La directrice de l’Autorité internationale des fonds marins presse l’UE de soutenir un cadre pour l’exploitation minière des fonds marins
Bruxelles doit accélérer l’adoption de règles internationales encadrant l’extraction des minéraux critiques dans les eaux internationales, a affirmé la secrétaire générale de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), Leticia Reis de Carvalho, lors d’échanges avec de hauts responsables européens.
« Il est temps de mettre fin au débat et de passer à la décision et à la résolution », a confié Leticia Reis de Carvalho à Euractiv lors d’un entretien exclusif avant sa série de réunions à Bruxelles jeudi 5 février.
La responsable onusienne ambitionne de finaliser d’ici 2026 le futur code minier, destiné à fixer les règles internationales d’exploration et d’exploitation des ressources minérales des grands fonds tout en assurant la protection de l’environnement marin afin de ne pas « laisser un vide qui serait comblé par des règlementations indépendantes ».
Le principe de précaution au cœur du débat
La tâche de la dirigeante de l’organisme des Nations unies chargé de la gestion des ressources minières situées dans les eaux internationales — qui couvrent un peu plus de la moitié des océans mondiaux — est compliquée par la position de la Commission européenne. Celle-ci, tout comme le président du Conseil européen et, à plusieurs reprises, les députés européens, a appelé à un moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins.
Alors que l’UE soutient une pause préventive en attendant des évaluations environnementales complètes, l’administration Trump a adopté l’approche inverse. Elle a accéléré la délivrance d’un permis unique, fusionnant exploration et exploitation, afin de lancer l’exploitation minière dans les eaux internationales à partir du 20 janvier.
Les États-Unis, qui ne sont pas membres de l’AIFM, ont fait de l’accès aux minéraux critiques une priorité dans le cadre de leur concurrence stratégique avec la Chine.
Certains signaux récents laissent d’ailleurs entendre que Washington pourrait chercher à convaincre l’UE et d’autres partenaires d’adopter cette approche.
Mercredi 4 février, après une réunion ministérielle sur les minéraux critiques à Washington, D.C., à laquelle ont participé des représentants d’une cinquantaine de pays, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé que « l’Europe, le Japon et les États-Unis travailleront avec d’autres pays à la résilience collective grâce à une initiative commerciale plurilatérale sur les minéraux critiques ».
Une nouvelle ruée vers l’or
Leticia Reis de Carvalho, qui a remis en question la légalité de la décision de Washington de procéder unilatéralement à l’exploitation des réserves minérales dans les eaux internationales, estime que la concurrence croissante pour l’accès pourrait accélérer les négociations sur l’adoption du code minier.
« La prévisibilité du marché et des règles claires en matière d’accès empêcheraient de nouvelles actions unilatérales », a-t-elle déclaré. « Nous sommes confrontés à une menace existentielle pour l’existence même de l’Autorité internationale des fonds marins et ce qu’elle représente : la gouvernance commune des océans. »
Malgré des déclarations et des résolutions répétées, Leticia Reis de Carvalho a noté que les États membres de l’UE restent divisés sur la question de l’exploitation minière des fonds marins.
Elle a exprimé l’espoir que le bloc puisse arriver à la prochaine série de négociations avec une position commune et contribuer à forger un accord sur le cadre juridique du code minier.
Un ensemble commun de normes et de lignes directrices — qui a jusqu’à présent échappé aux membres de l’AIFM et ralenti les progrès sur le code — pourrait suivre à un stade ultérieur, a-t-elle ajouté.
« Aujourd’hui, les entrepreneurs, ceux qui ont un intérêt à exploiter les fonds marins, réduisent leurs efforts de recherche en raison du manque de prévisibilité », a déclaré Leticia Reis de Carvalho.
Les membres de l’AIFM, y compris l’UE, doivent se réunir en Jamaïque le 23 février pour la 31e session annuelle de l’autorité.