La crise financière pèsera sur la Présidence française de l’UE

Instabilité sur les marchés financiers, ratification du traité de Lisbonne ou encore élections européennes de 2009, le contexte dans lequel la France occupera la Présidence de l’UE, au second semestre 2008, pèsera sur l’agenda et les décisions à prendre. Un message que tentent de faire passer les autorités françaises en charge d’achever la préparation de la présidence.

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Instabilité sur les marchés financiers, ratification du traité de Lisbonne ou encore élections européennes de 2009, le contexte dans lequel la France occupera la Présidence de l’UE, au second semestre 2008, pèsera sur l’agenda et les décisions à prendre. Un message que tentent de faire passer les autorités françaises en charge d’achever la préparation de la présidence.

Après les élections municipales, la Présidence française de l’UE (PFUE) constitue indéniablement le prochain gros morceau pour l’exécutif français. « Il faut remobiliser l’ensemble du gouvernement. La présidence, c’est demain ! », s’est, à ce titre, inquiété le secrétaire général du SGAE (secrétariat général aux affaires européennes), Gilles Briatta, lors d’une conférence organisée par la Chambre de commerce et de l’industrie de Paris (CCIP), mercredi 19 mars.

Une préparation au pas de charge

Réunion entre les groupes politiques du Parlement européen et les autorités françaises, voyage dans les 27 capitales pour certains ministres, qui, à l’instar de Brice Hortefeux et de son pacte européen de l’immigration, tentent de trouver des compromis sur leur projet avant le début de la PFUE, ou encore mise en place du programme commun des trois prochaines présidences (France, République tchèque, Suède) ; la préparation de ce moment fort de la politique européenne prend du temps.

Or il ne reste que trois petits mois avant le 1er juillet, date du début de la présidence française. (Retrouvez tous les évènements politiques de la PFUE dans l’agenda d’EURACTIV.fr)

Critiquée pour avoir annoncé trop de priorités, même si 90% des  dossiers prévus figuraient à l’agenda des institutions (lire le dossier d’EURACTIV.fr), la France devra en outre tenir compte du contexte international, et notamment de la crise financière.

« L’incertitude actuelle sur les marchés financiers pèsera sur la PFUE », a indiqué Gilles Briatta. « Même s’il ne s’agit pas d’une priorité en tant que telle, les textes prévus par la Commission (révision de Bâle II, mise en œuvre de la feuille de route sur la gestion des fonds souverains…) seront examinés en priorité et la question de l’instabilité financière pourrait devenir un sujet majeur dans les mois qui viennent », a précisé le secrétaire général du SGAE.

Les élections européennes de juin 2009 constituent  un autre élément de contexte important pour la future présidence. L’activité du Parlement européen devrait prendre fin en février 2009, c’est-à-dire deux mois à peine après le début de la présidence tchèque de l’UE. Sans compter le renouvellement de la Commission européenne  qui devrait être entériné à l’automne 2009. « Il est à craindre que l’année 2009 soit difficile pour l’adoption de nouveaux textes. Il faudra donc absolument conclure le maximum de textes sous présidence française », a déclaré Gilles Briatta.

Les élections en Allemagne et la ratification du traité de Lisbonne, « qui oblige la présidence slovène à être très prudente sur la mise en œuvre du traité, même s’il y a beaucoup de choses à faire », seront également à prendre en considération. (Lire le dossier d’EURACTIV.fr)

Certains évènements extérieurs à l’UE pourraient enfin venir perturber l’agenda de la PFUE, notamment la situation en Serbie et au Kosovo.

L’épreuve du paquet énergie-climat

Rappelant le programme déjà annoncé de la présidence française, Gilles Briatta a souligné que le paquet énergie-climat (lire le dossier d’EURACTIV.fr), pour lequel « un début d’accord » pourrait être trouvé en fin de présidence, serait « une épreuve redoutable ». Ces questions occupent « la moitié de mon temps », a-t-il précisé, tout en indiquant qu’il attendait le rapport de l’ancien président de l’agence internationale à l’énergie atomique, Claude Mandil, sur la sécurité énergétique, qui doit être présenté pendant la PFUE.

« La question de l’énergie revêt une importance capitale pour nos partenaires de l’Est, qui subissent les menaces de la Russie », a ajouté le président de la délégation pour l’UE de l’Assemblée Nationale, Pierre Lequiller, également présent à la conférence de la CCIP.

Loin de mettre tout le monde d’accord, la mise en place d’une taxe carbone, qui permettrait à l’Europe « de se défendre », selon les termes employés récemment par le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, fait partie des dossiers que la France souhaite pousser au cours de sa présidence. A ce sujet, certaines industries menacent d’ailleurs de délocaliser une partie de leur production en cas d’adoption du paquet énergie-climat sans « protection » pour l’Europe. L’Allemagne a d’ailleurs, notamment, plaidé leur cause, lors du Conseil européen des 13 et 14 mars derniers. (Lire EURACTIV.fr 17/03/08)

Immigration, défense, PAC, Télécom

Dans le domaine de l’immigration, les discussions s’annoncent également tendues. La France tente actuellement de mettre tout le monde d’accord sur son pacte européen de l’immigration (lire EURACTIV.fr 24/01/08), tandis que la Commission devrait également formuler des propositions sur la coopération en matière d’immigration légale. « L’harmonisation des droits d’asile sera très difficile, mais des progrès pourront être réalisés en matière de protection des frontières ou de lutte contre l’immigration illégale», a indiqué Pierre Lequiller.

Dernière grande priorité de la Présidence française de l’UE, la défense fera l’objet de plusieurs textes, notamment en ce qui concerne l’attribution des marchés publics dans ce domaine. « Sur ce sujet, il faudra attendre le vote de la ratification du traité de Lisbonne par les Britanniques. Car c’est avec eux qu’il faut construire l’Europe de la défense », a estimé Pierre Lequiller. « S’il n’y a pas de défense européenne, il n’y aura pas de politique étrangère ».

Enfin, le paquet télécoms et le bilan de santé de la PAC figureront parmi les autres gros textes au programme de la présidence française, qui sera pourtant écourtée par les vacances et durera réellement quatre mois et non pas six.