La France annonce des mesures d'aide pour l'agriculture en pleine crise ukrainienne
Ce mercredi 16 mars, le gouvernement français annonçait un « plan de résilience » pour faire face à la crise ukrainienne. Très attendues par le monde agricole, les mesures annoncées visent surtout à lutter contre les hausses des prix de l’énergie et des matières premières
Ce mercredi 16 mars, le gouvernement français annonçait un « plan de résilience » pour faire face à la crise ukrainienne. Le Premier ministre a détaillé les mesures d’aides économiques et sociales pour les secteurs les plus touchés. Il était accompagné du ministre de l’Economie et des Finances, de la Transition écologique ainsi que celui de l’Agriculture et de l’Alimentation.
Ce dernier, Julien Denormandie, a rappelé que « la guerre en Ukraine a des impacts importants sur l’agriculture et les filières agricoles en France », en rassurant sur le fait « qu’il n’y a pas de risque de pénurie ». « Car notre agriculture est solide, forte, souveraine. »
Pour autant, selon le gouvernement, la situation nécessite des « réponses fortes », pour que les entreprises agricoles puissent faire face à la triple augmentation des prix de l’énergie, des céréales et des engrais. Le soutient s’adresse tout particulièrement aux éleveurs, dont l’alimentation animale (céréales mais aussi maïs, tournesol…) – qui « représente parfois jusqu’à 60% du coût des intrants pour les éleveurs de France » – a connu une hausse record ses dernières semaines.
Remises sur l’énergie
Les mesures d’urgences qui ont été proposées visent d’abord à « réduire le coût du carburant et soulager la trésorerie » des entreprises agricoles.
La première est une remise de 15 centimes d’euros par litre de gasoil, valable pour toute la population, et applicable au gaz non routier (GNR) qui alimente les machines agricoles comme les tracteurs.
Il y aura par ailleurs un remboursement anticipé de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) de 2021 et, sur demande, un acompte de 25% pour la TICPE de 2022.
L’Etat compte prendre également en charge une partie des surplus des dépenses énergétiques pour les entreprises qui voient leurs dépenses en gaz et électricité dépasser 3% de leurs charges totales. Cette aide pourra atteindre la moitié de ce surplus, visant en particulier « les maraîchers, les producteurs de volaille, les sucreries, les entreprises qui sèchent le lait. »
Aide aux éleveurs, cotisations sociales
Concernant les éleveurs, le gouvernement propose une « mesure d’exception » qui prendra en charge une partie des surcoûts liés à l’alimentation animale. Une enveloppe de 400 millions d’euros sera débloquée pour fournir cette aide valable pendant 4 mois à compter du 15 mars. Des précisions sur les modalités devront être communiquées rapidement après consultation des représentants du secteur.
Enfin 60 millions d’euros seront débloqués pour prendre en charge les cotisations sociales des exploitations subissant des hausses de charge.
Sécuriser l’alimentation en France et en Europe
Outre ces aides immédiates, Julien Denormandie a défini la trajectoire voulue par la France et l’Europe, guidée par la « responsabilité » de nourrir « son peuple et de continuer à nourrir le monde. » Il a évoqué notamment le sort des pays méditerranéens qui font face à la fois aux pénuries de céréales mais aussi à la sécheresse qui touche certains territoires nord-africains. « Nous devons assumer notre rôle nourriciers » ajoute-t-il.
Pour répondre à ces exigences, le ministre affirme vouloir entreprendre de nouvelles négociations commerciales pour sécuriser entreprises et productions.
Vendredi (18 mars), il réunira avec le ministre de l’Economie et des Finances les acteurs de l’agro-alimentaire afin d’ouvrir de « nouvelles négociations ». Dans le contexte actuel, les distributeurs « doivent adapter leurs contrats les liant aux fournisseurs », afin de sécuriser les entreprises et la production française. De même que l’Etat « prendra sa part », concernant les commandes publiques.
Si les « besoins sont couverts pour le printemps », un plan de sécurisation des engrais sera adopté pour assurer les besoins à l’automne (sécurisation des matières premières, report de mesures de paiement, développement des engrais organiques français).
Le ministre a également annoncé vouloir prendre des mesures européennes pour favoriser la production de protéines végétales, dont dépendent largement les éleveurs pour nourrir leurs animaux. Une piste consiste à valoriser les jachères, lesquelles devaient initialement être maintenues intactes (à hauteur de 4% par ferme) dans le cadre de la nouvelle PAC.
Enfin, à long terme, toujours dans un objectif de souveraineté et d’indépendance alimentaire, le gouvernement va accélérer la mise en œuvre de différent plans : plan souveraineté azote, plan de développement des protéines végétales, des énergies renouvelables, et de soutien de la filière fruits et légumes en associant le territoire ultra-marin.
Fracture autour de l’augmentation de la production
Les organisations syndicales n’ont pas manqué de réagir à ces annonces. Si la FNSEA « salue l’intégration du secteur agricole et agroalimentaire dans ce plan », et la mise en place de soutiens pour compenser l’augmentation des coûts, elle regrette toutefois que les compensations ne soient pas aller plus loin. Un abaissement « à son maximum de la fiscalité du GNR (gazole non routier) » avait été demandée en cette période de reprise des activités extérieures.
Pour la confédération paysanne, ces mesures ne font que renforcer une agriculture productiviste, elle-même responsable de la vulnérabilité du système agro-alimentaire mondial. Sur l’aide de 400 Millions d’euros allouée aux éleveurs, qui sera de toute façon « insuffisante », la solution serait plutôt de financer « leur transition pour plus d’autonomie, plus de sobriété et donc moins de dépendances. »
Cette volonté d’intensifier la production au nom de la souveraineté est un véritable sujet de confrontation entre le gouvernement, soutenue là-dessus par la FNSEA et les pourfendeurs de l’agriculture industrielle. Pour ces derniers le « produire plus », consistant à financer les engrais et les énergies fossiles ne répond ni aux enjeux de la souveraineté – « de façade » – ni aux questions environnementales.
« Aucun mot sur la polyculture-élevage, sur la sortie de l’industrialisation de l’agriculture, sur l’affranchissement des engrais de synthèse, ni sur la durabilité des modes de production » reproche la Confédération paysanne. De son côté le syndicat majoritaire assume son ambition, et celle du gouvernement, de vouloir « produire plus et produire durable pour réduire les dépendances trop nombreuses de notre pays. »