La Commission européenne définit sa stratégie en matière de santé mentale
La Commission européenne a présenté sa stratégie en matière de santé mentale ce mercredi. Cette dernière met l’accent sur une approche intersectorielle et sera mise en œuvre par le biais de 20 initiatives phares, soutenues par un financement de 1,23 milliard d’euros.
La Commission européenne a présenté sa stratégie en matière de santé mentale ce mercredi (7 juin). Cette dernière met l’accent sur une approche intersectorielle et sera mise en œuvre par le biais de 20 initiatives phares, soutenues par un financement de 1,23 milliard d’euros.
Cette stratégie, promise en septembre dans le cadre du discours annuel sur l’état de l’Union de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, vise à intégrer la santé mentale dans toutes les politiques, de l’éducation à l’environnement en passant par l’emploi et le monde numérique.
« Les obstacles à une bonne santé mentale ne peuvent être surmontés par le seul système de santé », peut-on lire dans la stratégie de la Commission, qui cherche à s’attaquer aux facteurs de risque de la maladie mentale par le biais de 20 initiatives phares. Celles-ci sont soutenues par un financement provenant de différents instruments financiers atteignant 1,23 milliard d’euros.
Lors de la présentation de la nouvelle stratégie mercredi, Stella Kyriakides, la commissaire européenne à la Santé, a fait référence à la chanson « Help » de John Lennon.
« [La chanson] mettait l’accent sur les défis à relever, avec des paroles telles que : “aidez-moi si vous le pouvez, je me sens mal, aidez-moi si vous pouvez me remettre les pieds sur terre”, et elle se termine en disant que nous devons ouvrir la porte. Et c’est ce que nous faisons aujourd’hui », a-t-elle déclaré.
La proposition, avec laquelle la Commission prétend « ouvrir les portes », se concentre spécifiquement sur la promotion de la santé mentale, la prévention et l’intervention précoce, la santé mentale des jeunes et des groupes vulnérables de la société, le bien-être au travail, les systèmes de santé mentale, la lutte contre la stigmatisation et une approche globale.
En plus de chercher à mettre fin à la stigmatisation entourant les questions de santé mentale, l’exécutif européen a souligné l’importance d’améliorer les capacités et l’accessibilité des services de santé.
« Nous devons également nous assurer que nous avons accès à des services qui pourront soutenir ceux qui s’expriment », a affirmé Mme Kyriakides, ajoutant que cela doit être fait non seulement dans des environnements médicaux, mais aussi, par exemple, dans les écoles ou sur le lieu de travail.
« Il s’agit de prévention, mais aussi d’accès, et c’est une question horizontale dans notre approche », a-t-elle ajouté.
Approfondir la stratégie
La Commission a annoncé qu’elle consacrait 6 millions d’euros au soutien de l’élaboration et de la mise en œuvre de politiques de prévention de la dépression et du suicide dans l’ensemble de l’Union européenne. Le suicide est la deuxième cause de décès chez les jeunes après les accidents de la route.
Un montant supplémentaire de 2 millions d’euros est destiné à fournir aux personnes confrontées à des problèmes de santé mentale un ensemble de recommandations fondées sur des données probantes, qui seront activement promues et disponibles en ligne.
Pour l’année suivante, en 2024, la Commission entend contribuer à la mise en place d’un réseau de santé mentale pour les enfants et les adolescents et à l’élaboration d’une boîte à outils de prévention. Cette initiative « montre à quel point il est important que la santé mentale et la santé physique aillent de pair », a expliqué Mme Kyriakides.
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La santé mentale sur le lieu de travail
Au cours des douze derniers mois, 27 % des travailleurs ont déclaré avoir souffert de stress, de dépression ou d’anxiété liés au travail.
« Nous savons que le stress et l’épuisement professionnel sont à l’origine d’environ la moitié des journées de travail perdues, ce qui est vraiment inacceptable », a déclaré Stella Kyriakides. « Se rendre au travail ne devrait pas vous rendre malade. »
La Commission doit présenter une initiative européenne sur les risques psychosociaux de l’épuisement professionnel afin de sensibiliser les entreprises à la santé mentale.
Toutefois, dans une déclaration faisant suite à la proposition, le syndicat EUROCADRES a décrit l’initiative de sensibilisation comme une « initiative inefficace qui est vouée à l’échec ».
« La sensibilisation n’a pas donné de résultats jusqu’à présent, et rien ne prouve que nous allons dans la bonne direction. Bien que la Commission ait fait référence à une “éventuelle future initiative de l’UE sur les risques psychosociaux au travail”, pour de nombreux travailleurs, il sera trop tard », a déclaré la présidente du syndicat, Nayla Glaise. Le syndicat demande des garanties juridiques.
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Un point de départ
La reconnaissance de l’ampleur des problèmes de santé mentale liés au travail dans l’UE était au cœur de l’appel à l’action lancé par le Parlement européen à la suite de sa résolution de 2022 sur la santé mentale dans le monde numérique du travail, à laquelle la Commission répond par cette stratégie.
La rapporteure de la résolution du Parlement, l’eurodéputée irlandaise du Parti populaire européen (PPE), Maria Walsh, a qualifié l’approche horizontale et holistique de la Commission de « bon point de départ ».
« Je suis heureuse de voir les mentions explicites sur les groupes vulnérables et les jeunes ainsi que sur la santé mentale sur le lieu de travail. À l’avenir, j’aimerais voir une campagne à l’échelle de l’UE pour lutter contre la stigmatisation qui entoure la santé mentale, et pas seulement des mesures nationales sur le sujet », a-t-elle indiqué.
Elle a ajouté que « la Commission devrait donner un aperçu des capacités des systèmes mis en place dans les États membres pour traiter les questions de santé mentale ».
Raymond Gemen, responsable des politiques à l’Alliance européenne de Santé publique (EPHA), a toutefois averti que « nommer les problèmes auxquels sont confrontés les groupes racisés et exclus n’est pas suffisant sans un financement supplémentaire ».
« Nous avons besoin d’un engagement ferme et d’un financement dédié et réservé pour garantir des interventions durables visant à aborder des questions telles que l’antiracisme, le sans-abrisme et l’exclusion sociale ; pour aborder non seulement la promotion de la santé mentale, mais aussi les causes profondes des problèmes de santé mentale, ainsi que pour garantir une prestation de services accessible », a-t-il souligné.
Pendant ce temps, tout en saluant l’accent mis par la Commission sur les enfants et les jeunes, les victimes de la violence sexiste et les populations touchées par le conflit en Ukraine, l’eurodéputé tchèque Mikulaš Peksa (Verts), membre du nouveau groupe d’action du Parlement européen pour l’utilisation médicale des psychédéliques, se dit déçu.
« Un aspect crucial […] manque : l’accès à la psychothérapie assistée par les psychédéliques », a-t-il expliqué à EURACTIV.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]