La crise gazière s’enlise alors que la politique de force s’installe [FR]
Hier (13 janvier), les attentes selon lesquelles le conflit gazier entre la Russie et l’Ukraine allait être résolu rapidement ont volé en éclats après que les deux parties ont échangé d’autres accusations, laissant les Européens dans le froid une deuxième semaine consécutive.
Hier (13 janvier), les attentes selon lesquelles le conflit gazier entre la Russie et l’Ukraine allait être résolu rapidement ont volé en éclats après que les deux parties ont échangé d’autres accusations, laissant les Européens dans le froid une deuxième semaine consécutive.
En dépit du déploiement rapide d’observateurs européens pour surveiller le transit du gaz à travers l’Ukraine, conformément à un accord accepté lundi (EURACTIV 13/01/09), aucun gaz n’a été puisé jusqu’à aujourd’hui (14 janvier).
Dans ce qui apparaît comme une stratégie qui rappelle la guerre froide, la Russie a introduit des conditions qui forcent l’Ukraine à bloquer tout nouvel approvisionnement.
L’impasse se transforme maintenant en crise politique profonde en Ukraine, après que Moscou et Kiev ont échangé des accusations ruinant la crédibilité de la Russie en tant que fournisseur d’énergie et celle de l’Ukraine en tant que partenaire de l’Ouest digne de confiance.
Gazprom insiste sur le fait que le gaz devrait être approvisionné via une autre station de mesure à Sudzha, en se fondant sur le fait qu’une telle mesure permettrait d’atteindre les Balkans plus rapidement, car cette région a été plus sévèrement touchée par la crise. Mais utiliser Sudzha impliquerait que l’Ukraine ferme ses approvisionnements nationaux, aggravant le mécontentement de la population.
Le monopole gazier russe a également insisté pour que l’Ukraine paie des millions de dollars pour des livraisons spéciales de gaz technique, utilisé pour maintenir la pression dans les gazoducs.
L’Ukraine comparée à un bateau barré par un capitaine saoul
Le différend avec la Russie a laissé l’Ukraine sans approvisionnement pendant plus de 10 jours, mettant l’économie au point mort, réduisant le chauffage pour la population et permettant à l’opposition de s’attaquer au président pro-occidental Victor Yushchenko, pour lequel le soutien a diminué de 2 %. La monnaie du pays a perdu 40 % face au dollar.
La presse ukrainienne cite des citoyens ordinaires qui comparent leur pays à un bateau barré par un capitaine saoul.
Le leader de l’opposition du Parti des Régions, Viktor Yanukovich, favorisé par Moscou, a demandé la mise en place d’une commission spéciale pour enquêter sur la gestion du différend gazier par les autorités, la démission du cabinet et le début d’une procédure de destitution du président. Le soutien au Parti des Régions provient majoritairement de la partie russophone à l’Est du pays.
Mais le parti de M. Yanukovich n’a pas suffisamment de pouvoir au Parlement pour lancer un vote de défiance. Quant à la procédure de destitution, elle est considérée comme étant trop complexe. Toutefois, selon les observateurs, la Russie utilisera tout ses pouvoirs pour nuire à M. Yushenko, que le Kremlin souhaite punir pour son agenda pro-OTAN. Dans une telle perspective, la crise pourrait durer longtemps, craignent les observateurs.
Gazprom accuse Washington
Le vice-directeur de Gazprom Alexander Medvedev est allé jusqu’à accuser les représentants ukrainiens de recevoir des ordres de la part des Etats-Unis.
L’Ukraine donne l’impression de danser sur une musique qui n’est pas orchestrée en Ukraine, a-t-il déclaré aux journalistes dans une conférence de presse téléphonique.
M. Medvedev s’est référé à un document signé récemment par Kiev et Wahington intitulé « US-Ukraine Charter on Strategic Partnership », dont il a indiqué ne pas connaître tous les détails.
Mais selon une copie publié sur le site du ministrère américain des Affaires étrangères, cet accord mentionne le gaz seulement une fois lorsqu’il déclare que les parties ont l’intention de travailler étroitement sur la réhabilitation et la modernisation de la capacité de l’infrastructure ukrainienne de transit gazier.
Des députés bulgares et slovaques rencontrent M. Poutine
Dans un élan qui ne semble pas être coordonné par Bruxelles, les Premiers ministres de la Bulgarie et de la Slovaquie, les pays de l’UE les plus sévèrement touchés par la crise, sont arrivé hier à Moscou, où il doivent rencontrer aujourd’hui leur homolgue russe Vladimir Poutine. Selon la presse bulgare, le Premier ministre du pays Sergei Stanishev se rendra à Kiev pour rencontrer son homologue ukrainienne Yulia Timoshenko ainsi que le président ukrainien Viktor Yuschenko.
La Slovaquie tout comme la Bulgarie ont indiqué récemment qu’elles considéraient rouvrir des réacteurs nucléaire datant de l’ère soviétique, fermés conformément à leur accord de pré-adhésion, pour compenser la pénurie d’énergie (EURACTIV 12/01/09, 07/01/09).