La coalition d’Ursula von der Leyen confrontée à un premier test au Parlement européen
La présidente sortante de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui cherche à obtenir un second mandat, présente ce jeudi matin (18 juillet) son programme pour les cinq années à venir dans l’espoir de recueillir une majorité de votes nécessaires.
La présidente sortante de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui cherche à obtenir un second mandat, présente ce jeudi matin (18 juillet) son programme pour les cinq années à venir dans l’espoir de recueillir une majorité de votes nécessaires à sa réélection au Parlement.
Ursula von der Leyen s’adresse actuellement aux quelque 700 eurodéputés nouvellement élus à Strasbourg avant que les groupes politiques ne puissent discuter de leur éventuel soutien à la candidate.
Ces trois dernières semaines, Ursula von der Leyen (Parti populaire européen, PPE) a rencontré plusieurs familles politiques, dont les groupes de La Gauche (GUE/NGL) et les Conservateurs et Réformistes européens (CRE), dans le but de s’assurer les 361 voix nécessaires à sa réélection.
Elle a discuté avec chaque groupe séparément, évitant les discussions multilatérales, ce qui lui aurait permis de faire multiples promesses aux chefs de partis sans s’attirer les critiques des autres groupes.
L’alliance centriste pro-UE composée du PPE (centre droit, 188 sièges), du groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D, 136) et de Renew Europe (libéraux, 77 sièges) devrait soutenir l’Allemande ce jeudi.
En 2019, Mme von der Leyen est devenue présidente de l’exécutif avec une marge de seulement neuf voix. Cette fois, l’alliance centriste dispose de 401 dans l’hémicycle, soit plus que la majorité requise.
Cependant, la défection de certains eurodéputés de ces groupes est toujours possible, d’autant plus que le vote est à bulletins secrets.
Les Républicains français et les libéraux allemands ont jusqu’à présent exprimé leur réticence à un second mandat d’Ursula von der Leyen, et Joachim Streit, membre du groupe libéral Freie Wähler, a affirmé qu’il ne voterait pas non plus en sa faveur.
« Elle n’est pas transparente », a confié l’eurodéputé à Euractiv, car elle n’a pas annoncé son programme avant le jour du vote. Il ne soutient pas non plus ses politiques sur l’interdiction des moteurs à combustion, l’union bancaire ou le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal).
Dans le même temps, l’alliance centriste a perdu un peu de son dynamisme, Renew étant passé après les élections européennes de juin du troisième plus grand groupe de l’hémicycle à la cinquième position. Il a été dépassé par le groupe CRE de Giorgia Meloni, quatrième plus grand groupe, et par le nouveau groupe d’extrême droite les Patriotes pour l’Europe, qui se place en troisième position.
Pour mettre toutes les chances de son côté, Mme von der Leyen a donc décidé de négocier avec d’autres groupes également. Elle a notamment tendu la main aux Verts et à leurs 53 eurodéputés, et aux CRE et leurs 78 eurodéputés.
Selon la chef des Verts Terry Reintke, la présidente sortante peut s’attendre à environ 45 votes en sa faveur de la part des Verts, et à 50-75 voix supplémentaires de la part des conservateurs.
Si tout se passe comme prévu, Mme von der Leyen devrait obtenir quelque 410 voix, et ce même si la perte anticipée de 10 % des voix de l’alliance centriste se concrétise. Cependant, à ce stade, rien n’est encore certain.
Alors que certains eurodéputés sont convaincus qu’elle sera réélue, d’autres sont plus hésitants, même en ce qui concerne le soutien des collègues issus de leur propre famille politique.
Le législateur de centre droit Henrik Dahl (PPE) a par exemple déclaré qu’il n’est « convaincu de rien ».
« Ce serait un signal très, très malheureux pour l’Europe, et tous les ennemis de l’Europe se frotteront les mains si nous échouons [à reconduire Ursula von der Leyen] », a-t-il expliqué à Euractiv.
Ce sentiment est partagé au sein de Renew, suggérant que le rejet de Mme von der Leyen mènerait au chaos et satisferait l’extrême droite, qui a réalisé des gains importants au sein de l’hémicycle avec les dernières élections européennes.
Les eurodéputés écologistes avec lesquels Euractiv s’est entretenu semblaient toutefois assez optimistes quant à la reconduction de Mme von der Leyen.
Certains observateurs interprètent l’élection des vice-présidents du Parlement européen qui a eu lieu mercredi (17 juillet), où les factions d’extrême droite ont pour la plupart été tenues à l’écart des 14 vice-présidences, comme une preuve de la coopération entre les quatre groupes pro-UE. Cela pourrait être un signe positif pour Ursula von der Leyen, qui lui garantirait les votes de ces groupes.
Selon trois sources, le PPE, les libéraux, les socialistes et les Verts s’étaient mis d’accord de manière informelle avant le vote de mercredi pour se répartir les postes de haut niveau.
L’élection d’un eurodéputé des Verts à une vice-présidence du Parlement signifiait pour le groupe être soutenu par le centre droit.
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Trouver l’équilibre
Le discours d’Ursula von der Leyen ce matin devrait être le résultat des discussions que la présidente sortante a tenues avec les différents groupes politiques qu’elle a rencontrés.
En amont de leurs rencontres avec l’Allemande, ces groupes s’étaient accordés sur des priorités politiques qu’ils ont présentées à Mme von der Leyen et dont cette dernière devrait s’inspirer dans son discours pour montrer que leurs demandes ont été écoutées.
Cependant, trouver l’équilibre entre les demandes de tous les groupes sans contrarier l’un ou l’autre de sorte que cela mette en jeu leur soutien à sa reconduction est un exercice périlleux.
Par exemple, les Verts voudront être rassurés sur le maintien de l’interdiction des moteurs à combustion en 2035, que certains membres de la famille politique de Mme Von der Leyen, le PPE, souhaitent pourtant voir disparaître.
Une formulation équilibrée sur les mesures visant à freiner la migration qui respectent également les droits humains sera également nécessaire pour satisfaire à la fois les CRE, les socialistes et les Verts.
Après le discours, les groupes politiques et les 720 eurodéputés ont trois heures pour discuter avant le vote à bulletin secret. Le vote aura lieu à 13 heures jeudi.