bergoënd]