La Croatie rejoint une Union à l’avenir incertain

La Croatie a signé son traité d'adhésion aujourd'hui (9 décembre) dans une ambiance surréaliste d'incertitude quant à l'avenir de l'Union européenne. Mais comme l'a dit la chancelière allemande, Angela Merkel, la signature de ce traité prouve que, même dans des circonstances difficiles, l'UE n'a pas perdu de son attractivité.

/ EURACTIV.fr
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La Croatie a signé son traité d'adhésion aujourd'hui (9 décembre) dans une ambiance surréaliste d'incertitude quant à l'avenir de l'Union européenne. Mais comme l'a dit la chancelière allemande, Angela Merkel, la signature de ce traité prouve que, même dans des circonstances difficiles, l'UE n'a pas perdu de son attractivité.

Lors de leur discours de bienvenue à l'intention de la Croatie, le second pays d'ex-Yougoslavie à rejoindre l'Union après la Slovénie en 2004, les dirigeants européens ont souligné que la Croatie était un modèle pour les autres pays des Balkans occidentaux.

L'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie en sont à des étapes différentes de leur cheminement vers l'Union européenne.

Concernant la Serbie, un compromis a été trouvé lors du sommet de l'UE. Le pays espérait quant à lui se voir attribuer le statut de candidat à l'UE à cette occasion. La principalement pierre d'achoppement pour la Serbie reste la normalisation de ses relations avec son ancienne province, le Kosovo.

Les dirigeants européens ont fourni à la Serbie une date provisoire quant à son octroi du statut de candidat en février, mais tout dépendra de l'avancement des discussions entre Belgrade et Priština.

En ce qui concerne le Monténégro, le Conseil de l'UE a décidé que les négociations d'adhésion débuteraient en juin 2012, en fonction des progrès réalisés en matière de réforme du système de maintien de l'ordre et de lutte contre la corruption et le crime organisé.

En plus de l'Islande, le Monténégro semble le seul pays à avoir une chance d'entamer ses négociations d'adhésion en 2012. Les négociations d'adhésion de la Turquie restent quant à elles bloquées, principalement en raison de la question chypriote.

Quelques petites anecdotes

Les leaders européens ont tour à tour signé le traité d'adhésion de la Croatie. Le premier à se prêter à cet exercice qui s'est déroulé par ordre alphabétique fut le petit nouveau des sommets européens, le premier ministre belge, Elio Di Rupo, qui a été nommé mercredi dernier.

Il fut également intéressant de noter le clin d'œil du premier ministre slovène sortant, Borut Pahor, après sa signature du traité, qui a été interprété par les journalistes de la région comme un rappel que le conflit à la frontière maritime entre les deux pays devait encore être résolu.

La Croatie devrait donc rejoindre l'UE le 1er juillet 2013.

Des rumeurs ont en outre couru sur l'absence du président français, Nicolas Sarkozy, lors de la cérémonie. Le ministre en charge des Affaires européennes, Jean Leonetti, a signé le traité au nom de la France. Cet incident a déclenché un buzz sur Twitter et la presse croate a interprété l'absence de M. Sarkozy comme faisant partie de sa stratégie : faire plaisir à son électorat qui craint l'élargissement de l'Union.

Interrogé sur l'absence de M. Sarkozy et sa volonté de ne pas participer à la cérémonie, le président croate, Ivo Josipovi?, a déclaré que selon ses informations, le président français ne pouvait pas, conformément à la constitution, signer de traités en l'absence de son premier ministre. Le premier ministre, François Fillon, ne participe généralement pas aux sommets européens.

EURACTIV a demandé à la Commission européenne, la gardienne des traités de l'UE, si d'autres traités n'avaient pas été signés par le président français. L'exécutif de l'UE a répondu diplomatiquement que les pays de l'UE étaient libres de décider qui signait les traités en leur nom.

Une autre particularité a été le nombre de conférences de presse accordées par la Croatie.

La délégation croate a organisé deux conférences de presse, l'une donnée par la première ministre sortante, Jadranka Kosor, dont le parti HDZ de centre-droit a perdu les élections dimanche, et une autre par le président, Ivo Josipovi?, qui fait partie du Parti social-démocrate de Croatie.

Quand il lui a été demandé si cela reflétait les relations complexes entre eux, M. Josipovi? a insisté sur le fait qu'ils avaient tous deux des programmes différents.

Mme Kosor a déclaré aux journalistes qu'elle avait signé le traité d'adhésion avec un stylo offert par le pape Benoît XVI. La Croatie est un pays catholique. La division entre les Serbes orthodoxes et les Croates catholiques était d'ailleurs l'un des éléments de la guerre de 1991-1995.

Lors de son discours, Mme Kosor a fait référence aux héros de cette guerre, une question sensible, dans la mesure où certains de ces « héros » ont été accusés de crimes de guerre par Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie.