La crise menace l’emploi des jeunes en Europe

Frappés de plein fouet par le chômage, les jeunes européens font les premiers l’expérience de la crise. Face à cette situation, ils s’organisent et lancent un appel en direction de l’Europe et des Régions.

EURACTIV.fr

Frappés de plein fouet par le chômage, les jeunes européens font les premiers l’expérience de la crise. Face à cette situation, ils s’organisent et lancent un appel en direction de l’Europe et des Régions.

D’après les statistiques, 40% des chômeurs en Europe sont des jeunes entre 15 et 29 ans. Début 2009, 18,3% des jeunes européens étaient exclus du marché du travail, soit près de 8 millions d’entre eux. Au plan national, les chiffres ne sont pas plus rassurants  : en France, le taux de chômage des 15-24 ans a progressé sept fois plus que celui des autres catégories d’âge entre 2008 et 2009. Et les écarts peuvent varier du simple au triple selon les pays concernés.

L’enjeu est crucial, car « seul l’emploi donne accès à une situation véritablement stable, c’est-à-dire à un logement, et plus généralement, à une place dans la société », a rappelé Charlotte Kudé lors de la rencontre organisée les 11 et 12 décembre à Paris par l’Assemblée des Régions d’Europe (ARE).

Selon la présidente du Réseau régional de la jeunesse de l’ARE (RRJ), l’échelon régional est le mieux à même de répondre aux besoins exprimés par des jeunes désireux de jouer un rôle plus grand, à la fois dans la prise de décision et dans l’application des politiques qui les concernent. Un point de vue qui a largement dominé la rencontre, au cours de laquelle plus de 100 jeunes élus venus de 53 régions européennes ont pu discuter de « l’emploi en temps de crise » avec les représentants des institutions européennes et internationales.

« L’Europe a pris beaucoup de retard », a constaté la présidente de l’ARE, Michèle Sabban, et « n’a pas su mettre les bons outils à disposition des jeunes ».

Citoyenneté et employabilité

Juridiquement, l’Union n’est pas compétente pour agir sur le terrain de l’emploi, de la jeunesse, de la cohésion sociale et de l’éducation. Pour autant, la Commission semble vouloir donner aux États des lignes directrices sur ce sujet. « On ne peut plus se contenter d’aborder la problématique des jeunes en Europe que sous l’angle de la citoyenneté, il faut l’aborder également sous l’angle de l’employabilité», a expliqué Pascal Lejeune, directeur du programme « Jeunesse en action » mis en place par la Direction générale Culture et éducation de la Commission. « Ce programme s’adresse à tous les jeunes, pas seulement aux étudiants », a-t-il précisé.

Erasmus, Leonardo. Jusque-là, le principal crédo en Europe était en effet la mobilité, bien que les programmes d’échanges inter-universitaires ne concernent qu’une minorité d’étudiants.

Erigée en modèle pour la jeunesse européenne, la mobilité internationale est devenue un critère de sélection quasi-discriminant, un « impératif catégorique » pour accéder au marché du travail.

Pour Sergio Nava, journaliste et auteur de « La fuite des cerveaux », les jeunes sont particulièrement vulnérables aux menaces liées à la mobilité, notamment l’accroissement des exigences liées à la flexibilité. Bien qu’elle soit une occasion inédite d’élargir l’horizon professionnel tout en pratiquant d’autres langues, la mobilité peut contribuer à accroître l’insécurité des jeunes qui n’ont pas eu l’occasion de la pratiquer.

Une crise structurelle

Pour beaucoup d’experts, la crise a bon dos car les difficultés rencontrées par les jeunes sur le marché de l’emploi ne datent pas d’hier.

Certes, il faut ajouter aux phénomènes de transition temporaires entre éducation et emploi les effets liés à la conjoncture, mais les jeunes ne sont-ils pas avant tout victimes d’une crise structurelle ?

Certaines contradictions ont été mises en évidence lors de la rencontre. Alors même que les conditions générales sont plutôt favorables aux jeunes  (allongement de l’espérance de vie, liberté de circulation, sécurité), le chômage progresse inexorablement et gagne le long terme.

Le processus d’entrée sur le marché du travail est de plus en plus long et difficile, les conditions d’accès y ont changé. Le manque d’expérience est souvent utilisé par les employeurs pour justifier la précarité des contrats accordés aux jeunes (plus de 8 contrats sur 10 sont précaires). Paradoxalement, c’est l’acquisition d’une première expérience qui devient difficile.

Le chômage touche aussi bien les jeunes sans qualification que les jeunes très diplômés  : les uns subissent la concurrence des plus diplômés, les autres un sentiment de déclassement. L’inadéquation croissante entre formation et emploi a enfin été évoquée.