La crise de la dette dans la zone euro s'intensifie à la veille du sommet
Moody's a dégradé la note souveraine de l'Espagne hier (10 mars), ce qui a fait chuter la monnaie européenne et a intensifié le sentiment de crise dans les 17 pays de la zone euro à la veille d'un sommet crucial de l'UE à Bruxelles.
Moody's a dégradé la note souveraine de l'Espagne hier (10 mars), ce qui a fait chuter la monnaie européenne et a intensifié le sentiment de crise dans les 17 pays de la zone euro à la veille d'un sommet crucial de l'UE à Bruxelles.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a fait savoir aux décideurs politiques lors d'une réunion à huis clos qu'elle était prête à accepter une augmentation du fonds de sauvetage européen ce mois-ci, mais à des conditions que d'autres Etats membres pourraient trouver difficiles à accepter, ont déclaré des participants.
Les investisseurs ont fait passer la monnaie unique sous la barre d’1,38 dollar, la prime de risque sur les obligations espagnoles a augmenté et le coût de l'assurance de la dette espagnole, grecque et portugaise contre le défaut de paiement s'est envolé alors qu'une nouvelle vague de tensions frappe les marchés financiers.
Les leaders de la zone euro devraient soutenir une version édulcorée du plan franco-allemand visant à relancer la compétitivité économique lors du sommet de ce vendredi. Toutefois, il est peu probable qu'ils parviennent à surmonter leurs différences d'opinion sur l'attribution de nouveaux pouvoirs au fonds de sauvetage, ce qui permettrait d'alléger le fardeau qui pèse sur les Etats surendettés de la zone.
Un fonctionnaire allemand s'est montré peu optimiste, affirmant qu'aucune décision ne serait prise sur le renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) ce vendredi.
La question de l'augmentation de la capacité de prêt du fonds serait donc résolue dans un paquet à la fin du mois de mars et Berlin est contre l'idée d'attribuer un rôle direct ou indirect au FESF ou à son successeur en achetant des obligations d'Etats en difficulté sur le marché secondaire, a-t-il déclaré.
Mme Merkel a déclaré aux membres du comité des affaires européennes du Bundestag, selon les personnes présentes, que l'augmentation du fonds dépendrait des pays qui ne disposent pas de capital à injecter avec une notation AAA, une démarche sur laquelle certains d'entre eux ont déjà exprimé leur réticence.
Des diplomates de l'UE ont affirmé que la France et plusieurs autres pays souhaitaient au minimum un accord-cadre aujourd'hui sur les attributions du futur mécanisme de sauvetage financier permanent de la zone euro.
« Plus vite nous aboutirons à un accord, plus vite nous apaiserons les marchés », a déclaré un haut diplomate.
Les traders ont affirmé que l'euro pourrait descendre encore plus bas suite aux inquiétudes du marché. Les investisseurs craignent en effet que la réunion des 17 pays de vendredi et le sommet des 27 de l'UE des 24 et 25 mai n'aboutissent pas à une action décisive pour lutter contre la crise de la dette.
« Si les fonctionnaires ne progressent pas et que les Allemands restent inébranlables dans leurs demandes, la probabilité d'une capitulation (de l'euro) sera beaucoup plus élevée », a expliqué Jessica Hoversen de MF Global à Chicago.
L'Espagne et le Portugal sous pression
Moody's Investors Service a dégradé la note de la dette souveraine de l'Espagne d'un cran à Aa2 et a mis en garde contre des dégradations supplémentaires, estimant les besoins en capitaux des banques du pays à 40-50 milliards d'euros, ou à 110-120 milliards d'euros dans les pires scénarios.
Ces chiffres diffèrent largement de la nouvelle estimation à 15 milliards d'euros réalisée par la Banque d'Espagne, ce qui soulève la question de la crédibilité des prévisions officielles.
« [Moody's] pense qu'il y a un sérieux risque que les coûts finaux des efforts de recapitalisation puissent considérablement dépasser les prévisions actuelles du gouvernement », a expliqué l'agence de notation dans une déclaration.
La pression du marché obligataire sur le Portugal pour qu'il demande lui aussi une aide de l'UE et du FMI après la Grèce et l'Irlande s'est intensifiée cette semaine dans la mesure où le rendement de sa dette d'Etat à 10 ans a atteint le niveau le plus haut depuis le lancement de l'euro à 7,5 %, un niveau que Lisbonne qualifie de non viable.
Une source de la présidence française a déclaré que les leaders de la zone euro discuteraient des mesures prises par le Portugal pour gérer ses problèmes financiers lors du sommet de ce vendredi mais qu'ils ne travaillaient pas sur un plan de sauvetage.
Des sources de l'UE ont affirmé que le premier ministre portugais, Jose Socrates, subissait d'énormes pressions de la part de ses pairs et que la Banque centrale européenne allait annoncer des mesures d'austérité supplémentaires et accélérer les réformes économiques. Ces sources ont précisé que le premier ministre ferait une déclaration devant les dirigeants européens au début du sommet sur son engagement à mettre en place des réformes plus importantes, y compris sur le marché du travail.
M. Socrates a denouveau déclaré au Parlement jeudi que le Portugal pourrait résoudre ses problèmes financiers sans aide extérieure.
La BCE a, quant à elle, annoncé que les gouvernements de la zone euro qui croulent sous les dettes devraient encore démontrer l'ampleur de leurs efforts pour combattre le déficit et qu'elle pourrait revoir à la baisse ses engagements.
« Globalement, les politiques et les projets [de consolidation] actuels donnent lieu de s'inquiéter pour un certain nombre de raisons », a déclaré la BCE dans son bulletin mensuel, sans citer de pays en particulier.
Après avoir soutenu les obligations du gouvernement portugais à plusieurs reprises cette année, la BCE semble plus réticente ces derniers jours dans une approche qui ressemble à celle adoptée avec l'Irlande avant que celle-ci ne demande un renflouement en novembre dernier.
Grèce et Irlande : l'inquiétude règne toujours
Les marchés financiers s'inquiètent également du risque croissant que la Grèce et l'Irlande ne doivent restructurer leurs dettes malgré les aides de l'UE et du FMI qui leur auraient seulement fait gagner un peu de temps.
Moody's a rabaissé la notation de crédit de la Grèce de trois échelons lundi, citant un risque croissant de défaut ou de restructuration, peut-être avant 2013.
Le rendement de la dette d'Etat à 10 ans de la Grèce a dépassé les 12,8 % et le rendement à deux ans s'est également envolé.
« Il semblerait y avoir un risque grandissant que la Grèce ne puisse satisfaire ses besoins financiers avant longtemps », a déclaré Capital Economics dans une note de recherche. « Nous pensons que l'humeur de plus en plus morose des marchés est justifiée ».
Le premier ministre grec, George Papandreou, a expliqué au quotidien français Le Monde : « La prolongation du remboursement et la réduction des taux d'intérêt des prêts consentis par l'UE et le FMI seraient des facteurs décisifs pour garantir que nous continuerons d'atteindre nos objectifs à long terme ».
Mme Merkel a déclaré que la Grèce devrait se voir accorder plus de temps pour rembourser ses prêts à la zone euro, précisant au journal Bild qu'insister pour qu'Athènes résolve ses problèmes en trois ans ne ferait que causer de nouvelles turbulences.
Selon certaines sources, elle aurait dit à la commission parlementaire qu'un allègement du fardeau de la Grèce et de l'Irlande se ferait à condition que les deux pays fassent de nouvelles promesses, citant les privatisations à Athènes et des compromis avec Dublin sur l'impôt des entreprises.
L'Allemagne et ses alliés du nord ne semblent pas prêts, cependant, à accepter une réduction significative des taux d'intérêt punitifs imposés à Athènes et à Dublin.
L'Espagne a échappé à la ligne de mire du marché obligataire cette année en annonçant des réductions budgétaires, une audacieuse réforme des retraites, des mesures de privatisation et un projet de recapitalisation des caisses d'épargne durement frappées par l'éclatement de la bulle immobilière.
Toutefois, les perspectives de taux d'intérêt plus élevés, l'accroissement des coûts des crédits hypothécaires pour les ménages espagnols et l'augmentation du risque que les promoteurs immobiliers ne puissent rembourser leurs prêts, ont fait grimper les estimations du marché quant au coût de la restructuration des banques.
(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EURACTIV)