La France circonspecte face au referendum en Catalogne

EURACTIV.fr
Manifestation à Barcelone pour l’indépendance, le 19 septembre
Manifestation à Barcelone pour l'indépendance, le 19 septembre

La France est divisée face à la crise déclenchée par le referendum du 1er octobre qui se tient en Catalogne, contrairement à l’avis de Madrid.

Le referendum catalan prévu dimanche 1er octobre à propos de l’indépendance de la région, et interdit par Madrid, suscite des réactions en France où les maires des Pyrénées Orientales se sont ému de la crise qui sévit tout proche d’eux. L’association des maires du département a envoyé un courrier au gouvernement catalan, pour défendre la liberté d’expression.

« On ne peut rester indifférents à des actes de coercition qui apparaissent disproportionnés et qui s’éloignent du dialogue nécessaire et du compromis inévitable » souligne la missive, qui ne prend en revanche par parti dans le débat sur l’indépendance de la Catalogne.

Les liens entre le département et la province catalane sont relativement développés. Toutefois, les ambitions des indépendantistes catalans de voir un jour les Pyrénées-Orientales rejoindre leur région devenue indépendante, n’ont pas forcément énormément de relais.

En général, la France jacobine regarde d’un oeil perplexe la situation en Catalogne. Le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, a estimé que « la tenue d’un referendum n’était pas la bonne solution ». L’Elysée reste discret sur le sujet, mais apporte un soutien sans faille au gouvernement de Mariano Rajoy, tout comme les autres grands pays européens, selon Madrid.

Et la Commission européenne, motivée pour tenter de jouer les conciliateurs entre la Catalogne et Madrid, est tenue à l’écart du débat, que Madrid tient à gérer comme un sujet de politique intérieur.

Le Conseil de l’Europe a de son côté rappelé les conditions de légalité d’un scrutin, qui ne sont pas réunies pour celui de dimanche

« C’est une question de légalité. La tenue de ce referendum est illégal : il n’y a ni liste, ni assesseurs, ni bureaux de vote qui vaille, parce que la Constitution espagnole le proscrit. En Ecosse, en l’absence de constitution écrite, le sujet était ouvert ; en Catalogne il ne l’est pas » résume Fernando, ambassadeur espagnol en France.

Madrid a multiplié les mesures judiciaires et les opérations policières ces dernières semaines. Elle a arrêté 14 personnes impliquées dans l’organisation du référendum, puis les a libérées, certaines sous contrôle judiciaire. Elle a également bloqué des dizaines de sites internet consacrés au vote.

Mais les politiques catalans sont loin d’être blancs comme neige. « Si le signalement et le harcèlement sur les réseaux sociaux touchent toutes les tendances, idéologies et partis politiques, Reporters sans frontières considère comme plus grave celui qui vient de sphères proches du pouvoir en Catalogne, car il a beaucoup plus d’impact en termes d’autocensure et d’intimidation » assure Reporters sans frontières, qui constatent que les journalistes travaillant pour des médias non séparatistes sont victimes de « cyberhooliganisme » sur les réseaux sociaux.

Les deux parties craignent que des violences n’émaillent le scrutin prévu le 1er octobre. En cas de forte participation, et si la situation dégénère, Madrid se retrouvera devant un dossier compliqué à gérer. Une des hypothèses les plus simples et pacifiques serait d’organiser des élections régionales rapidement. Le gouvernement espagnol n’écarte pas non plus le recours à l’article 155 de la constitution espagnole, qui prévoit de retirer ses prérogatives à une communauté autonome ne respectant pas ses obligations. En l’occurrence, il s’agirait de retirer à la Catalogne sa compétence en matière de sécurité pour quelques temps. Le président de la région serait aussi destitué.