La Commission européenne veut développer les « usines d’IA » et accélérer la compétitivité de l'UE
La Commission européenne cherche à faciliter la création de centres de données pour l’intelligence artificielle (IA), indispensables à la compétitivité de l’UE au niveau mondial dans ce domaine.
La Commission européenne cherche à faciliter la création de centres de données pour l’intelligence artificielle (IA), indispensables à la compétitivité de l’UE au niveau mondial dans ce domaine.
L’UE souhaite encourager l’innovation dans le domaine de l’IA sur son territoire mais cela nécessite d’importantes puissances de calcul. Problème, l’offre des centres de données dotés de superordinateurs (ou superordinateurs) pour entraîner des modèles IA à grande échelle (surnommés « usines d’IA » par les responsables politiques de l’UE), est non seulement insuffisante par rapport à la croissance attendue de la demande, mais est aussi concentrée entre les mains de quelques entreprises.
Selon la Commission, ces usines d’IA fourniront des ordinateurs, des données et des talents afin de développer et tester des modèles d’IA pour les start-ups, les petites et moyennes entreprises (PME) et les scientifiques.
« Si l’UE veut être compétitive face à la Chine ou aux États-Unis, nous devons être rapides [dans la mise en place des usines IA] », avait expliqué un porte-parole de la Commission à Euractiv en juin.
Le 26 juillet dernier, l’entreprise commune pour le calcul à haute performance européen (entreprise commune EuroHPC), une initiative conjointe de l’UE et des États européens pour accroître et exploiter les supercalculateurs, a modifié son programme de travail pour ouvrir la voie aux usines d’IA.
L’entreprise commune EuroHPC a également annoncé qu’elle lancerait, le 9 septembre prochain, un appel à manifestation d’intérêt pour les pays souhaitant accueillir une usine d’IA, avec deux mois de retard sur le calendrier initial.
Le premier appel pour les entités hébergeant des usines d’IA était « envisagé » pour juillet 2024, les usines devant être déployées à la mi-2025, a déclaré le porte-parole de la Commission.
La Commission et l’entreprise commune EuroHPC ne se sont pas engagées conjointement sur un calendrier spécifique pour que les premières usines d’IA deviennent opérationnelles.
Les chercheurs européens ont déjà accès à de grands supercalculateurs grâce aux appels d’offres de l’EuroHPC, eux-mêmes intégrés à des appels à « projets à forte intensité de données et d’IA ». Avec les usines d’IA, la Commission souhaite élargir leur accès et construire de nouveaux centres de données spécialisés dans l’IA pour le réseau EuroHPC.
« Les cibles principales sont les start-ups et les PME », a indiqué le porte-parole.
Les États membres peuvent se porter candidats à la création d’une usine d’IA sur leur territoire, pour laquelle l’UE fournira 50 % du financement par le biais d’une politique d’accès soumise à conditions, et les États participants le reste.
Les entreprises ou les groupes de recherche qui souhaitent utiliser une usine d’IA peuvent déposer une demande auprès de l’EuroHPC ou d’un État membre participant.
Réaffectation de fonds
Le budget maximum actuel pour les usines d’IA est fixé à 1,96 milliard d’euros, soit moins que l’estimation initiale de 2,1 milliards d’euros.
Jusqu’à 800 millions d’euros de financement de la Commission proviendront du programme pour une Europe numérique (Digital Europe). Ils serviront à acquérir de nouvelles ressources informatiques spécialisées dans l’IA ou à moderniser les installations existantes.
Pas moins de 180 millions d’euros seront financés par le programme Horizon Europe pour la mise en place et l’exploitation des usines d’IA, y compris une option pour mettre en oeuvre une plateforme de calcul expérimentale optimisée pour l’intelligence artificielle.
Autre chiffre : 400 millions d’euros des fonds du programme pour une Europe digitale seront engagés à partir de 2025, et le reste jusqu’en 2027.
Les usines d’IA font partie d’un train de mesures sur l’innovation en matière d’IA annoncé en janvier, conformément à l’objectif plus large de la Commission d’augmenter les dépenses totales de l’UE en matière d’IA à 20 milliards d’euros par an d’ici à 2030, incluant les investissements privés.
L’exécutif européen a proposé le plan d’investissement en 2021, à la suite duquel il a déjà dépensé plus d’un milliard d’euros par an provenant des budgets du programme pour une Europe digitale et d’Horizon Europe.
On ignore encore comment les usines d’IA interagiront avec d’autres initiatives visant à aider les entreprises à déployer l’IA. Citons par exemple les pôles européens d’innovation numérique, les installations d’essai et d’expérimentation, les bacs à sable règlementaires requis par le règlement sur l’IA (AI Act) ou l’initiative « CERN pour l’IA » récemment annoncée.
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Le programme de travail modifié de l’EuroHPC souligne l’ambition de l’exécutif européen d’accélérer sur les centres de données des applications d’IA à usage général et des « applications d’IA émergentes » non définies. Il s’agit de modèles d’IA entraînés sur de grandes quantités de données, avec une grande puissance de calcul, pour produire des modèles à usage général comme ChatGPT.
Une usine d’IA doit « démontrer qu’elle dispose de suffisamment de ressources informatiques pour entraîner des modèles d’IA à grande échelle et à usage général, ainsi que des applications d’IA émergentes », peut-on lire dans le programme de travail modifié de l’EuroHPC.
Toutefois, le financement est minime par rapport à ce que les entreprises privées dépensent pour augmenter la puissance de calcul afin de développer l’IA à usage général.
L’investissement informatique maximal d’une seule usine d’IA est plafonné à 400 millions d’euros, ce qui permettrait d’acheter environ cinq mille puces d’IA de pointe de l’entreprise américaine NVIDIA.
Dans le même temps, Microsoft et xAI prévoient chacune de mettre en service des groupes de calcul optimisés pour l’IA en 2025 avec 100 000 de ces puces, a rapporté le média spécialisé dans la tech The Information.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet et Sarah N’tsia]