La défense européenne face au dilemme Trump
Également dans l'édition de jeudi : le Collège d'Europe, Péter Magyar, le Mercosur, le paquet de réformes sur l'IA
Vous lisez Rapporteur ce jeudi 30 avril. Ici Nicoletta Ionta, en compagnie d’Eddy Wax à Bruxelles.
Nous prenons une petite pause et serons de retour lundi. D’ici là, profitez bien de ce long week-end !
À savoir :
🟢 Le débat sur la clause d’assistance mutuelle de l’UE attise les craintes de l’OTAN
🟢 Péter Magyar vise un accord en mai pour débloquer les fonds gelés
🟢 Exclusif : João Cravinho pressenti pour un poste au Collège d’Europe
Sur le rond-point : la campagne pro-démocratie de la Commission débarque sur Snapchat
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L’Europe, vue de Bruxelles
Tous les dirigeants de l’UE n’étaient pas à l’aise à l’idée d’évoquer la clause d’assistance mutuelle de l’Union, l’article 42.7, lors de la réunion informelle qui s’est tenue la semaine dernière à Chypre.
Plusieurs diplomates informés des discussions ont confié à mes collègues Charles Cohen, Pietro Guastamacchia et à moi-même que ce débat risquait d’alimenter un discours sensible à Washington : celui selon lequel l’Europe se prépare à un avenir moins dépendant de l’OTAN.
Selon eux, soulever la question au niveau des dirigeants était prématuré et pourrait finalement se retourner contre l’Union face à Donald Trump, qui a maintes fois remis en question la valeur de l’alliance transatlantique et poussé les Européens à assumer une plus grande part de leur propre fardeau de défense.
Les diplomates avec lesquels nous nous sommes entretenus ont averti que faire avancer les travaux sur cette clause risquait de la faire passer pour une alternative européenne à l’OTAN, une perception qui pourrait encourager les États-Unis à réduire leurs propres engagements.
Le service diplomatique de l’Union a, ces derniers mois, commencé à rédiger des lignes directrices sur la manière dont les gouvernements nationaux pourraient déclencher cette clause dans la pratique, alors que les inquiétudes grandissent quant à la pérennité des garanties de sécurité américaines au sein de l’OTAN.
Introduit par le traité de Lisbonne, l’article 42.7 engage les pays de l’UE à fournir aide et assistance « par tous les moyens en leur pouvoir » à un autre État membre confronté à une agression armée. Contrairement à l’article 5 de l’OTAN, cette disposition n’a toutefois jamais été pleinement mise en œuvre et reste politiquement ambiguë.
Si l’UE développe son propre mécanisme d’assistance mutuelle par le biais de planifications de scénarios et de simulations, Trump pourrait dire : « Vous disposez déjà de votre propre mécanisme de défense mutuelle, alors pourquoi avez-vous encore besoin de l’OTAN ? », a fait remarquer un diplomate.
Euractiv a été le premier à rapporter que les délégations de l’UE préparaient un exercice de simulation afin d’éclairer un futur document d’orientation sur le processus de déclenchement. Selon un fonctionnaire de l’UE et un diplomate, le premier exercice de ce type aura lieu lundi au niveau des ambassadeurs.
Magyar espère conclure un accord en mai sur les fonds européens
Péter Magyar, le Premier ministre hongrois désigné, était à Bruxelles mercredi pour s’entretenir avec Ursula von der Leyen et António Costa dans le but de débloquer des milliards de fonds européens gelés en raison de préoccupations liées à l’État de droit.
Magyar a déclaré qu’il avait convenu avec von der Leyen de revenir au cours de la semaine du 25 mai pour finaliser l’accord politique nécessaire à l’accès de la Hongrie à ces fonds « dès que possible ».
« Les fonds européens commenceront bientôt à arriver en Hongrie », a-t-il assuré dans un message publié sur les réseaux sociaux après la réunion. L’obtention d’environ 17 milliards d’euros, soit près de 10 % du PIB annuel de la Hongrie, était l’une des principales promesses de sa campagne.
Exclusif : l’ancien ministre des Affaires étrangères du Portugal pressenti pour Bruges
João Cravinho, ancien ministre des Affaires étrangères du Portugal, devrait être nommé recteur du Collège d’Europe, ont indiqué à mon collègue Magnus Lund Nielsen et à Eddy des personnes proches du dossier.
Le centre de formation des fonctionnaires de l’UE doit se prononcer aujourd’hui sur le choix de son nouveau dirigeant. L’institution est encore sous le choc d’un scandale de corruption impliquant son ancienne rectrice, Federica Mogherini, qui a été arrêtée pour fraude présumée liée à un marché public pour l’Académie diplomatique européenne, une école située à Bruges et créée par l’UE.
Cravinho, qui a occupé le poste de ministre des Affaires étrangères de 2022 à 2024, est actuellement le représentant spécial de l’UE pour la région du Sahel. Lisez l’article complet.
Le SEAE doit « tirer les leçons » du scandale du Collège, estiment les députés européens
La confiance dans les institutions de l’UE est menacée par le scandale impliquant la nouvelle Académie diplomatique de l’Union, gérée par le Collège d’Europe à Bruges, ont averti les députés européens.
Mercredi, le Parlement a adopté une résolution exprimant son inquiétude face à cette affaire, qui fait actuellement l’objet d’une enquête du procureur de l’UE. Les législateurs ont appelé le Service européen pour l’action extérieure, la branche diplomatique de l’UE, à tirer des leçons « systémiques » de cette affaire, notamment en ce qui concerne la gestion des marchés publics.
Ce scandale a conduit à la démission, en décembre dernier, de la rectrice Federica Mogherini, ainsi que de Stefano Sannino, directeur général pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (DG MENA).
Le Parlement a également appelé à une coopération totale avec les enquêteurs et à la publication des principaux documents d’audit, d’évaluation et de réforme interne une fois la procédure judiciaire terminée. Les députés européens ont en outre réclamé des garanties plus strictes pour prévenir de futurs abus en matière de marchés publics.
L’attente du Mercosur est terminée
Après plus d’un quart de siècle de négociations, l’accord commercial UE-Mercosur entre enfin en vigueur – bien que partiellement.
À partir du 1er mai, les principales clauses commerciales s’appliqueront à titre provisoire, facilitant l’augmentation des importations de bœuf, de volaille et de sucre en Europe, tout en ouvrant des débouchés pour les exportations de l’UE de vin, de spiritueux et d’huile d’olive vers l’Amérique du Sud.
Qui sera le premier à en profiter ? Et à quelle vitesse les flux commerciaux vont-ils évoluer ? Mes collègues Sofia Sanchez Manzanaro et Alice Bergoënd ont analysé la situation dans cet article.
La Commission pointée du doigt après l’échec des négociations sur l’IA
Mercredi, les députés de gauche ont critiqué le Parti populaire européen (centre-droit) après que le Parlement et le Conseil ne soient pas parvenus à trouver un accord dans la nuit sur un paquet de réformes concernant l’IA.
Les députés européens ont notamment pris pour cible Henna Virkkunen, la commissaire européenne chargée des technologies, en raison de son rôle dans les négociations en trilogue. Plusieurs sources présentes aux négociations ont déclaré à mon collègue Maximilian Henning qu’elle avait proposé de reporter les discussions malgré la pression croissante à l’approche d’une échéance imminente – une initiative que certains ont considérée comme un dépassement du rôle de la Commission en tant que médiateur neutre.
Kristian Vigenin, du groupe S&D, a estimé que les actions de Virkkunen étaient « profondément regrettables et risquaient de saper la confiance dans le processus législatif ».
Rond-point Schuman
« PROTÉGEONS CE QUI COMPTE » : L’UE a lancé une nouvelle campagne en faveur de la démocratie sous le slogan « Protégeons ce qui compte ». Markus Lammert, porte-parole de la Commission, a expliqué à Rapporteur que cette campagne s’adressait aux 18-30 ans et avait été déployée dans tous les pays de l’UE à l’exception de Chypre, en raison des élections qui s’y déroulent. Elle devrait atteindre son « apogée » le 9 mai, a-t-il précisé, date à laquelle les institutions célèbrent la Journée de l’Europe. Les publicités sont diffusées sur YouTube, Twitch et Snapchat, ainsi que dans les journaux, à la télévision et dans certains « points de contact » tels que les cinémas et les bars.
Les capitales
PARIS 🇫🇷
La France a déposé une protestation officielle après l’expulsion par Madagascar d’un diplomate de son ambassade à Antananarivo, rejetant les allégations d’implication dans des tentatives visant à déstabiliser le gouvernement. Le ministère des Affaires étrangères a convoqué le chargé d’affaires de Madagascar, qualifiant ces accusations d’« infondées ». Paris a déclaré « rejeter catégoriquement » ces allégations, alors que les relations bilatérales se détériorent suite au récent revirement politique d’Antananarivo et au resserrement de ses liens avec la Russie.
– Charles Szumski
STOCKHOLM 🇸🇪
Ulf Kristersson a refusé de participer à une série d’entretiens électoraux organisée par Dagens Nyheter, rejoignant ainsi plusieurs autres chefs de parti qui ont également décliné l’invitation. La dirigeante chrétienne-démocrate Ebba Busch et le chef d’extrême droite des Démocrates suédois, Jimmie Åkesson, ont également refusé de participer, invoquant des problèmes d’emploi du temps et des préoccupations d’impartialité. Des critiques ont interpellé l’animateur Edvin Törnblom au sujet de propos passés faisant l’éloge de l’ancienne Première ministre Magdalena Andersson, une social-démocrate.
– Charles Szumski
ROME 🇮🇹
La commission budgétaire du Sénat italien a rejeté une proposition d’extrême droite visant à prolonger les concessions de plage jusqu’en 2030 dans les régions touchées par les tempêtes, bloquant ainsi la dernière tentative de retarder la réforme dans le cadre d’un conflit de longue date avec Bruxelles. Rome a renouvelé à plusieurs reprises ces licences depuis 2009, s’exposant à des poursuites pour violation de la directive Bolkestein. Les règles actuelles exigent la mise en place d’appels d’offres concurrentiels d’ici 2027.
– Alessia Peretti
MADRID 🇪🇸
L’homme d’affaires Víctor de Aldama a affirmé mercredi devant la Cour suprême espagnole que Pedro Sánchez était « pleinement au courant » d’un prétendu système de pots-de-vin lié à l’ancien ministre des Transports José Luis Ábalos, qu’il a qualifié d’« organisation criminelle ». Le Parti socialiste ouvrier espagnol au pouvoir a rejeté ces allégations comme étant sans fondement, qualifiant Aldama de « menteur » et affirmant qu’aucune preuve n’avait été présentée.
– Inés Fernández-Pontes
BRATISLAVA 🇸🇰
Le Parlement européen a exhorté la Commission européenne à envisager de geler les fonds européens destinés à la Slovaquie en raison de préoccupations liées à l’État de droit sous le gouvernement de Robert Fico. Les députés ont approuvé une résolution invoquant des reculs en matière de lutte contre la corruption et des changements institutionnels. Cette décision n’est pas contraignante, toute suspension de financement nécessitant l’approbation des États membres au sein du Conseil. Lisez l’article complet.
– Lucia Lauková
Également sur Euractiv
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Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trices : Charles Cohen, Pietro Guastamacchia, Magnus Lund Nielsen, Sofia Sanchez Manzanaro, Victoria Becker
Traductrice : Clara Vassent