La Commission présente un Livre blanc sur le changement climatique
Avec ce document, Bruxelles entend limiter la vulnérabilité de l’UE au réchauffement climatique. Malgré l’urgence, l’Europe attend 2012 pour définir sa stratégie.
Avec ce document, Bruxelles entend limiter la vulnérabilité de l’UE au réchauffement climatique. Malgré l’urgence, l’Europe attend 2012 pour définir sa stratégie.
Réduire l’impact du réchauffement climatique sur le territoire de l’UE. Tel est l’objectif de la Commission européenne, présenté dans un Livre blanc, mercredi 1er avril. Ce texte présente un cadre dans lequel l’UE et les États membres devront diriger leurs actions pour s’adapter au changement climatique. A terme, la Commission entend ainsi se munir d’une politique transversale d’adaptation à l’échelon communautaire.
Le texte propose de connaître davantage l’impact du changement climatique sur l’économie et la vie des citoyens européens. La montée des eaux, moins de pluies, la sécheresse, seront les conséquences du réchauffement climatique. Il convient, selon Bruxelles, de réfléchir dès à présent à adapter les infrastructures, les bâtiments, mais encore le type d’agriculture à favoriser pour s’adapter à ces changements.
Quatre piliers
Avec ce Livre, la Commission décide d’ouvrir une nouvelle « phase de réflexion », qui s’étendra jusqu’en 2012, et repose sur quatre piliers. Le premier vise à augmenter les connaissances des États membres sur les impacts du changement climatique. La Commission propose de se doter d’un centre d’échanges pour 2011, véritable base de données réunissant l’ensemble des informations sur le sujet déjà acquises dans les États membres. Il s’agit aussi de définir les coûts liés à l’adaptation. En France une étude sur le sujet sera proposée par l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC) cet été.
Le second pilier sur lequel la Commission souhaite travailler est d’inclure cette adaptation dans les politiques communautaires-clefs : la santé, l’agriculture, l’eau, les côtes maritimes, les forêts etc…
Ensuite, la Commission indique vouloir définir une combinaison d’instruments pour assurer cette adaptation, et notamment son financement. Sera aussi analysé l’intérêt d’utiliser en complément des mécanismes d’assurances, en tant qu’instrument de partage des risques liés au changement climatique.
Enfin, le quatrième pilier repose sur le développement de la coopération internationale sur le sujet. Jusqu’à maintenant, l’action de l’UE s’est surtout attachée à pousser ses partenaires à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais aujourd’hui, la Commission délivre un message plus pessimiste : «Même si nous réduisons à zéro nos émissions de gaz à effet de serre, il n’est plus possible d’inverser la machine du changement climatiques, et ses conséquences sont irréversibles», a souligné le commissaire européen chargé de l’Environnement Stavros Dimas.
Cette évolution du discours, explique, selon une source proche du dossier, la période relativement longue de travail que c’est encore octroyée la Commission sur le sujet. Elle a déjà publié un Livre vert en 2007. Certains s’interrogent sur la pertinence de pousser la réflexion et d’attendre encore pour définir une véritable stratégie.
En effet, une politique européenne sur le sujet ne verra pas le jour avant 2013. Et ses grandes lignes ne sont pas encore définies dans le document publié le 1er avril.
La France se dotera d’un plan national en 2011
Toutefois, dans son texte la Commission admet déjà que le changement climatique aura des implications très variables d’une région à l’autre. Aussi, les mesures d’adaptation devront-elles principalement apparaître au niveau local. L’UE jouera plutôt un rôle de coordination de l’ensemble des stratégies définies aux niveaux inférieurs.
Entre six et sept États membres ont déjà une véritable stratégie nationale d’adaptation, dont les Pays-bas, la Finlande, l’Allemagne et l’Espagne. En France, la loi sur le Grenelle de l’environnement, en ce moment voté par le Sénat, impose que l’Hexagone se dote d’un véritable plan national. Mais il ne devrait pas voir le jour avant 2011.
Au niveau des régions, on réfléchit déjà à l’adaptation. Mais « seulement une poignée de régions » peut prétendre avoir une telle stratégie, selon un chargé de mission à la représentation des régions Bretagne, Pays-de-la-Loire et Poitou-Charentes auprès de l’UE, Stéphane Peyhorgue. La Bretagne est bien avancée et fait par exemple partie du réseau nrg4SD (Network of Regional Governements for Sustainable Development) qui regroupe différentes régions de pays européens mais aussi du monde, comme le Brésil.
POSITIONS
Le commissaire européen chargé de l’Environnement, Stavros Dimas, a souligné que « nous devons travailler dur à la réduction des émissions de carbone, mais même avec cette réduction une partie du changement climatique est inévitable. Il est alors essentiel que nous travaillons avec les gouvernements, les entreprises, et les communes pour développer une stratégie d’adaptation compréhensive pour l’UE et de s’assurer que l’adaptation soit intégrée dans les politiques clefs de l’UE ».
La commissiaire à l’Agriculture, Mariann Fischer Boel a indiqué qu’elle voulait « lancer des discussions sur les étapes spécifiques à faire pour aider nos agriculteurs à s’adapter ». Elle a par ailleurs présenté une contribution de la Commission sur l’agriculture et le changement climatique, adopté en marge du Livre blanc.
Le commissaire aux Affaires maritimes et à la pêche, Joe Borg, a estimé qu’« aujourd’hui, 50% de la population européenne vit en région côtière. Ainsi les efforts pour s’adapter au changement climatique sont cruciaux et urgents ».
Interrogé par EURACTIV.fr sur le temps de réflexion lié à l’adaptation, le chargé de mission à la représentation des régions Bretagne, Pays-de-la-Loire et Poitou-Charentes auprès de l’UE, Stéphane Peyhorgue, justifie cette période par « la difficulté » d’élaborer une politique globale. « C’est un problème global qui demande une approche d’ensemble », indique-t-il. M. Peyhorgue estime également que « tout le monde doit mettre la main à la pâte », mais que « pour une action locale, les régions sont vraiment l’échelon pertinent ».