La France cherche à relancer la défense européenne [FR]
Stimuler la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) figure au sommet de l’agenda de la présidence française. Les chances d’accomplir des progrès substantiels sont élevées étant donné le rôle de la France comme l’une des principales puissances militaires en Europe.
Stimuler la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) figure au sommet de l’agenda de la présidence française. Les chances d’accomplir des progrès substantiels sont élevées étant donné le rôle de la France comme l’une des principales puissances militaires en Europe.
En s’adressant à l’assemblée de l’Union de l’Europe occidentale (UEO) le 2 juin, Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire d’Etat français pour les Affaires européennes, a appelé à une « vision politique renouvelée » en faveur de la PESD et a fait des cinq objectifs suivants des priorités pour la « relancer » :
Elaborer et réactualiser la stratégie européenne de sécurité (SES) de 2003
Cette tâche est considérée comme essentielle étant donné les nouvelles menaces émergeantes, comme la sécurité alimentaire et énergétique, le changement climatique, l’immigration clandestine, la sécurité des informations, la non-prolifération et la cyberdéfense. Il semble possible qu’une stratégie réactualisée soit présentée dès le sommet européen en décembre, étant donné le soutien des Etats membres.
Selon les spécialistes de la défense, il s’agit uniquement de la formulation finale du texte. Le Parlement européen a également soutenu l’initiative française, adoptant un rapport hier, 5 juin, qui appelle le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana, d’évaluer, dans un livre blanc, les progrès réalisés ainsi que tous les points faibles dans la mise en œuvre de la SES depuis 2003.
Renforcer les capacités civiles et militaires
La priorité est donnée au développement d’un groupe naval européen autour du porte-avion britannique ou français, et pour une flotte commune d’A400M pour le transport stratégique. On constate également l’existence actuelle de pénuries critiques en terme de capacité concernant les hélicoptères en opération.
MM. Sarkozy et Brown ont fait de cette question l’une des principales priorités lors de la visite du président français au Royaume-Uni en mars et le Parlement a également abordé la question dans un rapport présenté par son rapporteur, l’eurodéputé allemand socialiste Helmut Kuhne.
Coopération structurée permanente CSP)
La mise en place d’une coopération structurée permanente entre Etats membres, qui remplissent des critères plus élevés et se sont fortement engagés concernant la capacité militaire, avait déjà été prévue dans la défunte constitution européenne et doit maintenant être ancrée dans le traité de Lisbonne.
Tout pays européen souhaitant participer doit notifier son intention au Conseil des ministres des Affaires étrangères. Une décision européenne doit ensuite établir cette coopération sous une période de trois mois, et déterminer la liste des Etats membres participants à la majorité qualifiée.
Les Etats membres peuvent rejoindre la coopération ou en sortir à un stade ultérieur. En outre, un pays peut être suspendu si le Conseil décide qu’il ne remplit plus les critères nécessaires.
Cette disposition constitue sans aucun doute une avancée majeure, comparé aux dispositions actuelles dans le traité de l’UE en matière de PCSD.
M. Jouyet a déclaré que la France lancerait le débat sur les conditions de sa mise en œuvre mais que dans tous les cas, ces dispositions ne seraient pas mises en œuvre avant 2009. Les Etats membres plus petits craignent que la CSP n’entraîne la création d’une « Europe principale » construite autour des « quatre grands » – l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni.
Dynamiser le marché européen de l’armement
La France souhaite parvenir à un accord sur le paquet défense présenté par la Commission en novembre dernier afin de dynamiser le marché européen de l’armement, en particulier par une Agence européenne de défense (AED).
La nouvelle législation proposée devrait contribuer à « créer un marché européen véritable dans le secteur, dans lequel les États membres resteront maîtres de la protection des intérêts essentiels de leur défense et de leur sécurité » a déclaré la Commission.
MM. Sarkozy et Brown espèrent que cela permettra d’améliorer la coopération industrielle, d’optimiser les chaînes d’approvisionnement et apportera une contribution essentielle à une base de défense européenne industrielle et technologique plus compétitive.
De meilleures relations entre l’UE et l’OTAN
En août 2007, le président français Nicolas Sarkozy a plaidé en faveur de la « rénovation » des relations avec l’OTAN, en annonçant les projets de réintégrer son pays au sein de la structure de commande militaire de l’OTAN, que le président de l’époque Charles de Gaulle avait ordonné de quitter en 1966.
Cette initiative a été considérée comme une tentative visant à réchauffer les relations avec les Etats-Unis, qui ont été tendues sous la présidence de son prédécesseur Jacques Chirac. Les spécialistes prévoient même la possibilité d’une amélioration considérable de la collaboration entre l’ UE et l’OTAN.
M. Sarkozy a précisé lors du récent sommet de l’OTAN à Bucarest que le jour du retour de la France tomberait sous la présidence française.