La Commission européenne appelée à cesser de financer les combustibles fossiles dans les Balkans

La Commission européenne devrait cesser de soutenir et de financer les projets relatifs au gaz fossile dans les Balkans occidentaux et se concentrer davantage sur l’énergie durable. C’est ce qu’a déclaré un groupe d’organisations de la société civile de la région.

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Les 36 organisations du groupe ont adressé une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour demander la fin de la dépendance au gaz. [EPA/ARMANDO BABANI]

La Commission européenne devrait cesser de soutenir et de financer les projets relatifs au gaz fossile dans les Balkans occidentaux et se concentrer davantage sur l’énergie durable. C’est ce qu’a déclaré un groupe d’organisations de la société civile de la région.

Alors que la guerre en Ukraine fait rage et que le prix du gaz s’envole, l’Europe s’efforce de se passer du gaz russe. La solution pour les Balkans n’est pas de multiplier les projets gaziers ou de trouver d’autres fournisseurs de gaz comme l’Azerbaïdjan, mais elle se trouve plutôt dans l’efficacité énergétique et de la durabilité, affirment ces organisations. Lire la suite.

Les pays des Balkans occidentaux comme le Kosovo, la Macédoine du Nord et la Bosnie-Herzégovine dépendent fortement des combustibles fossiles, et en particulier du charbon. L’Albanie, alors qu’elle produit presque 100 % d’hydroélectricité, en exporte une grande partie et est ensuite obligée d’acheter des combustibles fossiles aux pays voisins à un prix plus élevé pour sa propre consommation.

Soucieux de décarboner leur économie, de réduire leurs émissions et de devenir indépendants sur le plan énergétique, les pays de la région se sont tournés vers l’Union européenne pour obtenir un soutien. Toutefois, au lieu de financer l’énergie solaire, l’énergie éolienne, l’efficacité énergétique et d’autres formes d’énergie durable, l’Union européenne s’apprête à investir des milliards dans les combustibles fossiles, en particulier le gaz.

Les 36 organisations du groupe ont adressé une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour demander la fin de la dépendance au gaz.

« Nous demandons donc à la Commission européenne de s’abstenir de promouvoir de nouvelles infrastructures gazières dans les Balkans occidentaux, que ce soit dans des déclarations publiques ou par le biais d’investissements tels que ceux réalisés dans le cadre du Plan économique et d’investissement. Au lieu de cela, nous demandons à la Commission de redoubler d’efforts pour encourager les investissements véritablement transformateurs qui ne reçoivent pas suffisamment d’attention dans les Balkans occidentaux », peut-on lire dans la lettre que EURACTIV a pu consulter.

La lettre rappelle que la signature de la déclaration de Sofia sur le programme environnemental pour les Balkans occidentaux en novembre 2020 engage à la décarbonation d’ici 2050, ce qui nécessite l’arrêt de l’utilisation des combustibles fossiles. Si les Balkans ne sont pas encore très dépendants du gaz, les gouvernements prévoient de développer fortement son utilisation et ont été « activement encouragés par la Commission européenne » en ce sens.

Rien qu’en février, l’ambassadeur de l’UE en Serbie a contribué au lancement des travaux du nouveau gazoduc reliant la Serbie à la Bulgarie, financé en partie par un prêt et une subvention de l’UE. Les responsables du bloc ont également fait des déclarations en faveur du gaz lors d’un sommet qui s’est tenu à Bakou. Ils ont notamment présenté le gaz azerbaïdjanais comme un moyen d’éliminer progressivement le charbon et de décarboner les économies, et le commissaire européen à la Politique de voisinage et à l’Elargissement Oliver Varhelyi a souhaité que davantage de projets gaziers stratégiques soient mis en place comme alternative au gaz russe.

Le gaz azerbaïdjanais pose problème car le régime au pouvoir dans le pays est confronté à des problèmes de corruption de grande ampleur, notamment en ce qui concerne les contrats gaziers.

En outre, l’Azerbaïdjan dispose d’un fonds de corruption de 2,9 milliards d’euros utilisée pour corrompre des politiciens européens, faire pression sur l’UE, le Conseil de l’Europe et l’UNESCO, et verser des pots-de-vin liés à des intérêts commerciaux et gaziers. Cette situation a suscité de vives inquiétudes quant à l’intégrité des contrats gaziers azerbaïdjanais.

La lettre indique que pendant des années, la Commission européenne a promu le couloir sud pour le gaz comme une alternative au gaz russe, mais la compagnie pétrolière russe Lukoil détient 20 % des parts du projet gazier Shah Deniz.

« L’alternative au gaz russe pour la plupart des Balkans occidentaux n’est pas le gaz azéri, ni le GNL ou tout autre gaz. Il s’agit d’une économie efficace sur le plan énergétique, fondée sur des formes durables d’énergie renouvelable », ont souligné les signataires.

Au lieu du gaz, l’UE devrait se concentrer sur « des investissements indispensables tels que la lutte contre les pertes de distribution d’électricité, l’augmentation de l’utilisation des pompes à chaleur et la rénovation des bâtiments résidentiels qui ne reçoivent pas la moitié de l’attention accordée par le public au gaz », notant que ces éléments sont essentiels pour une transition énergétique durable.

En outre, étant donné l’ampleur de la précarité énergétique et la sensibilité politique que suscitent les factures énergétiques élevées dans la région, les consommateurs ne pourront ou ne voudront pas absorber des prix élevés ou volatils pour le gaz. Même si le gaz est utilisé, les gouvernements devront probablement le subventionner pendant les périodes de prix élevés, ce qui pèsera davantage sur les budgets publics qui sont déjà limités dans la région.

Si nous n’abandonnons pas le gaz dans la région, cela « nous mènera dans une impasse, vers un nouveau piège des combustibles fossiles », tout en coûtant beaucoup d’argent et en prenant de nombreuses années.

« La Commission doit avoir une vue d’ensemble de la situation. Les préoccupations géopolitiques sont réelles et immédiates pour les pays qui utilisent du gaz mais il en va de même pour le changement climatique et les réalités économiques », peut-on également lire dans la lettre.