La Commission européenne avertit la Bulgarie de ne pas contourner les sanctions de l’UE sur le pétrole

La société russe Lukoil, propriétaire de la seule raffinerie de Bulgarie, ne devrait pas essayer de contourner l’embargo de l’Union européenne sur le pétrole et de vendre à l’étranger des produits pétroliers fabriqués à partir de pétrole russe, a indiqué un porte-parole de la Commission européenne.

EURACTIV Bulgarie
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« L’objectif de la dérogation est que la Bulgarie puisse s’approvisionner et pas vendre le pétrole russe importé à d’autres pays — que ce soit dans l’UE ou des pays étrangers », a expliqué le porte-parole de l’exécutif européen. [Shutterstock/Fly Of Swallow Studio]

La société russe Lukoil, propriétaire de la seule raffinerie de Bulgarie, ne devrait pas essayer de contourner l’embargo de l’Union européenne sur le pétrole et de vendre à l’étranger des produits pétroliers fabriqués à partir de pétrole russe, a indiqué un porte-parole de la Commission européenne.

Daniel Ferry, porte-parole de la Commission, a déclaré devant des journalistes bulgares à Bruxelles que Sofia s’était vu accorder à titre exceptionnel le droit d’utiliser du pétrole russe jusqu’en 2024, mais que cela ne signifiait pas pour autant qu’elle pouvait en exporter et profiter de cette dérogation.

M. Ferry a expliqué que l’objectif de cette dérogation était que la Bulgarie puisse utiliser le pétrole russe importé sur son territoire, mais pas le revendre à l’étranger, que ce soit dans l’Union européenne ou dans des pays tiers.

En effet, la Bulgarie a obtenu le droit d’utiliser le pétrole russe jusqu’en 2024, mais cela ne signifie pas qu’elle peut l’exporter et en tirer profit. « L’objectif de la dérogation est que la Bulgarie puisse s’approvisionner et pas vendre le pétrole russe importé à d’autres pays — que ce soit dans l’UE ou des pays étrangers », a expliqué le porte-parole de l’exécutif européen.

Il semblait réagir à une déclaration du ministre bulgare de l’Énergie qui avait affirmé la veille que l’exportation de produits pétroliers russes était bénéfique pour l’ensemble du marché européen et garantissait la sécurité de la région. Il a également déclaré que la Commission européenne approuvait le commerce des carburants russes.

Une proposition visant à lever l’interdiction de vente du pétrole russe a été déposée par le Premier ministre Gulab Donev et les ministres des Finances, de l’Économie et de l’Énergie il y a une semaine, qui ont tous fait valoir que l’interdiction d’exportation entraînerait un déficit sur le marché intérieur, car la raffinerie bulgare de la société russe Lukoil interromprait également sa production.

Le précédent gouvernement, dirigé par Kiril Petkov, a imposé l’interdiction d’exportation à la fin du mois de juin pour se conformer aux décisions européennes et contribuer à réduire les prix du carburant en Bulgarie. La logique veut que plus le pétrole reste en Bulgarie, plus son prix baisse, car la marchandise ne peut être vendue ailleurs.

Cependant, la semaine dernière, le Premier ministre bulgare et trois ministres ont présenté des propositions visant à lever cette interdiction au motif que cette interdiction d’exportation entraînerait un déficit sur le marché intérieur, puisque Lukoil cesserait également de produire pour le marché national. Les motivations de cette proposition restent toutefois floues.

La décision du gouvernement intérimaire serait particulièrement bénéfique à la fois pour Lukoil, qui exporte des carburants par l’intermédiaire du négociant du groupe, la société suisse Litasco, et pour les entreprises bulgares qui importent des carburants russes.

La raffinerie de Burgas fonctionne à près de 90 % avec du pétrole russe provenant de l’Oural, dont le prix est de 23 à 25 dollars par baril, soit un prix inférieur à celui du pétrole de référence européen, le baril de Brent, qui est passé sous la barre des 100 dollars depuis mars et se négocie actuellement à 93-97 dollars. La différence de 20-25 % entre les prix lui permet de générer des revenus importants.

La proposition du gouvernement actuel, signée par M. Donev et les ministres des Finances, de l’Économie et de l’Énergie, intervient alors que les États européens préparent des plans d’action après la fermeture du marché pétrolier russe en décembre — et après la fin de celle-ci et l’importation de produits pétroliers en provenance de Russie à partir du 5 février 2023.

L’Allemagne, par exemple, a nationalisé les raffineries de Rosneft, qui détiennent près de 12 % de la capacité de transformation du pétrole. Les autorités italiennes, quant à elles, cherchent des moyens de ne pas fermer la raffinerie Lukoil en Sicile — ISAB, qui détient 20 % de la capacité de traitement du pétrole et emploie 1 000 personnes.

Selon certaines informations, le fonds d’investissement américain Crossbridge Energy Partners serait en négociation pour l’acquérir, et le gouvernement tente d’obtenir un financement pour que l’usine puisse acheter des matières premières ne provenant pas de Russie. Si l’accord est conclu, Litasco, qui exploite quatre raffineries en Russie, trois en Italie, en Bulgarie et en Roumanie, et détient 45 % d’une raffinerie aux Pays-Bas, se retrouvera avec une raffinerie en moins.

Reuters a récemment rapporté que Litasco envisage de transférer certaines de ses opérations commerciales à Dubaï.

Il y a une semaine, le gouvernement bulgare a annoncé sa proposition d’annuler l’interdiction d’exporter les produits de la raffinerie Lukoil Neftohim près de la ville de Burgas, sur la mer Noire, introduite par le gouvernement précédent après le 5 décembre.

Les difficultés rencontrées sur les marchés européens permettront à la branche bulgare de la plus grande entreprise privée de Russie, Lukoil, mais aussi aux entreprises locales, comme Insa Oil, de réaliser de beaux bénéfices, notamment et grâce aux ventes en Ukraine, où la Bulgarie a exporté pour plus de 700 millions d’euros de carburant diesel rien que cette année.