La Commission encourage l’utilisation des engrais issus des effluents d’élevage
Lors du Conseil des ministres (Agrifish) du lundi 17 octobre, la Commission européenne a rappelé l’importance des engrais issus des effluents d’élevage pour réduire les coûts et la dépendance vis-à-vis des pays tiers.
Lors du Conseil des ministres en charge de l’agriculture (Agrifish) du lundi 17 octobre, la Commission européenne a rappelé l’importance des engrais issus des effluents d’élevage pour réduire les coûts et la dépendance vis-à-vis des pays tiers.
À la demande de la délégation belge, les ministres de l’Agriculture des pays membres ont abordé la question de l’utilisation des engrais biosourcés ou RENURE (REcovered Nitrogen from manURE), obtenus par le traitement et la transformation de fumier animal.
Pour le ministre belge David Clarinval, soutenu dans son initiative par l’Espagne, la Hongrie, les Pays-Bas et le Portugal cette « économie circulaire » serait « un moyen d’accroître l’autosuffisance de l’Union en matière de disponibilité d’engrais. »
Depuis plusieurs mois en effet, les agriculteurs européens subissent de plein fouet l’explosion des prix des intrants. Selon les données de l’association industrielle Fertilizers Europe, la Russie et la Biélorussie fournissent 60 % des engrais utilisés dans l’Union européenne.
« Les produits RENURE sont un substitut complet aux engrais chimiques. Ils peuvent rendre les systèmes alimentaires résilients, car dépendent de ressources disponibles au niveau local », précise le Hollandais Guido Landheer dont le pays est particulièrement touché par la hausse des prix.
Par ailleurs, le Centre commun de recherche de la Commission a récemment montré que leur effet est similaire à celui des engrais chimiques. Selon les experts, ils peuvent également être utilisés sans provoquer de dommages pour l’environnement.
Directive « Nitrates » remise en question
Pour limiter les pollutions des eaux par les nitrates contenus dans le lisier, la directive « Nitrates » de 1991 restreint l’utilisation de ces engrais. Elle interdit d’épandre, dans les zones vulnérables, plus de 170 kg d’azote animal par hectare et par an sur les champs.
Raison pour laquelle la Belgique demande depuis quelques mois un changement de statut des engrais RENURE. En les définissant comme fertilisant chimique et non plus comme effluent d’élevage, ils sortiraient du cadre législatif définit par la directive.
En 2020, les Pays-Bas ont déjà obtenu par dérogation la possibilité d’aller au-delà de 170 kg N/ha.
« Nous demandons instamment à la Commission européenne de faire les propositions législatives nécessaires afin que les engrais RENURE puissent être utilisés en dehors des quantités limitées d’effluents d’élevage dans les zones vulnérable », annonce le document envoyé en amont du Conseil à la Commission européenne.
Le Commissaire à l’agriculture Janusz Wojciechowski a rappelé que ces limitations concernaient seulement les zones à risques, et qu’il n’existait par conséquent « aucune limite à l’utilisation de RENURE dans 30 % des surfaces agricoles de l’Union européenne. »
« C’est déjà un potentiel de remplacement considérable », a-t-il ajouté.
La Commission reconnaît que ces engrais peuvent « jouer un rôle clé » et aider les agriculteurs à réduire leur dépendance vis-à-vis de l’importation et leur exposition aux fluctuations de prix.
De plus, la réduction de l’utilisation des engrais chimiques artificiels est inscrite dans la stratégie De la ferme à la table qui prévoit une réduction de 20 % d’ici à 2030.
Comme demandé par la délégation belge, l’exécutif européen intégrera donc le sujet des engrais biosourcés dans sa prochaine communication sur les engrais prévue pour le 9 novembre. Des propositions « réglementaires » et « non réglementaires » favorisant leur utilisation seront explorées dans les prochaines semaines.
Le commissaire insiste toutefois sur la nécessité de maintenir des « conditions d’utilisation strictes », pour éviter notamment les émissions d’ammoniac dans l’athmosphère. « Dans ce domaine, toute demande d’exception doit être justifiée, pour éviter de mettre à mal la conformité avec la législation de qualité de l’air et des sols », prévient-il.
Le risque étant de se mettre en porte-à-faux avec la PAC, dont le respect de la directive « Nitrates » conditionne certaines aides.