La candidature de Joe Biden inquiète, mais les Alliés de l'OTAN se veulent rassurants

Si les dirigeants de l’OTAN ont salué le succès du sommet de cette semaine à Washington, ils ont néanmoins tenté d’écarter les inquiétudes concernant l’avenir de l’alliance suite aux résultats des élections présidentielles américaines de novembre.

/ Euractiv.com
75ème sommet de l’OTAN à Washington
epa11473464 Le président américain Joe Biden arrive lors d'une cérémonie pour le "Pacte pour l'Ukraine" pendant le sommet de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) à Washington, DC, États-Unis, 11 juillet 2024. Le sommet du 75e anniversaire de l'OTAN se tient à Washington, DC, du 9 au 11 juillet 2024. EPA-EFE/CHRIS KLEPONIS / POOL [EPA-EFE/CHRIS KLEPONIS / POOL]

Si les dirigeants de l’OTAN ont salué le succès du sommet de cette semaine à Washington, ils ont néanmoins tenté d’écarter les inquiétudes concernant l’avenir de l’alliance suite aux résultats des élections présidentielles américaines de novembre.

Cette semaine, les dirigeants de l’OTAN se sont retrouvés à Washington pour un sommet destiné à illustrer l’unité de l’alliance militaire occidentale, 75 ans après sa création.

Mais les célébrations ont été éclipsées par l’inquiétude des alliés des États-Unis quant aux conséquences pour l’OTAN et pour l’engagement américain en faveur de la sécurité de l’Europe, d’un possible retrait de Joe Biden de la course à la présidence, ou de sa possible défaite en faveur de l’ancien président et candidat républicain Donald Trump.

Les dirigeants de l’OTAN ont collectivement retenu leur souffle lors des discussions et des événements au cours desquels Joe Biden s’exprimait publiquement, selon des personnes ayant participé aux réunions.

Le lapsus de Joe Biden

Le New York Times a rapporté qu’au début du sommet, plusieurs conseillers de longue date de Joe Biden auraient discuté de la possibilité de le convaincre de mettre un terme à sa campagne de réélection.

Lors d’un entretien avec le conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, jeudi (11 juillet), ce dernier a minimisé les inquiétudes des chefs d’État et de gouvernement européens sur le positionnement de Joe Biden, ou sur un éventuel retour de Donald Trump.

« La discussion a porté sur ce que nous essayons de faire pour la défense de l’Alliance, pour l’Ukraine et pour nos partenariats avec le bassin Indo-Pacifique — il n’a pas été question de politique [américaine] », a déclaré Jake Sullivan.

Toutefois, le lapsus de Joe Biden, qui a qualifié par erreur, avant de se corriger, le président ukrainien Volodymyr Zelensky de « président Poutine » lors d’une rencontre conjointe avec la presse, a suscité une vague d’inquiétude parmi les participants.

« Le président Poutine ? Je vais battre le président Poutine. Je suis tellement concentré sur le fait de battre [Vladimir] Poutine », a-t-il précisé pour se rattraper, ce à quoi Volodymyr Zelensky a répondu en plaisantant : « Je suis meilleur que cela. »

Le malaise s’est toutefois poursuivi lors d’une conférence de presse post-sommet visant à prouver qu’il est toujours apte à exercer ses fonctions, et que Joe Biden a utilisée pour rassurer le public américain, en évoquant ses réalisations en matière de sécurité nationale, en comparaison à Donald Trump.

Faire profil bas

En public, les dirigeants de l’OTAN ont tempéré leurs inquiétudes, s’abstenant de toute remarque sur l’état de santé du président américain ou sur le retour éventuel de Donald Trump.

« La France, l’Europe et l’Ukraine ont beaucoup de chance d’avoir un président aussi engagé que lui », a répondu le président français Emmanuel Macron lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait de la candidature de Joe Biden à un second mandat.

« Les lapsus arrivent […]. Mais cela ne change rien à ce que le président américain a dit très clairement dans son discours [sur l’Ukraine] » a souligné le chancelier allemand Olaf Scholz, interrogé sur l’incident à propos de Volodymyr Zelensky.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, avait précédemment insisté sur le fait que « l’une des raisons pour lesquelles l’OTAN est une alliance solide est que nous nous sommes toujours tenus à l’écart des questions de politique intérieure ».

« Et si je commence à faire ou à dire quoi que ce soit qui m’associe aux débats politiques en cours dans un des pays alliés, cela ne fera qu’affaiblir l’alliance », a-t-il ajouté.

« Personne ne veut être soupçonné d’interférer dans les élections américaines de novembre ou de contrarier un allié essentiel, quel que soit le président de la Maison-Blanche », a expliqué un haut fonctionnaire de l’UE, avant d’ajouter qu’il faudrait une approche bipartisane.

En privé, de nombreux membres de l’OTAN ont reconnu que ce sommet à Washington était peut-être la « dernière chance » avant novembre de présenter l’Alliance comme une réussite et de préserver l’aide occidentale à l’Ukraine.

Faire la cour à Donald Trump

Des personnes proches des discussions ont déclaré que les responsables de plusieurs pays européens de l’OTAN ont profité de leur voyage à Washington pour rencontrer de proches collaborateurs de l’ancien président américain Donald Trump.

La rencontre la plus médiatisée avec le candidat républicain, qui pourrait peut-être redéfinir l’orientation future de l’OTAN, a été celle du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, qui s’est rendu en Floride pour le rencontrer.

Ce fervent partisan de Donald Trump a déclaré qu’il s’agissait de la poursuite de sa « mission de paix » pour l’Ukraine, qui l’avait conduit à Kiev, à Moscou et à Pékin. Cette initiative de Budapest a été vivement condamnée par la quasi-totalité de ses homologues européens.

Tout comme Donald Trump, Viktor Orbán a exprimé son scepticisme quant au rôle joué par l’OTAN dans le soutien à l’Ukraine et a refusé d’apporter une aide militaire à Kiev. L’ancien président américain a quant à lui déclaré à plusieurs reprises qu’il mettrait fin à la guerre en Ukraine, sans toutefois préciser comment.

Certains diplomates européens ont exprimé leur inquiétude sur le fait qu’avec une possible victoire de Donald Trump aux élections de novembre, Viktor Orbán essayait de mettre en avant une « voie alternative » et de se positionner comme un intermédiaire possible entre le candidat républicain et Vladimir Poutine.

Protéger l’aide à l’Ukraine

Au cours des derniers mois, les membres de l’OTAN se sont efforcés de « protéger » l’Alliance et l’aide à l’Ukraine, notamment après que Donald Trump a déclaré que la Russie pouvait faire « ce qu’elle voulait » des membres de l’OTAN qui ne consacraient pas le minimum de 2 % de leur PIB à la défense.

Les Européens ont alors remis en question l’engagement futur des États-Unis en faveur de la sécurité transatlantique.

En conséquence, au sommet de Washington l’accent a été mis sur un partage plus équitable du fardeau et sur la dénonciation de la Chine pour son commerce de biens à double usage avec les Russes — deux des demandes prioritaires de Donald Trump à l’égard des Européens lorsqu’il était président.

Les diplomates de l’OTAN ont souligné que les travaux diplomatiques précédant le sommet s’étaient également attachés à préparer le terrain pour gérer les attentes de l’Ukraine et éviter le mécontentement des Ukrainiens face aux progrès minimes réalisés sur la voie de l’adhésion, comme cela avait été le cas à Vilnius l’année dernière.

Comme prévu, l’OTAN prend en charge la coordination de la formation et des livraisons militaires et les membres ont promis une aide d’au moins 40 milliards d’euros pour l’année prochaine, ainsi qu’une assistance en vue de l’adhésion de l’Ukraine.

Washington a également annoncé un important programme de défense comprenant des systèmes de défense aérienne, des avions de combat F-16, et déclaré vouloir placer des missiles hypersoniques en Allemagne.

La France, quant à elle, a pris la tête de la production d’armes à longue portée cette semaine afin d’alléger le travail des États-Unis sur le long terme.

Les annonces de l’OTAN ont presque réussi à masquer l’absence de progrès dans l’appel de Volodymyr Zelensky à lever les restrictions sur l’utilisation des armes occidentales pour frapper plus loin sur le territoire russe.

[Édité par Anna Martino]