La Capacité de déploiement rapide de l’UE est prête, les États membres pas encore

La Capacité de déploiement rapide (CDR) de l'Union européenne (UE) est sur le papier opérationnelle, mais seule son utilisation sur un terrain de crise montrera que les États européens sont prêts à s'en servir.

EURACTIV.com
AFGHANS EXITING KABUL
Parmi les occasions manquées de faire appel aux groupements tactiques, on peut citer le fiasco de l’évacuation des citoyens d’Afghanistan après la prise du pouvoir par les talibans en août 2021, gérée presque entièrement par les États-Unis. [MARCUS YAM / LOS ANGELES TIMES]

BRUXELLES — La Capacité de déploiement rapide (CDR) de l’Union européenne (UE) est sur le papier opérationnelle, mais seule son utilisation sur un terrain de crise montrera que les États européens sont prêts à s’en servir.

Initiée en 2023 dans la cadre de la Boussole stratégique pour l’Union européenne (UE), la première force militaire européenne, la Capacité de déploiement rapide (CDR), forte de 5000 hommes, est désormais opérationnelle. L’échéance de 2025 a donc été respectée.

L’Union dispose désormais de troupes prêtes à répondre à des crises et à des conflits à l’extérieure de ses frontières, mais il lui manque encore quelque chose : l’aval politique des États membres.

Une occasion d’agir ?

De retour à la Maison-Blanche, le président américain Donald Trump semble décidé à régler dans les six prochains mois le conflit ukrainien. Plusieurs États européens dont la France envisagent par ailleurs d’assurer une présence militaire de stabilisation en Ukraine après un éventuel cessez-le-feu.

Le terrain ukrainien pourrait être le premier où déployer la CDR, mais des membres de l’UE estiment que cette mission reste pour l’heure politiquement improbable. Certains États de l’Union sont opposés à l’envoi de troupes en Ukraine, confirme une source de haut niveau.

Selon des informations recueillies par Euractiv, le CDR pourrait donc dans un premier temps se déployer dans les Balkans occidentaux, une région où les risques sécuritaires sont toujours élevées.

Mais pour que ces troupes soient utilisées en Ukraine, dans les Balkans ou ailleurs, leur déploiement doit être soumis à l’approbation unanime des 27 États membres — ce qui est bien sûr plus facile à dire qu’à faire.

Une force politique

La Capacité de déploiement rapide est une force permanente, exclusivement utilisée par l’UE. Ce qui constitue un changement majeur par rapport aux groupements tactiques conjoints qu’elle est censée remplacer.

Les États européens ont tous des intérêts différents et s’opposent régulièrement sur le rôle de l’Union dans la gestion des crises internationales. Les groupements tactiques conjoints n’ont donc jamais été déployés sur le terrain, d’autant que les frais de déploiement de ces soldats devaient être pris en charge par les États membres.

Les groupements tactiques conjoints auraient pourtant pu être utilisés lors de l’évacuation d’Afghanistan en août 2021. Le pont aérien avait à l’époque presque exclusivement été assuré par les États-Unis.

Cette dépendance de l’UE aux ressources américaines et à la stratégie de la Maison-Blanche a montré l’importance pour les Européens de pouvoir mener des opérations de façon indépendante. Ce qui a incité les dirigeants de l’UE à pouvoir « agir rapidement et fermement dès qu’une crise éclate, avec des partenaires si possible et seule si nécessaire ».

Des pièces manquantes

Outre les différents politique, des aspects plus concrets pourraient entraver le déploiement de la CDR. Celle-ci est censée répondre à des objectifs multiples : assurer le sauvetage et l’évacuation de civils durant une crise, stabiliser la situation sur le terrain, mais aussi fournir une aide humanitaire en cas de catastrophe.

Elle pourrait donc agir en complément de l’OTAN, qui se concentre principalement sur des réponses militaires. De même que l’Alliance atlantique, la CDR est censée disposer de capacités dans les domaines terrestre, maritime, aérien, spatial et dans la cyberespace.

Toutefois, selon des experts, elle manquerait encore d’équipements si une opération devrait être lancée, notamment des équipements de défense et de soutien, connus sous le nom de « facilitateurs stratégiques », comme des équipements médicaux, logistiques et de transport.

Les forces européennes manquent traditionnellement de ces équipements, bien que les États membres aient promis dans le cadre de la Boussole stratégique d’« approfondir l’investissement dans les catalyseurs stratégiques nécessaires ».

En début de semaine, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, expliquait que les Européens n’avaient pas besoin d’une armée commune et que la CDR devait trouver sa place dans les outils de sécurité de l’Union.

[LG]