La Commission européenne prépare un plan sur le métavers

L’exécutif européen présentera l’année prochaine une initiative sur le métavers, le tout dernier espace de réalité virtuelle permettant aux utilisateurs d’interagir, a-t-il annoncé mercredi (14 septembre).

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Informal Meeting of European Defence Ministers in Prague
« Ce nouvel environnement virtuel doit intégrer les valeurs européennes dès le commencement. Les personnes doivent se sentir aussi en sécurité dans les mondes virtuels que dans le monde réel », a déclaré Thierry Breton. [ MARTIN DIVISEK/EPA-EFE]

L’exécutif européen présentera l’année prochaine une initiative sur le métavers, le tout dernier espace de réalité virtuelle permettant aux utilisateurs d’interagir, a-t-il annoncé mercredi (14 septembre).

Plusieurs métavers sont actuellement en cours de développement, outre celui proposé par Meta, la société mère de Facebook, dans lesquels les plateformes numériques promettent d’offrir de nouvelles possibilités d’interaction en temps réel et à distance grâce à une expérience plus immersive.

« Nous continuerons à examiner les nouvelles possibilités et tendances numériques, telles que le métavers », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans une lettre d’intention accompagnant son discours annuel sur l’état de l’Union.

L’une des nouvelles initiatives clés de 2023 dans le cadre d’« une Europe adaptée à l’ère numérique » est une initiative portant sur les mondes virtuels, tels que le métavers. La création de tels espaces virtuels soulève certaines questions auxquelles il est difficile pour les régulateurs et les législateurs de répondre, dans la mesure où ce développement futur d’une version tridimensionnelle d’internet n’en est qu’à ses débuts.

Thierry Breton, le commissaire européen au Marché intérieur, a mis en avant trois aspects essentiels pour la promotion de ces mondes virtuels dans un billet publié sur LinkedIn.

Les personnes

Tout d’abord, il a insisté sur la composante humaine, car le métavers doit être centré sur les valeurs et les règles de l’Europe.

« Ce nouvel environnement virtuel doit intégrer les valeurs européennes dès le commencement. Les personnes doivent se sentir aussi en sécurité dans les mondes virtuels que dans le monde réel », a écrit M. Breton.

Bien que le métavers de Mark Zuckerberg soit le premier à venir à l’esprit, aucun acteur privé ne devrait détenir à lui seul la clé de l’espace public ou en fixer les conditions, a déclaré M. Breton. Des normes interopérables devraient également être élaborées par les métavers privés.

Une organisation travaillant sur des normes qui garantiraient l’interopérabilité des métavers a déjà été créée. Toutefois, il est à craindre que les acteurs dominants continuent à reproduire des « domaines protégés » (« walled gardens ») qu’ils utilisent sur leurs plateformes pour garder les utilisateurs enfermés.

M. Breton a également évoqué la loi sur les services numériques (DSA) et la loi sur les marchés numériques (DMA) de l’UE, indiquant que le bloc dispose déjà « d’outils réglementaires solides et à l’épreuve du temps pour l’espace numérique ».

Plutôt que d’entrer dans un monde désordonné et non réglementé, les métavers doivent devenir des espaces sûrs, et les normes doivent être élaborées dans le cadre d’un effort de collaboration, a-t-il souligné.

« Nous allons lancer un mouvement créatif et interdisciplinaire, visant à développer des normes, à accroître l’interopérabilité, à maximiser l’impact avec l’aide d’experts en informatique, d’experts en réglementation, d’organisations de citoyens et de la jeunesse », a écrit M. Breton.

Les technologies

Deuxièmement, la capacité de l’Europe à influencer les mondes virtuels dépendra également de sa capacité à développer des technologies de pointe et à construire un écosystème durable, a déclaré M. Breton, un des principaux défenseurs de la souveraineté technologique de l’UE.

Alors que les acteurs du secteur expriment régulièrement leurs inquiétudes quant au déficit de compétences et à l’incapacité de l’Europe à attirer des travailleurs qualifiés dans le secteur des technologies de l’information, M. Breton estime que les travailleurs qualifiés et les chercheurs constituent le principal atout de l’Europe.

« Un écosystème se développe déjà dans toute l’Europe : en Italie, en Lettonie, en France, en Allemagne, en Finlande et ailleurs, composé de grands acteurs ainsi que de PME innovantes », souligne M. Breton.

Mercredi, le commissaire a lancé la Coalition Industrielle de Réalité Virtuelle et Augmentée, avec 40 entreprises, dans le but de mettre en relation les parties prenantes des technologies essentielles du métavers.

La Commission entend jeter les bases de cet écosystème en établissant une feuille de route et en investissant dans la photonique, les semi-conducteurs ou les nouveaux matériaux. M. Breton a reconnu qu’un mélange de financements privés, nationaux et européens serait nécessaire.

L’infrastructure

Troisièmement, les métavers vont accroître la pression sur l’infrastructure de connectivité nécessaire pour permettre de nouvelles évolutions, telles que de nouveaux systèmes de paiement ou de nouvelles formes d’identification.

« La quantité de données échangées — et récoltées — par le biais de ces technologies sera plus importante que jamais », a déclaré M. Breton.

Le commissaire a fait remarquer qu’avec l’augmentation des volumes de données échangées, il pourrait y avoir « une diminution des revenus et de la volonté d’investir dans le renforcement [des infrastructures] et leur résilience ».

Dans l’intérêt de tous les Européens, M. Breton appelle donc les acteurs du marché qui tirent profit de la transformation numérique à contribuer équitablement aux biens, services et infrastructures publics, établissant ainsi pour la première fois un lien avec son initiative visant à faire contribuer les plateformes en ligne au coût des infrastructures numériques.

Grâce au soutien des fournisseurs de télécommunications européens, M. Breton fait pression pour introduire le principe de « l’expéditeur-payeur ». La proposition était initialement annoncée pour la fin de l’année, mais la consultation publique a été reportée au début de l’année 2023, a déclaré l’ancien PDG de France Télécom dans un entretien accordé au Monde le 9 septembre.