La Commission Juncker confirmée par le Parlement après quelques ajustements
Le nouvel exécutif européen a été confirmé à une large majorité par les parlementaires européens le 22 octobre, après que Jean-Claude Juncker ait procédé aux quelques ajustements réclamés par les grandes familles politiques.
Le nouvel exécutif européen a été confirmé à une large majorité par les parlementaires européens le 22 octobre, après que Jean-Claude Juncker ait procédé aux quelques ajustements réclamés par les grandes familles politiques.
Pari réussi pour Jean-Claude Juncker. Le nouveau président de la Commission européenne a obtenu, mercredi 22 octobre, le soutien d’une large partie du Parlement européen lors du vote d’investiture de la nouvelle équipe de commissaires.
Après plus de 3 heures de discussion, les parlementaires ont voté en faveur du nouveau collège de commissaire, à 423 voix pour, 209 contre et 67 abstentions, ce qui octroie au nouveau président une confortable majorité.
Majorité pro-européenne
Pour autant, plusieurs défections parmi les élus des grandes familles politiques ayant appelé à voter en faveur du nouvel exécutif, les libéraux de l’ALDE, les socialistes du S&D et le centre-droit (PPE) sont à recenser.
En effet, Jean-Claude Juncker pouvait normalement compter sur les 479 voix que compte cette majorité élargie. 56 voix ont donc manqué à l’appel, parmi lesquels les socialistes espagnols et belges ou français, mais aussi certains élus de la famille politique de Juncker, comme l’eurodéputée française Rachida Dati. Aucun élu du groupe des libéraux n’a voté contre le collège, même si certains se sont abstenus.
>>Lire: Remous au sein de la coalition avant le vote pour la nouvelle Commission
Au total, ce sont 32 socialistes, 6 libéraux et 3 membres du PPE, la famille politique de Jean-Claude Juncker, qui ont voté contre ou se sont abstenus. Faible compensation, 12 membres du groupe des conservateurs et réformistes (ECR) dont la consigne était de s’abstenir ont tout de même donné leur voix à la nouvelle Commission. Deux élus Vert, une élue non-inscrite, Iveta Grigule, ainsi qu’un membre du groupe eurosceptique EFDD de Nigel Farage ont également fait de même.
« Si vous comparez les chiffres de mon élection en juillet, celle du collège aujourd’hui et celle de Martin Schulz à la tête du Parlement européen vous voyez qu’il y a une vraie majorité pro-européenne stable autour des 400 voix » a insisté le président Juncker lors d’une conférence de presse à l’issue du vote.
De son côté, Martin Schulz, le président du Parlement européen a félicité Jean-Claude Juncker, estimant que ce dernier avait obtenu « un excellent résultat »et une « une majorité très forte »
Ajustements du collège
Pour rallier la majorité de la grande coalition, Jean-Claude Juncker a procédé à quelques ajustements au sein de son collège de commissaire.
>>Lire: Juncker défend l’architecture « politisée » de la nouvelle Commission
Le plus attendu, la citoyenneté qui faisait partie du portefeuille du commissaire hongrois Tibor Navrascis, passe aux mains du commissaire à l’immigration. « J’ai décidé de confier la citoyenneté au commissaire chargé de la migration et des affaires intérieures qui travaillera sur ce dossier en étroite collaboration avec la commissaire en charge de la justice et des consommateurs » a-t-il expliqué.
L’attribution de ce portefeuille au commissaire hongrois, un ancien ministre du régime de Victor Orban fortement critiqué pour ses atteintes récurrentes aux libertés individuelles, avait provoqué une véritable levée de boucliers de la part du Parlement européen, et notamment des libéraux.
La politique du médicament sera réattribuée au commissaire en charge de la santé, alors qu’elle était passée sous la houlette de celui à l’industrie. « Je n’avais pas idée que les médicaments seraient une marchandise comme une autre », s’est défendu le président, qui a confirmé que cette politique serait « réaffectée au commissaire à la santé ».
Le groupe de socialistes (S&D) avait de ce rapatriement une condition sine qua non de leur soutien au collège.
Autre réajustement, la politique de l’espace, initialement incluse dans le portefeuille des transports dépendra finalement de celui du marché intérieur.
Enfin, le commissaire à l’élargissement sera chargé d’un intitulé sans ambiguïté de « commissaire aux négociations à l’élargissement ». « J’ai choisi de nommer [ainsi] car il n’y aura pas de nouveaux membres dans les 5 années à venir » a-t-il expliqué, réaffirmant sa politique de non-élargissement pendant son mandat.
Des gages sur l’Europe sociale
Le président a conclu son exercice en rappelant l’enjeu de ce nouvel exécutif, qui devra enrayer la méfiance grandissante à laquelle la construction européenne fait face.
« Cette Commission sera celle de la dernière chance » a averti Jean-Claude Juncker. « Soit nous réussissons à rapprocher les citoyens de l’Europe, à réduire de façon draconienne le niveau du chômage et à redonner une perspective européenne aux jeunes, soit nous échouons »
Sur le volet du social, le nouveau chef de l’exécutif a tenté de donner une ligne ambitieuse. « Je veux que l’Europe soit dotée d’un AAA social, aussi important qu’un AAA économique et financier » a-t-il soutenu, donnant la priorité à « la lutte contre le chômage ».
Le très attendu plan d’investissement de 300 milliards d’euros prévu dans le programme de Jean-Claude Juncker afin de relancer la croissance n’a pas fait l’objet de nouvelles précisions. Mais le président s’est engagé à en présenter le détail, en collaboration avec Jyrki i Katainen, vice-président pour l’emploi, la croissance, l’investissement et la compétitivité, « avant Noël ».