La France déchirée par le débat sur la Constitution européenne [FR]

La campagne référendaire française touche à sa fin, à deux jours d'un scrutin qui pourrait marquer un tournant décisif dans l'histoire de la construction européenne. EURACTIV revient sur les grands thèmes ayant alimenté le débat français. 

La campagne référendaire française touche à sa fin, à deux jours d’un scrutin qui pourrait marquer un tournant décisif dans l’histoire de la construction européenne. EURACTIV revient sur les grands thèmes ayant alimenté le débat français. 

Alors que l’opposition entre fédéralistes et souverainistes avait largement structuré la campagne référendaire portant sur la ratification du traité de Maastricht, en 1992,  ce clivage a été largement absent du débat sur la Constitution, au cours duquel un ensemble de sujets sans lien direct avec le texte se sont retrouvés sur le devant de la scène – qu’il s’agisse de l’éventuelle adhésion de la Turquie à l’UE, du projet de directive Bolkestein ou plus largement de la fameuse « question sociale ».

Les tenants d’un « non de gauche » au traité, loin de se dire hostiles au processus d’intégration européenne en tant que tel, se réclament en effet d’un projet constituant à construire une autre Europe, fondée sur un modèle distinct de celui dont est porteuse la Constitution.  

Question sociale

Le malaise provoqué par les pertes d’emplois dûes aux délocalisations en direction des nouveaux Etats membres, ainsi que la forte pression exercée sur l’industrie textile française par la levée des quotas sur les produits textiles chinois, ont donné lieu à des appels au renforcement du « modèle social européen ». 

Ce thème a été largement exploité par les opposants à la Constitution, que ceux-ci se recrutent dans les rangs du parti socialiste ou parmi les sympathisants des formations souverainistes d’extrême-droite. Pour les premiers, le nouveau texte est trop ouvertement inspiré par un modèle socio-économique libéral, alors que les seconds reprochent plus largement à l’UE d’être incapable de protéger les travailleurs français. 

Directive sur les services

La question sociale a également été à l’origine d’un débat particulièrement animé autour de la directive sur les services, qui a secoué la France en février et mars de cette année. Lors du Conseil européen de printemps, en mars 2005, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union ont souhaité apporter leur soutien à Jacques Chirac en soulignant, dans les conclusions du sommet, le besoin de trouver dans le texte un juste équilibre entre désir de libéralisation du marché européen des services et volonté de préserver le modèle européen de protection sociale. Pour Jacques Chirac, le Conseil européen de printemps a donc ouvert la voie à une «remise à plat » du texte, et ce même si la phase de première lecture du texte au Parlement se poursuit normalement à l’heure actuelle. 

Influence française au sein de l’UE

Les élites françaises, qui ont joué un rôle considérable dans l’élaboration et la mise en oeuvre du processus d’intégration européenne, ont toujours véhiculé auprès de la population l’image d’une Europe avant tout destinée à servir au mieux les intérêts de la France. 

Cette conception est aujourd’hui remise en cause par l’émergence d’une Union à 25 (dans laquelle la voix de la France se trouve diluée au sein d’un ensemble trop vaste pour permettre que puisse s’exercer le leadership d’un seul pays), mais aussi par la perspective d’une entrée de la Turquie dans l’UE, laquelle viendrait fondamentalement bouleverser la nature du projet européen.  

Selon certains analystes, le scrutin du 29 mai est aussi un référendum sur l’élargissement intervenu en 2004, au sujet duquel la population française n’a jamais été consultée.  

Autre motif d’inquiétude au sein de l’opinion française : le fait que la PAC, dont les agriculteurs français continuent aujourd’hui à être les principaux bénéficiaires, soit aujourd’hui contestée par une majorité d’Etats membres – qui réclament une réforme en profondeur de cette politique et une réallocation des fonds qui lui sont affectés à d’autres domaines davantage porteurs de croissance.