La crise du kérosène, « principale préoccupation » de l'UE alors que la guerre en Iran se poursuit

Le lobby des compagnies aériennes exhorte l'UE à suspendre la tarification du CO2 et à procéder à des achats groupés de kérosène

EURACTIV.com
[Photo : Davide Bonaldo/SOPA Images/LightRocket via Getty Images]

Les pénuries potentielles de carburants pour avions liées à la guerre en Iran constituent une « préoccupation majeure » pour la Commission européenne – et une occasion pour les compagnies aériennes de critiquer une nouvelle fois les politiques climatiques de l’UE.

Les compagnies aériennes européennes ne sont pas encore à court de carburant, mais pourraient être confrontées à des pénuries de kérosène « dans un avenir proche », a indiqué mardi Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole de l’exécutif européen chargée de la politique énergétique.

S’adressant aux journalistes à Bruxelles, la responsable de la Commission a cherché à rassurer plutôt qu’à tirer la sonnette d’alarme.

Les approvisionnements en pétrole brut des raffineries de l’UE sont « stables » et il n’y a « pas besoin de recourir à des stocks supplémentaires pour le moment », a déclaré Itkonen. Les raffineries nationales sont capables de couvrir environ 70 % des besoins en kérosène de l’Union, a-t-elle ajouté.

« Notre travail et notre rôle en ce moment consistent à coordonner et à recueillir une vision complète de la situation ainsi que des informations en temps réel, c’est pourquoi nous réunissons désormais chaque semaine des groupes de coordination sur le pétrole et le gaz », a expliqué Itkonen.

Les compagnies aériennes se mobilisent

Les opérateurs européens font toutefois déjà pression pour que Bruxelles prenne des mesures et accorde des concessions.

L’association professionnelle Airlines for Europe (A4E) – qui compte parmi ses membres des grands noms tels que Ryanair, Lufthansa et Air France-KLM – a déjà appelé à la création d’une plateforme permettant de négocier et d’acheter conjointement du kérosène, une approche que l’UE a déjà utilisée pour le gaz naturel et qu’elle applique désormais aux matières premières critiques.

Le groupe de pression souhaite également une loi obligeant les pays européens à constituer des stocks spécifiques de kérosène, comme ils sont déjà tenus de le faire pour le pétrole et le gaz.

De plus, A4E profite des dernières turbulences géopolitiques pour redoubler d’attaque contre les principales politiques européennes de transition écologique, telles que le système d’échange de quotas d’émission (SEQE) qui oblige les pollueurs – y compris les opérateurs de vols intérieurs – à payer pour chaque tonne de CO2 qu’ils rejettent dans l’atmosphère.

L’Union européenne devrait « suspendre temporairement le SEQE », a indiqué un porte-parole du groupe dans un communiqué. Le lobby de l’aviation souhaite également que le prix des quotas d’émission soit réduit et plafonné « afin de lutter contre la volatilité des prix ».

L’UE devrait également rembourser temporairement la totalité de la différence de prix entre le kérosène fossile et les carburants aériens durables (SAF) que les compagnies aériennes sont tenues par la loi d’utiliser en quantités modestes mais progressivement croissantes, a déclaré A4E.

(rh)