La France et l’Allemagne prônent la discipline pour sauver l’euro

Alors que les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro se réunissent à Bruxelles pour valider officiellement le plan d’aide à la Grèce, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy font part, dans un courrier, de leurs stratégie pour l’avenir de la zone euro.

EURACTIV.fr
7e1c594b710a0c56f13d0f8d57615662.jpg
7e1c594b710a0c56f13d0f8d57615662.jpg

Alors que les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro se réunissent à Bruxelles pour valider officiellement le plan d’aide à la Grèce, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy font part, dans un courrier, de leurs stratégie pour l’avenir de la zone euro.

Après l’accord conclu, dimanche 2 mai, entre les ministres des Finances de la zone euro sur le plan d’aide à la Grèce par l’UE et le FMI, l’objet de la réunion du 7 mai semble pour le moins flou. A la question : les chefs d’État pourraient-il ajouter des éléments au plan ou le rediscuter, le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker a martelé dimanche dernier qu’il n’en serait rien. 

Outre sceller le plan grec, c’est bien de l’avenir de la zone euro, aujourd’hui déstabilisée, dont il sera question ce soir. Les solutions proposées de force par la Grèce n’ont en effet pas calmé les marchés et de nombreux observateurs, à l’instar du prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, s’interrogent sur la mort de l’euro. 
 
Dans une lettre adressée au président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et au président de la Commission, José Manuel Barroso, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy appellent les États membres à tirer les leçons de la crise en commençant par renforcer la gouvernance économique de la zone euro. 
 
Trois pilliers essentiels doivent compléter le cadre actuel, estiment Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Il s’agit selon eux, tout d’abord, de renforcer la surveillance budgétaire en mettant en place “des sanctions plus efficaces pour les procédures de déficit excessif et renforçant la cohérence entre les procédures budgétaires nationales et le pacte de stabilité et de croissance”. En 2005, la France et l’Allemagne, à l’époque en dehors des clous du pacte de stabilité, avaient tout fait pour en assouplir les règles.  
 
Ce pacte doit en outre comporter des critères liés à la surveillance des “questions structurelles et de compétitivité”, explique la lettre. Cette demande fait suite notamment à des idées formulées par Christine Lagarde en début de semaine pour élargir les critères du pacte de stabilité. 
 
S’il n’est pas question formellement de créer un fonds monétaire européen, comme l’avait demandé le ministre des Finances allemands, Wolfgang Schaüble, au mois de mars, le texte évoque la mise en place “d’un cadre robuste pour la résolution des crises respectant le principe de la responsabilité budgétaire de chaque État membre”. Selon l’Elysée, cité par Le Monde, il s’agirait, concrètement de trouver un moyen de contourner le traité qui interdit de renflouer un État en faillite. 
 
La Grèce ayant truqué ses comptes, eux-même validés par l’Agence européenne des statistiques (Eurostat), Angela Merkel et Nicolas Sarkozy demandent également que les réformes de contrôle des statistiques envisagées par la Commission soient rapidement mises en place. En France, le sénateur UMP Philippe Marini formule des propositions pour restructurer l’agence. 
 
Le reste du courrier évoque la nécessité de poursuivre les réformes de régulation du système financier notamment sur les produits dérivés et les agences de notation. 
 
Les deux dirigeants répètent qu’ils soutiennent totalement le plan de soutien à la Grèce qui permettra selon eux au pays “de faire face aux défis économiques et budgétaires actuels et de retrouver la confiance des marchés. » 
 
Le dernier parargraphe de la lettre indique enfin qu’il est du devoir de tous les États membres de “préserver les acquis de la création de l’euro” en “renforçant la coordination des politiques économiques et les mécanismes internes de surveillance au sein de la zone. » Prôné par la France, la coordination des politiques budgétaires a toujours rebuté Berlin qui préfère que des règles plus strictes de respect du pacte de stabilité soient mises en place.  
 
POSITIONS :
 
“Ce n’est pas très précis. Le texte évoque le renforcement de la coordination des politiques économiques dans le dernier paragraphe alors qu’il s’agit de l’un des principaux éléments de cette crise”, explique Eric Heyer, directeur adjoint du département analyse et prévisions de l’OFCE. “Il aurait fallu commencer par là. Toutes les propositions sont justes mais l’ordre dans laquelle ils les mettent en oeuvre est étonnant. On devrait rassurer le prix Nobel de l’Économie Joseph Stiglitz en lui disant que ce n’est pas la fin de l’euro”. 
 
“Au delà de la validation du plan de soutien financier à la Grèce, nécessaire mais insuffisant, les dirigeants européens doivent répondre à deux urgences : la première est d’apaiser la crise sociale et politique en Grèce, la seconde est d’éviter la contagion à d’autres États de la zone euro », explique quant à lui le député européen, Pascal Canfin, dans un communiqué. 
 
« Pour éviter la contagion à d’autres États, les chefs d’État doivent enfin décider de la création d’euro-obligations pour ne plus laisser chaque État seul face aux marchés. Cette décision, compatible avec les Traités actuels, aurait pour conséquence immédiate de diminuer le taux d’intérêt auquel empruntent les pays européens en difficulté, leur donnant ainsi une bouffée d’oxygène”, poursuit-il.