La Commission présente un plan pour encourager les industries à adopter l’IA

La commissaire aux Technologies, Henna Virkkunen, a présenté mercredi 8 octobre la stratégie « Apply AI » de la Commission, un plan de soutien visant à aider les industries européennes à adopter l’intelligence artificielle.

EURACTIV.com
[Getty Images/Nitat Termmee]

La stratégie contient une série de mesures qui ont pour objectif d’accélérer l’adoption de l’IA dans les principales industries européennes et dans le secteur public.

La priorité est donnée au développement de l’IA en elle-même : l’initiative « Frontier AI » est prévue pour réunir des entreprises et des chercheurs afin de débloquer des « capacités avancées ». Elle comprendra des concours pour développer de nouveaux modèles d’IA ouverts, qui, selon la stratégie, bénéficieront d’un accès gratuit aux supercalculateurs de l’UE.

« La stratégie encourage également une approche “Achetez de l’IA européenne”, en particulier pour le secteur public », a précisé Henna Virkkunen mercredi. Mais bien qu’elle ait mentionné sa préférence pour l’innovation européenne dans le cadre des marchés publics, la stratégie ne présente pas de mesures spécifiques dans ce sens. Un porte-parole de la Commission n’a pas été en mesure d’indiquer immédiatement à Euractiv à quelles mesures la commissaire faisait référence.

La Commission ouvrira également les capacités de calcul européennes pour former des modèles d’IA destinés à la défense et financera des programmes de master « IA pour les entreprises » afin de garantir que les entreprises disposent des travailleurs qualifiés nécessaires pour exploiter cette technologie.

La stratégie prévoit un soutien au développement de modèles et d’agents d’IA adaptés au secteur manufacturier, ainsi que le financement de « pipelines d’accélération » destinés à acheminer l’IA des laboratoires de recherche vers les usines.

Dans le secteur de la santé, l’IA devrait être utilisée dans des centres de dépistage. En matière de climat, un modèle d’IA open source devrait permettre d’améliorer les prévisions météorologiques, tandis que, dans le domaine de la mobilité basée sur l’IA, un groupe de villes sera invité à se porter volontaire pour servir de banc d’essai pour les voitures autonomes.

Une stratégie comme les autres ?

Ces efforts seront suivis par un « observatoire de l’IA » et discutés au sein d’une « alliance pour l’application de l’IA », un forum de discussion entre les parties prenantes.

Mais si la stratégie annonce des mesures générales, les détails — comment mettre en œuvre concrètement ces mesures — sont plus difficiles à obtenir. La stratégie ne précise par exemple pas la forme que prendra l’observatoire prévu, ni son fonctionnement.

« Un autre jour, un autre document stratégique », a plaisanté Daniel Abbou, président du Forum européen de l’IA qui rassemble les associations nationales d’IA, en réponse à l’annonce de la Commission. « Une grande partie du contenu du document est correcte et importante. Mais comment ces changements doivent-ils être mis en œuvre concrètement ? »

Daniel Abbou renvoie à l’annonce faite par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, lors du sommet sur l’IA qui s’est tenu en février à Paris, d’une initiative visant à « mobiliser » 200 milliards d’euros pour investir dans l’IA européenne.

Si la Commission s’efforce de mettre en place de grands centres de formation aux modèles d’IA, appelés « gigafactories » d’IA, ces installations ne représentent qu’un dixième de l’investissement annoncé. Interrogé, un porte-parole n’a pas été en mesure d’expliquer où irait le reste des milliards annoncés.

Financements

La stratégie « Apply AI » bénéficiera d’un financement d’1 milliard d’euros provenant de programmes de financement de la Commission.

Mais le financement privé européen reste modeste par rapport aux capitaux d’investissement disponibles aux États-Unis ou en Chine, estime Emmet King, de la société de capital-risque J12 spécialisée dans l’IA, à Euractiv. Pour lui, la clé de toute « souveraineté en matière d’IA » passe par la mobilisation de l’épargne européenne pour investir dans le renforcement de l’innovation.

« Si la Commission mérite d’être félicitée pour son approche proactive, le défi n’a jamais été le manque de stratégies, mais leur mise en œuvre », a également fait valoir Emmet King, en accord avec Daniel Abbou.

Il aimerait voir toutes ces différentes stratégies et plans d’action accompagnés de résultats mesurables, comme la capacité de calcul de l’IA disponible en Europe. Sur ce point, la Commission pourrait avoir une réponse concrète : sous la forme de l’observatoire de l’IA envisagé.

(asg)