La Commission nie la présence de navires de l’opération Irini sur les routes migratoires de la Méditerranée
La Commission européenne a nié la présence de navires de l’opération militaire Irini en Méditerranée centrale, là où passent les principales routes migratoires. C’est ce qu’a annoncé lundi Peter Stano, le porte-parole du chef de la diplomatie de l’UE.
La Commission européenne a nié la présence de navires de l’opération militaire de l’UE appelée « Irini » en Méditerranée centrale, là où passent les principales routes migratoires. C’est ce qu’a annoncé lundi (13 mars) Peter Stano, le porte-parole du chef de la diplomatie du bloc.
M. Stano commentait l’éventuelle présence de navires de l’opération Irini à proximité d’un bateau transportant des migrants qui a fait naufrage dans les eaux internationales, à une centaine de kilomètres du port libyen de Benghazi, dimanche.
Dimanche matin, les garde-côtes italiens ont sauvé 17 personnes, tandis qu’une trentaine d’autres sont décédées. Les premiers appels de détresse avaient été entendus par les autorités italiennes, libyennes et maltaises plus de 24 heures auparavant.
L’opération Irini est une initiative de l’Union européenne soutenue par les États membres. Elle opère en Méditerranée centrale et a pour objectif d’intercepter les bateaux impliqués dans le trafic illégal d’armes et d’essence en provenance de Libye, à lutter contre la traite des êtres humains et à former les garde-côtes libyens.
L’opération Irini se concentre dans les eaux internationales et ne peut pas opérer dans les eaux territoriales, à savoir celles comprises dans un rayon de 12 milles autour des côtes de chaque pays.
« L’opération Irini ne patrouille que dans une zone précise qui a été déterminée par l’accord de tous les États membres, et cette zone n’est pas celle où passent les principales routes migratoires », a déclaré Peter Stano, le porte-parole du chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, lors d’une conférence de presse lundi.
https://twitter.com/Libya_OSINT/status/1288233953342697472
« Si un navire de l’opération Irini se trouve à proximité ou est le plus proche d’une tragédie en cours, il a bien sûr l’obligation d’intervenir, comme n’importe quel autre navire », a ajouté le porte-parole.
M. Stano a expliqué que la Commission n’était pas en mesure de confirmer la présence de navires de l’opération Irini dans la zone proche du bateau en détresse 24 heures avant la tragédie car il s’agit d’une question opérationnelle pour les responsables de l’opération.
EURACTIV a interrogé le porte-parole de l’opération Irini sur la position de leurs navires, mais n’a pas reçu de réponse au moment de la publication de cet article.
Irini, un « facteur d’attraction » ?
Comme dans le débat sur les ONG — qui attireraient selon certains les migrants — les responsables politiques italiens se sont demandé si l’opération Irini constituait un « facteur d’attraction » pour les migrants.
S’il est prouvé que « le déploiement [de l’opération militaire Irini] a un effet d’attraction sur les flux migratoires […] les États peuvent décider d’interrompre les activités », peut-on lire dans un document du parlement italien.
Les bateaux de sauvetage des ONG attirent les migrants, selon Frontex
Les personnes demandent l’asile dans l’UE en raison d’un large éventail de facteurs, et notamment…
5 minutes
Le déroulement des évènements
L’ONG Alarm Phone, un service d’assistance téléphonique pour les personnes en détresse en mer, a déclaré avoir envoyé un premier appel de détresse au Centre de coordination et de sauvetage maritime (MRCC) de Libye, d’Italie et de Malte à propos d’un bateau en détresse, avec 47 personnes à bord, dans les eaux internationales, avec des coordonnées de géolocalisation, le samedi à 2 h 28 CET.
Dans un communiqué de presse, Alarm Phone indique qu’à 3 h 01, il a demandé au MRCC de s’assurer que le navire de pétrole brut Amax Avenue était proche du bateau en détresse, pour que ce dernier puisse intervenir. Mais aucun navire ne s’est arrêté.
Neuf heures plus tard, l’avion de l’ONG Sea Watch opérant en Méditerranée a intercepté le bateau. Ils ont envoyé un autre message de détresse aux bateaux se trouvant à proximité.
🆘
🔴 47 Persone a rischioL'imbarcazione, segnalata da @Alarm_Phone, è a 113 miglia NW Bengasi, è alla deriva, col motore in avaria, in balia delle onde🌊. Tanker 🚢#Basilis_L 🇲🇭 sulla scena.
Il video del velivolo 🛩️ #Seabird2 #SeaWatch
📍OSINT via @RadioRadicale
⏳
🔢
🧵 pic.twitter.com/Pk56AGpxvM— Sergio Scandura (@scandura) March 11, 2023
Un navire marchand, le BASILIS L, s’est approché du bateau en détresse, mais n’a pas pu lancer d’opération de sauvetage en raison des conditions météorologiques.
Un rapport de Sea Watch sur le naufrage, consulté par EURACTIV, indique que le BASILIS L a tenté de se coordonner avec les autorités libyennes, qui ont déclaré dans un premier temps qu’elles interviendraient, mais le port de Benghazi n’a finalement envoyé aucun bateau.
L’ONG a publié un appel enregistré avec le MRCC de Rome pour communiquer à 17 h 02 le samedi (11 mars) que le port de Benghazi ne répondait pas à l’appel de détresse du bateau et que l’Italie devait intervenir.
At 4.51 pm, we reach someone in #Libya again. We get confirmation: The patrol boats in Benghazi are not equipped for the weather conditions. Libya cannot rescue, will not rescue, and is not coordinating a rescue by the Basilis L merchant ship.
(6/8)
— Sea-Watch International (@seawatch_intl) March 13, 2023
Depuis janvier, l’Italie fournit à la Libye des bateaux financés par l’UE pour intercepter les migrants et les ramener sur le territoire libyen. Cet accord a renforcé le protocole d’accord entre la Libye et l’Italie, qui fournit déjà un soutien financier au pays nord-africain pour contenir les flux migratoires.
Alarm Phone a déclaré que sa dernière communication avec le bateau a eu lieu dimanche à 6 h 50. Par la suite, l’ONG a annoncé que le bateau avait chaviré.
Les garde-côtes italiens ont commencé l’opération de recherche et de sauvetage dimanche matin (12 mars), lorsque les responsables libyens ont déclaré qu’ils ne pouvaient pas intervenir par manque de navires, ont écrit les garde-côtes italiens dans un communiqué de presse dimanche.
L’accord entre Rome et Tripoli a été fortement critiqué par des ONG, des journalistes et des organisations intergouvernementales.
Dans une lettre adressée au ministre italien de l’Intérieur Matteo Piantedosi, la commissaire aux Droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, a averti qu’il existait « des preuves documentant de graves violations des droits de l’homme auxquelles sont confrontés les réfugiés, les demandeurs d’asile et les migrants ».
Le Conseil de l’Europe condamne l’Italie pour son décret sur l’immigration
Dans une lettre envoyée le 26 janvier et rendue publique jeudi (2 février), le Conseil…
4 minutes
[Édité par Anne-Sophie Gayet]