La course aux « top jobs » de l’UE au menu des discussions entre la France, l’Allemagne et l’Italie en marge du G7

Les dirigeants des pays du Groupe des Sept également membres de l’UE — France, Allemagne et Italie — devraient se rencontrer en marge du sommet du G7 ce jeudi (13 juin) pour discuter de l’attribution des postes à responsabilité des institutions de l’UE, les fameux « top jobs »

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Macron-Scholz-Meloni
Les discussions informelles concernant les top jobs permettront aux dirigeants des trois plus grandes économies de l’Union européenne d’aborder en privé la nomination aux postes à responsabilité de l’UE en amont d’un dîner informel entre les 27 dirigeants de l'UE prévu la semaine prochaine. [Esther Snippe]

Les dirigeants de la France, de l’Allemagne et de l’Italie devraient se rencontrer en marge du sommet du G7 ce jeudi (13 juin). Il s’agira de leur première réunion depuis l’annonce des résultats des élections européennes, qui ont lancé les discussions sur l’attribution des postes à responsabilité au sein des institutions de l’Union européenne (UE), les fameux « top jobs ».

Les dirigeants du G7 (Italie, France, Allemagne, Royaume-Uni, Canada, États-Unis, Japon) se rencontrent dans le sud de l’Italie de jeudi à samedi (13-15 juin).

Les discussions informelles concernant les top jobs permettront aux dirigeants des trois plus grandes économies de l’UE d’aborder en privé les noms des candidats, avant un dîner informel entre les 27 dirigeants de l’UE prévu la semaine prochaine.

Les fonctionnaires européens impliqués dans la préparation du sommet du G7 ont toutefois indiqué que les discussions de jeudi n’auraient pas une importance significative.

« Par le passé, les accords conclus lors des réunions du G20 ou du G7 ont créé plus de tensions qu’ils n’ont apporté de solutions, car le nombre de participants [à ces discussions] était limité », a expliqué un haut fonctionnaire de l’UE.

Après les élections européennes de 2019, certains dirigeants de l’UE réunis au sommet du G20 au Japon avaient trouvé un accord sur les top jobs. Le social-démocrate Frans Timmermans avait été proposé pour diriger la Commission européenne.

Cependant, lors d’un sommet dédié à la question des 27 chefs d’État et de gouvernement de l’UE à Bruxelles, cet accord s’était effondré, en raison notamment de réserves exprimées par les Européens de l’Est.

Au regard de cela, « il ne serait pas souhaitable de conclure un accord aussi rapidement cette fois-ci, sans le reste des dirigeants », a confié un diplomate de l’UE qui ne participe pas au sommet du G7.

Durant la précédente législature (2019-2024), l’attribution des postes à responsabilité de l’UE avait été fortement influencée par l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel, tandis que la France avait attendu que tous les candidats soient annoncés avant d’apporter son soutien au projet de compromis.

Dynamique des discussions

Cette fois ci, les grandes lignes d’un accord pour les top jobs et la reconduction d’Ursula von der Leyen (Parti populaire européen, 1e groupe au Parlement européen) à la tête de la Commission ont émergé moins d’une semaine après les élections européennes, alors que des négociations complexes étaient initialement attendues.

Il semblerait même que les discussions pourraient « progresser rapidement » lors du dîner informel des dirigeants de l’UE prévu lundi (17 juin), ont confirmé plusieurs fonctionnaires et diplomates européens à Euractiv.

En France, Emmanuel Macron se prépare à des élections législatives anticipées qu’il a lui-même convoquées, après les mauvais résultats de sa liste Besoin d’Europe (Renew, 3e groupe au Parlement européen) aux élections européennes du week-end dernier, et alors que le Rassemblement national (Identité et Démocratie, 5e groupe au Parlement européen) a obtenu de très bons résultats.

Pour le président de la République, qui n’a pas encore apporté publiquement son soutien à Ursula von der Leyen, le temps presse pour sceller un accord avant le 30 juin, date du premier tour des législatives. Celui-ci interviendra juste après un sommet consacré à l’attribution des postes à responsabilité de l’UE les 27 et 28 juin, au cours duquel un accord pourrait être conclu.

Le chancelier allemand Olaf Scholz – dont la coalition tripartie composée des socialistes, des libéraux et des Verts a également enregistré de mauvais résultats – est le principal négociateur des Socialistes et Démocrates européens (S&D), le second groupe au Parlement européen.

Les deux chefs d’État ont mis en garde Ursula von der Leyen contre la conclusion d’un accord avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni et son parti, Fratelli d’Italia (Conservateurs et Réformistes européens, CRE, 4e groupe au sein de l’hémicycle européen).

Giorgia Meloni, hôte du sommet et présidente des CRE, se trouve dans une bien meilleure posture que ses homologues français et allemand, confortée par les résultats du scrutin européen.

Enfin, en ce qui concerne le premier groupe au Parlement, le Parti populaire européen (PPE), ses deux principaux négociateurs, le Premier ministre polonais Donald Tusk et son homologue grec Kyriákos Mitsotákis, ne sont pas présents au G7 .

Que pourrait obtenir Giorgia Meloni  ?

Alors que les fonctionnaires de l’UE au fait des discussions sur les top jobs estiment qu’Emmanuel Macron et Olaf Scholz pourraient être prêts à soutenir Ursula von der Leyen, la grande question qui se pose concerne les conditions que Giorgia Meloni pourrait poser en échange de son soutien à l’Allemande.

Lundi (10 juin), la dirigeante italienne a déclaré qu’il était encore « trop tôt pour donner une réponse » concernant un éventuel second mandat d’Ursula von der Leyen ou les alliances qui pourraient être formées au Parlement européen.

Contacté par Euractiv, Fratelli d’Italia a refusé tout commentaire.

Toutefois, selon certaines sources italiennes, la Première ministre Giorgia Meloni serait prête à soutenir Ursula von der Leyen si l’Italie reçevait un portefeuille important à la Commission. Alors que le chancelier allemand et le président français ne sont pas favorables à une alliance avec l’extrême droite, ils pourraient accepter qu’un poste important de vice-président de la Commission revienne à un allié de Giorgia Meloni.

Depuis plusieurs mois, Ursula von der Leyen courtise la Première ministre italienne, ces deux dernières s’étant accordées sur divers sujets tels que la migration et le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal). Ce rapprochement a provoqué des tensions au sein de la grande coalition constitué par le PPE, les socialistes et les libéraux de Renew, ces deux derniers groupes s’opposant à une collaboration avec l’extrême droite.

Des bâtons dans les roues d’Ursula von der Leyen ?

La reconduction d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission dépend de la question de savoir si les dirigeants de l’UE sont prêts à lui apporter leur soutien sans connaître l’ensemble des autres candidats pour les top jobs.

Selon des fonctionnaires de l’UE et des diplomates à Bruxelles, Roberta Metsola pourrait être reconduite comme présidente du Parlement européen et l’ancien Premier ministre socialiste portugais António Costa pourrait devenir président du Conseil européen.

Quant au poste de Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, actuellement occupé par Josep Borrell, il pourrait revenir à un responsable politique des libéraux, par exemple à la Première ministre estonienne Kaja Kallas ou à son homologue belge sortant Alexander De Croo.

La nomination d’Ursula von der Leyen, sans un accord sur ces autres postes, semble aujourd’hui peu probable, surtout avec un Conseil européen composé de dirigeants majoritairement issus du PPE. Car cela risquerait de faire perdre aux autres groupes leur poids dans les négociations à l’échelon européen.

Un autre scénario serait que le trio du G7, l’Allemagne, la France et l’Italie, propose un candidat surprise avec le soutien de Giorgia Meloni, mais les fonctionnaires de l’UE et les diplomates au fait des discussions estiment cette hypothèse peu probable.

Même si elle devait finalement être désignée par les dirigeants européens, Ursula von der Leyen devra encore être confirmée par les eurodéputés au Parlement européen. Un vote sur la question pourrait avoir lieu dès le 18 juillet.

Dans ce cas, elle devra recueillir le vote de 361 des 720 eurodéputés et donc s’assurer du soutien de la coalition des trois plus grands groupes de l’hémicycle – le PPE, les S&D et Renew, qui disposent ensemble de 403 eurodéputés. Si certaines voix venaient à manquer, elle aura besoin des Verts (53 eurodéputés) ou même des Conservateurs et Réformistes (CRE) d’extrême droite (73 eurodéputés).

[Édité par Anne-Sophie Gayet]