La course pour sauver l’Allemagne se fera-t-elle aux dépens de l’Europe ?
Alors que la date des élections anticipées en Allemagne est fixée, les principaux candidats se lancent dans la campagne électorale, mais les premières promesses montrent que la priorité sera accordée aux préoccupations nationales plutôt qu’aux intérêts européens.
Alors que la date des élections anticipées en Allemagne est fixée, les principaux candidats se lancent dans la campagne électorale en promettant de restaurer la confiance en soi du pays, mais les premières promesses montrent que la priorité sera accordée aux préoccupations nationales plutôt qu’aux intérêts européens.
Déjà en novembre 2023, les Allemands ont eu un aperçu de l’ampleur du renversement de la situation dans leur pays, lorsque le chancelier Olaf Scholz s’est adressé à la presse aux côtés de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, et c’est à cette dernière, et non à Olaf Scholz, qu’il a été demandé si son homologue en difficulté était toujours un partenaire européen fiable — un renversement des rôles par rapport à l’époque de la crise de l’euro.
Ce sont des moments comme celui-ci qui ont façonné la perception qu’ont les Allemands d’un pays en déclin au cours des derniers mois de la coalition tricolore — composée du Parti social-démocrate (SPD) d’Olaf Scholz, des Verts et du Parti libéral-démocrate (FDP) — dont la popularité a largement chuté.
Alors que l’Allemagne se dirige vers des élections anticipées en février après l’effondrement de cette même coalition, le chancelier sortant, Olaf Scholz, et le favori à sa succession, Friedrich Merz, de l’Union des partis chrétiens-démocrates (CDU/CSU), se présentent tous deux comme les artisans d’un revirement de situation.
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Puisque le cordon sanitaire en place devrait assurer que le deuxième parti le plus populaire, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’extrême droite, soit écarté du pouvoir, la course à la chancellerie semble se jouer entre Friedrich Merz et Olaf Scholz, dont le parti SPD occupe actuellement la troisième place dans les sondages.
Mais leurs idées nettement repliées sur l’Allemagne en matière de gestion de l’économie et de l’immigration irrégulière pourraient contrarier les autres États membres de l’Union européenne (UE).
La similitude des deux responsables politiques dans leur évaluation de la situation du pays a été évidente lors de leur premier face-à-face parlementaire depuis l’effondrement de la coalition.
« Les temps que nous vivons sont durs et ce ne sera pas facile ni avant ni après les élections », a déclaré Olaf Scholz aux députés mercredi 13 novembre, ajoutant qu’il était temps de faire de « grands efforts ».
Friedrich Merz a affirmé que la question décisive pour la campagne serait de savoir si « notre pays ira bientôt mieux » sous un nouveau gouvernement dans une « situation dramatique » pour l’économie, qui pourrait se contracter pour la deuxième année consécutive.
Le blues de l’hiver en Allemagne
Les Allemands sont d’accord : selon un récent sondage YouGov réalisé à l’occasion de l’anniversaire d’Angela Merkel, seulement 7 % des personnes interrogées estiment que la situation de l’Allemagne s’est améliorée depuis qu’Olaf Scholz a pris les rênes du pays en 2021. Près de deux tiers des répondants pensent que la situation s’est détériorée, et 83 % d’entre eux estiment que la coalition « en feu tricolore » en est au moins partiellement responsable.
Malgré sa production législative régulière, la coalition — très diversifiée dans ses idées — s’est enfermée dans des combats et des voltefaces sur la question de l’immigration et de la réanimation d’une économie malmenée par les retombées de la guerre en Ukraine.
Un désaccord sur les contraintes budgétaires et la réponse au retour de Donald Trump à la présidence américaine ont été la goutte d’eau qui fait déborder le vase, poussant Olaf Scholz à limoger son ministe des Finances, et la chute du gouvernement s’en est suivie.
Après quelques querelles sur la date des élections anticipées qui se tiendront finalement le 23 février 2025, les préparatifs de la campagne battent leur plein, et la direction est évidente compte tenu de l’humeur morose du pays.
« Le grand sujet qui nous anime depuis longtemps et qui continuera à nous animer est la situation économique de l’Allemagne », a fait remarquer Friedrich Merz avec clairvoyance lorsqu’il a annoncé sa candidature aux élections en septembre. Il a toutefois reconnu que l’accent mis sur l’immigration clandestine ne disparaîtrait pas pour autant.
Cela correspond aux attentes des électeurs, qui ont désigné ces deux problèmes — et de loin — comme les plus importants de l’Allemagne en novembre.
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L’Allemagne d’abord
Le SPD et la CDU ont déjà présenté des mesures destinées à remédier au malaise et à faire la une de leurs manifestes électoraux, dont beaucoup révèlent une priorité radicale accordée aux préférences nationales.
Le SPD d’Olaf Scholz a présenté son document de stratégie de campagne en promettant d’injecter autant de ressources que possible dans l’économie nationale. Les entreprises qui investissent en Allemagne se voient promettre un « bonus Made in Germany », et les industries énergivores peuvent s’attendre à une réduction des frais de réseau. Des réductions d’impôts pour « 95 % des Allemands » sont également prévues.
De son côté, Friedrich Merz a laissé entendre mercredi que la CDU/CSU ferait de la pratique controversée du rejet systématique des migrants en situation irrégulière à la frontière allemande un sujet majeur. Cela serait nécessaire pour « reprendre le contrôle de la migration », a-t-il expliqué aux députés allemands.
Les espoirs des partisans de l’Ukraine de voir le chef de l’opposition se montrer plus ferme que le chancelier à l’égard de la Russie pourraient également être déçus, car l’évolution du consensus sur la question rend la rhétorique de la fermeté plus difficile à vendre. Le chef de file conservateur n’a d’ailleurs pas mentionné le sujet dans son discours de mercredi.
Au lieu de cela, ce sont les prestations généreuses accordées aux réfugiés ukrainiens qui sont dans le collimateur. Leur taux d’emploi est trop faible, car l’Allemagne ne met pas en place les bonnes incitations, a expliqué Carsten Linnemann, secrétaire général de la CDU, à la FAZ la semaine dernière. La CDU réduira les paiements de transfert, a-t-il promis, arguant que des politiques migratoires plus strictes permettraient au pays d’économiser 10 milliards d’euros.
Les signes indiquant que l’Allemagne cherche à intégrer ces mesures dans des mesures européennes plus larges ne figurent pas parmi les priorités des candidats, en dehors de leur intérêt avoué pour l’Europe.
Les références à des mesures économiques communes, telles que de nouveaux cycles de dette commune de l’UE, que l’ancien Premier ministre italien Mario Draghi avait encouragées dans son rapport sur la compétitivité, sont particulièrement rares, quoique prévisibles.
L’Europe en est réduite à espérer les retombées d’une reprise allemande, car les conséquences négatives de son ralentissement ont également été largement ressenties.
Comme le président de la Serbie, Aleksandar Vučić, l’a dit un jour en plaisantant : « Quand l’Allemagne tousse, nous attrapons une pneumonie ».
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[Édité par Anna Martino]