La crise de la dette, un test pour les relations UE-Chine

  La crise de la zone euro et la volonté de la Chine d’aider les pays européens en difficulté seront deux thèmes clés abordés du sommet UE-Chine qui s’ouvre aujourd’hui (14 février) à Beijing. Les fonctionnaires européens ont toutefois peu d’espoir de voir des chiffres précis ressortir de cette réunion.

EURACTIV.com
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La crise de la zone euro et la volonté de la Chine d’aider les pays européens en difficulté seront deux thèmes clés abordés du sommet UE-Chine qui s’ouvre aujourd’hui (14 février) à Beijing. Les fonctionnaires européens ont toutefois peu d’espoir de voir des chiffres précis ressortir de cette réunion.

« La Chine est inquiète. La question de la dette en est à une phase critique », a déclaré à la presse réunie à Beijing Liu Weimin, porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères. « Nous pensons qu'il est important que l'Union européenne, le premier partenaire commercial de la Chine et la première économie au monde [collectivement], parvienne à redresser la barre. »

Les dirigeants européens ont appelé la Chine, qui dispose des plus grandes réserves de change au monde, à investir dans le fonds de sauvetage pour porter secours aux économies européennes en difficulté.

Le pays ne s'est pour l'instant pas réellement engagé à fournir une aide financière, mais le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a déclaré le mois dernier que le pays envisageait de participer au renflouement via le Fonds monétaire international ou le fonds de sauvetage.  Il est toutefois très probable que la Chine demande en échange un pouvoir de décision accru au sein des organisations internationales.

Au niveau bilatéral, la Chine s'est dite prête à soutenir le pays le plus en péril, la Grèce. L'ambassadeur chinois en Grèce, Du Qiwen, a affirmé que son pays s'engageait à assister « sur les plans politique et économique » ce pays en difficulté.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, qui participera au sommet UE-Chine avec le président de la Commission, José Manuel Barroso, a déclaré dans un entretien accordé aux China Daily que la crise de la dette était en train d'être résolue par les pays membres de la zone euro.

« Des mesures de grande envergure ont été prises afin de restaurer la confiance et la croissance par le biais de pare-feux financiers, de politiques budgétaires plus strictes et de réformes structurelles. L'euro fait partie de l'ADN de l'Europe, il s'agit d'une monnaie unique au cœur de la vie quotidienne de plus de 300 millions de citoyens. Tous les dirigeants européens sont déterminés à faire ce qui est en leur pouvoir pour surmonter cette crise », a affirmé M. Van Rompuy.

À Beijing, M. Wen Jiabao a déclaré dans le quotidien d'État People's Daily que son pays n'avait aucune intention de « racheter l'Europe ».

Fièvre acheteuse

Les entreprises et les fonds chinois ont augmenté leurs volumes d'investissement en Europe, acheté des sociétés chargées d'assurer des services publics, des entreprises énergétiques et même des constructeurs de yachts de luxe. Ces initiatives sont bien vues par certains, mais d'autres s'inquiètent de cette situation.

« La Chine n'a ni l'intention, ni la capacité de « racheter l'Europe » ou de la contrôler comme certains Européens le prétendent. Elle soutient l'euro et l'Union européenne depuis le début », a déclaré le premier ministre chinois, afin d'apaiser les craintes de voir les investissements des entreprises chinoises et des fonds soutenus par le gouvernement donner à Beijing trop de pouvoir sur les économies de la zone euro en difficulté.

En amont du sommet, M. Van Rompuy a déclaré que l'UE discuterait des problèmes d'ordre économique, comme le protectionnisme, et s'attacherait à la sauvegarde des investissements et de la propriété intellectuelle. L'Union « soulignera la nécessité de créer des conditions de concurrences justes pour les acteurs européens ».

Depuis que les liens bilatéraux entre l'UE et la Chine ont été établis il y a 36 ans, les échanges commerciaux sont passés d'une valeur de 4 milliards d'euros en 1978 à 395 milliards d'euros en 2010.  Aujourd'hui, l'UE est le premier importateur de biens chinois et le second exportateur vers la Chine, après le Japon. L'empire du Milieu est le second partenaire commercial de l'Union après les États-Unis, et devrait bientôt dépasser les États-Unis.

En 2010, l'UE a importé 282 milliards d'euros de biens en provenance de la Chine, soit 31 % de plus qu'en 2009 et 18,8 % de la totalité des importations de l'Union. La Chine reste donc la première source de produits manufacturés pour l'Europe. En 2011, selon des données allant jusqu'au mois de novembre, le volume d'importation depuis la Chine avait augmenté de 5 % par rapport aux niveaux de l'année précédente.

Droits de l'Homme

Les hauts fonctionnaires de l'UE ont également « poliment, mais clairement souligné les inquiétudes des Etats membres et de nos sociétés quant à la question des droits de l'Homme en Chine ».

Les discussions entre l'UE et la Chine à ce sujet ont débuté en 1995 et se déroulent deux fois par an en Chine et dans l'UE, au niveau des hauts fonctionnaires.

Peu de progrès ont été faits dans le domaine des droits de l'Homme, et « c'est regrettable », a déclaré un fonctionnaire de l'UE en amont du sommet.

Conflit sur les émissions des compagnies aériennes

La question des taxes sur les émissions de carbone des compagnies aériennes opérant en Europe devrait également être abordée lors du sommet. Le gouvernement chinois a interdit ce mois-ci aux compagnies aériennes du pays de prendre part au système européen imposant une taxe sur les émissions de carbone de tous les vols au départ et à destination de l'Europe.

La Commission européenne, qui contrôle ce programme de l'UE, a toutefois prévenu que des sanctions financières seraient appliquées contre les compagnies aériennes qui refuseraient de respecter cette réglementation. Selon des sources de l'UE, ce programme augmenterait de moins de 2 euros le prix d'un vol de Shanghai vers l'Europe.