La Commission dévoile son plan d'investissement de 315 milliards d'euros

La Commission européenne a dévoilé le 25 novembre les détails de son plan d'investissement d'un montant de 315 milliards d'euros. Une mise de départ modeste hypothèquerait le résultat, selon certains.

EURACTIV.com
Une effigie de Jean-Claude Juncker se dresse dans un couloir lors des élections pour la présidence de la Commission. Mai 2014. [Jean-Claude Juncker/Flick]
Une effigie de Jean-Claude Juncker se dresse dans un couloir lors des élections pour la présidence de la Commission. Mai 2014. [Jean-Claude Juncker/Flick]

La Commission européenne a dévoilé le 25 novembre les détails de son plan d’investissement d’un montant de 315 milliards d’euros. Une mise de départ modeste hypothèquerait le résultat, selon certains.

Le plan Juncker de 300 milliards d’euros annoncé en juillet dernier devrait en faire 315, selon les derniers calculs de la Commission européenne, qui a dévoilé le 26 novembre l’articulation compliquée de ce nouveau plan d’investissement, qui devrait être opérationnel d’ici juin prochain, a déclaré le président de la Commission devant le Parlement européen.

« Nous avons besoin de combler le manque d’investissement en Europe, et nous avons besoin d’un mécanisme qui draine l’argent vers les pays qui ont le plus souffert de la crise » a précisé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, devant les élus européens.

L’idée sur laquelle a travaillé l’équipe du vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, est celle de créer un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques à partir de 5 milliards d’euros de la Banque européenne d’investissement (BEI) et la garantie d’une provision de 8 milliards de fonds européens existants, contribution susceptible d’être élargie à 16 milliards.

Le Fonds pour les investissements stratégiques ainsi créé, d’un capital de 21 milliards d’euros au départ, devrait générer quelque 240 milliards en investissements à long terme et 75 milliards pour les PME et les sociétés de moyenne capitalisation sur deux ans, entre 2015 et 2017.

Graphique du plan JunckerGraphique du plan Juncker

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Pour chaque euro investi, quinze euros mobilisés

Un système complexe permettra à l’investissement initial d’avoir des retombées quinze fois plus importantes que la mise de départ, selon l’exécutif européen.

Une série de nouvelles activités de la BEI sera rendue possible grâce à la protection de crédit offerte par le nouveau fonds. Les activités en questions comprendront entre autres le financement par endettement de projets risqués sur le long terme, des emprunts subordonnés et une variété de financements par émission d’actions. Ces instruments financiers à long terme seront utilisés dans différents secteurs clés, comme les transports, l’énergie et l’économie numérique.

Une partie des financements du nouveau fonds sera aussi dédiée au Fonds européen d’investissement, qui permet à son tour la protection de crédit à destination des PME. Celles-ci pourraient ainsi bénéficier de nouvelles injections de capital-risque, des garanties d’emprunt, de titrisation et du financement d’amorçage. Toutes ces activités devraient permettre d’offrir des micro-prêts aux PME, de financer de jeunes entreprises ou de proposer du capital-risque à des entreprises à moyenne capitalisation.

Les États membres libres de contribuer davantage

Dans le même temps, la Commission souhaite que les États membres puissent contribuer davantage de manière individuelle au plan d’investissement initial. Les pays de la zone euro pourront donc investir des montants supplémentaires qui seront utilisés sur leur territoire et seront déduits de leur calcul de déficit pour le semestre européen.

Selon les informations obtenues par EURACTIV, la Slovaquie, la Finlande et l’Espagne auraient déjà manifesté leur intérêt pour cette possibilité.

« Il s’agit d’un plan d’investissement à long terme conçu pour remédier au manque d’investissement actuel en Europe, explique un fonctionnaire de la Commission. Nous voulons répondre aux inquiétudes des investisseurs et dissiper leurs doutes. »

En règle générale, ces nouveaux instruments permettent à la BEI et au Fonds européen d’investissement d’investir de manière plus risquée, palliant ainsi une faiblesse remarquée pendant la crise.

La partie n’est pas encore gagnée, selon BusinessEurope

Lors d’une conférence de presse donnée par BusinessEurope, une organisation représentant les entreprises européennes, le directeur général de l’organisation, Markus Beyrer, a exprimé son souhait de voir l’Europe se montrer optimiste quant à ce nouveau dispositif d’investissement.

« S’il s’agissait d’un plan présenté aux États-Unis par le Président Obama, il récolterait un large soutien, mais, comme cela nous arrive trop souvent en Europe, nous adoptons la perspective du verre à moitié vide », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il espérait voir se réaliser les attentes de la Commission en ce qui concerne la multiplication par quinze des investissements de base.

Markus Beyrer estime cependant qu’il existe encore beaucoup d’obstacles à la croissance au sein de l’UE, et que certaines règles devraient donc être modifiées ou supprimées pour que le plan d’investissement fonctionne au mieux.

Les propositions de BusinessEurope à ce sujet incluent une réforme du système européen d’échange de quotas d’émissions, une amélioration de la protection des entreprises face aux fuites de carbone, l’abandon du projet de taxe sur les transactions financières et la mise en place d’un dispositif optionnel pour l’établissement d’une assiette d’impôt consolidée pour les entreprises.

« Nous devons changer de cap en ce qui concerne l’action européenne pour la facilitation de l’investissement privé en Europe », assure-t-il.

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