La chute du gouvernement slovaque laisse entrevoir un avenir incertain
Le gouvernement slovaque a perdu un vote de défiance, jeudi (15 décembre), car la majorité du Conseil national a décidé de voter contre lui, entraînant ainsi sa chute et un avenir incertain.
Le gouvernement slovaque a perdu un vote de défiance, jeudi (15 décembre), car la majorité du Conseil national a décidé de voter contre lui, entraînant ainsi sa chute et un avenir incertain.
Sur les 150 membres du Conseil national, 78 ont voté contre le gouvernement. L’ancien parti de la coalition, le parti libéral Liberté et Solidarité (Sloboda a Solidarita, SaS), a initié le vote. Il a quitté la coalition à la fin de l’été après avoir demandé, en vain, la démission du ministre des Finances Igor Matovič.
Les dernières tentatives pour sauver le gouvernement ont été menées jeudi. En effet, M. Matovič a proposé de démissionner en échange du retrait du vote de défiance initié par le SaS. Il s’est même rendu au bureau du président pour présenter sa démission, mais a changé d’avis à la dernière minute.
« Il a signé sa démission devant les employés du bureau présidentiel, mais a changé d’avis au dernier moment et a arraché le document signé des mains du chef du bureau présidentiel », a déclaré le bureau du président dans un communiqué.
Le chef de file du SAS, Richard Sulík, a déclaré qu’il considérait le résultat du vote comme « une fin appropriée » pour ce gouvernement.
Quel avenir pour le gouvernement ?
Selon les analystes, trois scénarios se présentent désormais : les partis peuvent tenter de trouver une nouvelle majorité, la présidente, Zuzana Čaputová, peut nommer un gouvernement intérimaire ou elle peut convoquer de nouvelles élections.
Les analystes et les commentateurs considèrent que de nouvelles élections sont plus probables, car c’est le souhait de la plupart des partis.
« La possibilité qu’il existe un gouvernement libéral, pro-occidental et progressiste qui puisse satisfaire les électeurs des villes à la suite des prochaines élections est quasi nulle », a déclaré le sociologue Michal Vašečka. Selon lui, la Slovaquie pourrait même suivre la « voie de la Hongrie ».
Lorsqu’une coalition pro-occidentale a pris le pouvoir en Slovaquie à la suite des élections de 2020, de nombreuses personnes y ont vu le début d’une nouvelle ère. Le vainqueur incontestable des élections, Igor Matovič, avec son parti conservateur Gens ordinaires et personnalités indépendantes (Obyčajní Ľudia a nezávislé osobnosti, OĽaNO), a promis d’éradiquer la corruption et de restaurer la confiance des citoyens dans la politique. Cependant, même avant les élections, M. Matovič était vu comme un personnage controversé plutôt que comme un homme d’État.
Le ministre slovaque des Finances promet d’éliminer les journalistes corrompus
En Slovaquie, le ministre des Finances et ancien Premier ministre Igor Matovič a réitéré ses…
2 minutes
Le mandat de M. Matovič en tant que Premier ministre a été bref, puisqu’il a été contraint de démissionner après seulement un an suite à sa décision d’acheter deux millions de doses du vaccin Sputnik V à la Russie sans avoir obtenu l’autorisation de la coalition.
Malgré cette démission, les conflits se sont poursuivis au gouvernement. Le parti SaS déplorait un gouvernement chaotique et diviseur et lui reprochait son incapacité à tenir ses promesses. M. Matovič reprochait quant à lui à M. Sulík de saper le gouvernement. La tension est encore montée d’un cran l’été dernier, lorsque le SaS a demandé la démission de M. Matovič.
À l’heure actuelle, M. Matovič est le responsable politique le moins populaire du pays, supplantant ainsi le chef du parti populaire d’extrême droite Notre Slovaquie (udová strana Naše Slovensko, ĽSNS).
Le gouvernement minoritaire slovaque s’appuie toujours plus sur des députés d’extrême droite
Le ministre slovaque des Finances, Igor Matovič, a été confronté à une motion de censure…
2 minutes
Des élections anticipées
Des élections anticipées au printemps ou à l’automne 2023 semblent de plus en plus probables. Si elles ont lieu, les sondages actuels suggèrent que le système de partis très fragmenté du pays subira un véritable changement.
Le parti de centre droit OĽaNO du Premier ministre Eduard Heger, membre du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen, devrait subir une défaite, passant de 25,0 % des voix aux élections de février 2020 à seulement environ 7,5 %.
OĽaNO serait remplacé en tant que parti le plus important du centre gauche par le parti Voix — social-démocratie (Hlas — sociálna demokracia, HLAS–SD) de l’ancien Premier ministre Peter Pellegrini, qui avait remporté 20 % de suffrages lors de sa première élection. Le HLAS–SD est un membre associé du Parti socialiste européen (PSE).
Le parti Voix — social-démocratie s’est séparé à la mi-2020 d’un autre membre du PSE, le parti SMER — social-démocratie (SMER — sociálna demokracia), en raison de son ancien chef et Premier ministre, Robert Fico. En 2016, ce dernier avait associé les réfugiés et les musulmans au terrorisme, soutenant que « des milliers de terroristes et de combattants de l’État islamique entrent en Europe avec les migrants ». Le parti SMER — social-démocratie de M. Fico se trouve maintenant derrière le parti Voix — social-démocratie dans les sondages, avec environ 16 %, contre 18 % en 2020.
Le parti libéral Slovaquie progressiste (Progresívne Slovensko, PS), membre de l’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe (ALDE), est en hausse dans les sondages ces derniers mois et atteint 11 %. En 2020, le parti s’est présenté sur la même liste électorale que le parti Ensemble (SPOLU), membre du PPE, et a remporté 6,97 % des voix.
Puisque les alliances multipartites doivent atteindre un plus grand nombre de voix pour entrer au parlement (7 %) que les partis individuels (5 %), le parti Slovaquie progressiste et le parti Ensemble n’ont obtenu aucun siège en 2020. Un renouvellement de cette alliance en 2022 est peu probable, car le parti Ensemble obtient à présent moins de 1 % des voix.
Le parti SaS, qui siège avec le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (ECR) au Parlement européen, obtient 10 % dans les sondages.
Les partenaires de coalition d’OĽaNO n’ont pas eu l’occasion de tirer profit de l’effondrement du parti. Le parti de droite Nous sommes une famille (Sme Rodina), qui est membre d’Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen, obtient environ 8 %, un résultat similaire aux résultats obtenus en 2020.
Le parti de centre droit Pour le peuple (Za ľudí), qui siège avec le PPE à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, a chuté dans les sondages, passant de 6 % en 2020 à environ 2 % actuellement, soit bien en dessous de la limite de 5 % pour pouvoir retourner au parlement. Par conséquent, le gouvernement actuel devrait avoir moins de 20 % de soutien si des élections anticipées étaient organisées aujourd’hui.
Le parti d’extrême droite néonazi ĽSNS pourrait aussi disparaître du parlement, puisqu’il ne recueille que 2 % dans les sondages (8 % en 2020). Toutefois, le parti d’extrême droite REPUBLIKA, qui est issu du parti ĽSNS, remporterait 6 % lors de ses premières élections.
Le Mouvement chrétien-démocrate (Kresťanskodemokratické hnutie, KDH), un parti de centre droit, obtient environ 6 % dans les sondages, ce qui signifie que le parti serait élu au parlement pour la première fois depuis 2012.
En outre, un ensemble de partis de centre droit fragmentés, qui déclarent représenter la minorité de langue hongroise, se situent juste au-dessous de la limite, à environ 4 %.
Le gouvernement slovaque confronté à un vote de défiance incertain
Le gouvernement slovaque minoritaire est confronté à un vote de défiance difficile mardi (13 décembre).…
3 minutes
[Édité par Anne-Sophie Gayet]