La Commission européenne exhortée à éliminer les produits toxiques dans les couches pour bébés
Des ONG et des eurodéputés demandent à la Commission européenne de réglementer l’utilisation de substances chimiques dans les couches pour bébés.
Des ONG et des eurodéputés demandent à la Commission européenne de réglementer l’utilisation de substances chimiques dans les couches pour bébés. En 2019, l’Agence française de sécurité sanitaire (ANSES) a révélé que presque tous les enfants européens sont exposés à des substances dangereuses pour leur santé.
« Jour après jour, semaine après semaine, des nouveau-nés et des bambins incroyablement sensibles sont susceptibles d’être exposés à certaines des substances les plus toxiques de la planète. Chose incroyable, cette situation est parfaitement légale », déclare Dolores Romano, responsable du Bureau européen de l’environnement (BEE) pour les produits chimiques dans un communiqué de presse publié jeudi (21 juillet).
Mme Romano fait référence à une étude de l’ANSES réalisée en janvier 2019, qui prouve que 90 % des bébés ont été exposés à des substances chimiques « très graves » contenues dans les couches.
Ces substances chimiques nocives pour la santé exposent les bébés à des « maladies potentiellement très graves » dans leur vie future, avait indiqué l’ANSES.
Un an plus tard, en 2020, l’ANSES a mené la même étude pour savoir si les produits chimiques dangereux avaient disparu depuis 2019. Le résultat était plutôt positif : seul le formaldéhyde, un produit cancérogène, était encore présent dans les couches.
« La pression de la France a obligé les fabricants à mettre de l’ordre dans leurs affaires, montrant que c’est parfaitement possible. Mais dès que les inspecteurs seront partis, le problème pourrait revenir. C’est pourquoi une loi est nécessaire », a déclaré Mme Romano.
Il n’existe actuellement aucune loi réglementant l’utilisation de produits chimiques dans les couches. Pourtant, en décembre 2020, l’ANSES a souligné la nécessité d’établir un cadre réglementaire dans l’UE afin de limiter l’utilisation de ces produits chimiques dangereux. Mais sans succès.
L’Agence européenne des produits chimiques défend les « intérêts de l’industrie »
L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a reconnu que ces substances ne devraient pas être présentes dans les couches, mais a déclaré que l’étude de l’ANSES ne suffit pas à prouver qu’il existe un risque réel pour les bébés.
Pour les ONG, dont EEB, HEAL et ClientEarth, « cette position est erronée ».
L’ECHA choisit de « défendre les intérêts économiques de l’industrie, plutôt que de soutenir des mesures de sécurité qui permettraient de protéger la santé de ces jeunes enfants », déclare de son côté Anja Hazekamp, vice-présidente de la commission de l’Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire (ENVI) au Parlement européen.
Un millier de couches sont fabriquées en Europe chaque minute, selon les chiffres de l’ANSES. Le marché représente 7 milliards d’euros par an et est dominé par deux marques : Pampers (36 %) et Huggies (26 %).
Face à l’inaction des institutions européennes, un groupe de 21 ONG, dont le BEE, a décidé d’écrire à la Commission.
Elles indiquent dans leur lettre que les conséquences sur la santé des enfants pourraient être « irréversibles » et demandent à la Commission d’interdire ces produits chimiques en faisant appel au « principe de précaution ».
Le principe de précaution est inscrit dans le traité sur le fonctionnement de l’UE (TFUE) et vise à assurer un niveau élevé de protection de l’environnement et de la santé humaine.
« Éliminer les couches toxiques »
« La Commission s’est récemment engagée à protéger les enfants contre les risques chimiques. Elle devrait prendre cette menace des couches au sérieux, arrêter de perdre du temps et éliminer les couches toxiques », poursuit Mme Romano.
« Il existe une accumulation de preuves documentant l’impact des produits chimiques sur le développement des enfants. Pourquoi l’UE est-elle si lente et réticente à prendre des mesures pour les protéger ? » a déclaré la députée de la commission ENVI Tilly Metz.
Avant d’ajouter : « J’exhorte la Commission à remédier d’urgence à cette situation et à fixer des normes européennes élevées pour des couches à usage unique plus saines. »
En 2019, l’ANSES avait détecté 38 substances chimiques présentant un « danger très grave » pour les enfants. La plupart de ces substances étant des perturbateurs endocriniens.
Au total, plus de 14 millions d’enfants européens étaient ainsi exposés à ces substances susceptibles de provoquer des « cancers », des « suspicions de perturbation endocrinienne » ou des « effets reprotoxiques ».