La Commission tente une nouvelle harmonisation des fréquences en UE
La Commission européenne cherche à introduire des règles communes pour la répartition des spectres radioélectriques dans l'UE. Un sujet sensible pour les États membres qui se sont déjà opposés à de précédentes tentatives.
La Commission européenne cherche à introduire des règles communes pour la répartition des spectres radioélectriques dans l’UE. Un sujet sensible pour les États membres qui se sont déjà opposés à de précédentes tentatives.
Bruxelles s’est engagée dans un nouveau bras-de-fer avec les Etats membres sur la réforme de l’allocation des spectres radioélectriques, qui doit notamment permettre le déploiement de la 4G et de la 5G.
La Commission a présenté sa stratégie du marché unique numérique le 6 mai, qui comprend une politique sur les spectres radioélectriques dans le cadre des nouvelles règles pour les télécommunications, attendues en 2016.
Mais cette nouvelle proposition pour distribuer les spectres radios à échelle européenne pourrait se heurter à l’opposition des États membres, qui tirent profit des revenus lucratifs de la mise aux enchères du spectre.
Les précédentes tentatives d’« européaniser » la politique du spectre se sont soldées par un échec.
La stratégie de continent connecté introduite par l’ancienne vice-présidente de la Commission, Neelie Kroes, avait pour objectif initial d’unifier les règles de l’utilisation du spectre. Le Conseil des États membres avait toutefois retiré ces dispositions de la réglementation.
>> Lire : Neelie Kroes réclame un réel marché unique des télécoms
Andrus Ansip : « Nous ne voulons pas toucher à l’argent des États membres »
La Commission revient donc avec une seconde, mais moins ambitieuse tentative de coordonner le processus de vente aux enchères pour la répartition du spectre de bandes, qui aura toujours lieu au niveau national.
Andrus Ansip et Günther Oettinger, les deux commissaires actuellement en charge du programme numérique, ont tous deux reconnu qu’obtenir l’accord des États membres pour établir des critères communs des ventes du spectre serait extrêmement difficile.
Lors de l’annonce du marché unique numérique à Bruxelles, Andrus Ansip a appelé à une « profonde coopération » pour une politique en matière de spectre et a cherché à rassurer les gouvernements nationaux. « Nous ne voulons pas toucher à l’argent des États membres », a-t-il insisté.
« Les États membres ne cessent de freiner des quatre fers, et nous pensons qu’ils ont tort », a déclaré Günther Oettinger en référence au bras de fer mené sur le politique du spectre.
Selon la stratégie de marché unique numérique, une politique du spectre à échelle européenne est nécessaire pour encourager les investissements. Certains pays ont mis du temps à distribuer la bande 800 MHz utilisée pour les communications mobiles, et étaient donc à la traine pour introduire la technologie 4G pour les réseaux mobiles.
Diffusion coordonnée
Pour gommer ces différences et établir un marché unique numérique, la Commission propose d’introduire des règles communes pour une synchronisation des ventes aux enchères du spectre par les régulateurs nationaux.
Alors que la stratégie du marché unique numérique indique que la bande 700 MHz sera utilisée pour étendre les services à haut débit, elle fait également brièvement référence à l’industrie audiovisuelle, généralement critique des projets consistant à adapter la bande 700 MHz à la télévision.
« La Commission va faire des propositions spécifiques concernant la diffusion coordonnée de la bande 700 MHz, particulièrement adaptée pour assurer la mise à disposition des services à large bande dans les zones rurales, tout en prenant en compte les besoins des médias audiovisuels en termes de distribution », est-il expliqué dans la proposition.
Dans son projet de règlementation, la Commission s’attaquerait à la disparité des conditions qui affectent la répartition du spectre à travers l’UE, aux incohérences de prix, aux zones couvertes par le spectre et aux règlements en matière de concurrence, notamment chez les exploitants de réseaux câblés. Toutefois, les documents de la stratégie n’expliquent pas comment ces règles seront mises en pratique dans chaque État membre.
Critiquant les États membres qui ont mis du temps à mettre en place le spectre, Andrus Ansip a déclaré aux journalistes : « Nous devons fournir la bande 700 MHz pour les données. C’est dans l’intérêt de nos citoyens. C’est dans l’intérêt de nos industries. Pardon de le rappeler une fois de plus, mais dans certains États membres, le MHz est toujours utilisé par les forcés armées et non pour les technologies innovantes que réclament les citoyens.
Plus rapide que toutes les autres administrations de l’UE, le régulateur national allemand pour les télécommunications, le Bundesnetzagentur, ouvrira la vente aux enchères du spectre à bande 700 MHz pour les portables le 27 mai.
Jochen Homann, le président du Bundesnetzagentur a déclaré en début d’année que l’Allemagne serait le premier pays d’Europe à distribuer le spectre 700 MHz pour le haut débit mobile. Cette fréquence, a affirmé Jochen Homann, « devrait considérablement améliorer l’offre de haut débit dans les zones rurales ».
Les ventes du spectre allemand ont été incroyablement lucratives. La mise aux enchères des services UMTS il y a 15 ans, par exemple, avait dégagé 50 milliards d’euros de bénéfice.