La Bulgarie prend des mesures pour garantir la sécurité du gazoduc Balkan Stream
Après la récente tentative présumée des services spéciaux ukrainiens d’attaquer le gazoduc TurkStream en Russie, la Bulgarie a pris des mesures pour protéger Balkan Stream, le prolongement du même gazoduc qui fournit du gaz à des clients en Europe.
Après la récente tentative présumée des services spéciaux ukrainiens d’attaquer le gazoduc TurkStream en Russie, la Bulgarie a pris des mesures pour protéger Balkan Stream, le prolongement du même gazoduc qui fournit du gaz à des clients en Europe.
La Bulgarie a renforcé la surveillance et la sécurité sur les sites de son infrastructure énergétique critique, y compris le gazoduc Balkan Stream, a déclaré l’agence bulgare de contre-espionnage jeudi.
« Des mesures ont été prises pour surveiller et renforcer la protection des objets importants de l’infrastructure critique et pour contrer les actions destructrices grâce à une coordination et une interaction efficaces de toutes les institutions compétentes dans le pays et grâce aux mécanismes de coopération établis dans l’UE et l’OTAN », a répondu l’agence à Euractiv.
Après l’arrêt des livraisons de gaz par l’Ukraine le 1er janvier, TurkStream et Blue Stream sont devenus les seuls gazoducs à acheminer le gaz russe sous la mer Noire jusqu’au territoire européen de la Turquie.
Depuis la Turquie, TurkStream continue à travers la Bulgarie, où il est appelé Balkan Stream, et fournit actuellement du gaz à la Serbie et à la Hongrie. La Bulgarie a cessé d’importer du gaz russe, mais poursuit son transit en vertu de contrats signés avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
L’Ukraine est soupçonnée d’une autre attaque contre les principales infrastructures des gazoducs russes. Après que de mystérieuses explosions ont touché les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 près du Danemark en septembre 2022, la Central Intelligence Agency (CIA) américaine aurait indiqué aux services secrets belges que l’Ukraine pourrait en être responsable.
Le TurkStream/Balkan Stream est crucial pour Budapest et Belgrade, et, suite à la suspension des approvisionnements en provenance de Kiev, une hausse des volumes de gaz russe transitant par la Bulgarie vers l’Europe centrale est attendue. Bien que la Bulgarie n’utilise pas le gaz du TurkStream/Balkan Stream, elle gagne plus de 100 millions d’euros par an grâce aux redevances de transit.
« Étant donné la situation géopolitique compliquée suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les défis sécuritaires difficiles à prévoir au niveau mondial et régional, la protection des objets et des activités stratégiques est une priorité absolue pour l’État », a ajouté l’agence bulgare.
Le gazoduc stratégique et d’autres installations sont menacés, selon l’agence, qui souligne une série d’attaques de sabotage sur des installations militaires, que le bureau du procureur a attribuées à des saboteurs russes.
Ilian Vassilev, ancien ambassadeur bulgare en Russie et expert reconnu en matière d’énergie, a déclaré qu’il n’y avait « aucune possibilité » que les services secrets ukrainiens sabotent le gazoduc TurkStream sur le territoire de la Bulgarie, membre de l’Union européenne (UE) et de l’OTAN.
En Russie, en revanche, l’Ukraine peut frapper légitimement, a-t-il ajouté.
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Une « cible légitime »
Pour Ilian Vassilev, le véritable risque pour le transit par la Bulgarie vient du fait qu’un élément clé des stations de compression se trouve sur le territoire de la Russie, qui est une « cible militaire légitime ». « En temps de guerre, toutes les cibles sont légitimes, y compris la station de compression du gazoduc [TurkStream] en Russie », a-t-il expliqué.
Selon l’expert, plus de 300 milliards de mètres cubes de gaz, d’une valeur de 12 milliards de dollars, empruntent cette station sur le sol russe.
Une partie de cet argent va au budget militaire russe et « finance l’achat de bombes et les meurtres d’Ukrainiens », a souligné l’ancien diplomate bulgare.
D’après lui, si quelqu’un en Bulgarie ou en Europe prétend que les Ukrainiens sont des terroristes parce qu’ils attaquent des cibles où le gaz russe est fourni, il se trompe.
« En effet, depuis 2022, l’UE a clairement indiqué que toute personne souhaitant participer au soutien de l’Ukraine devait diversifier ses sources d’énergie. [Robert] Fico et [Viktor] Orbán ne sont pas entrés dans le jeu », a poursuivi Ilian Vassilev.
Il a rappelé qu’en janvier, 10 États membres de l’UE ont insisté sur le renforcement des sanctions contre la Russie en introduisant des restrictions supplémentaires sur les exportations de gaz naturel et en renforçant le contrôle sur la mise en œuvre du plafond des prix du pétrole.
« La Bulgarie ne fait pas partie de ce processus. Les autorités de Sofia sont en permanence dans le groupe de pays “TurkStream” », a-t-il indiqué.
La Bulgarie appartient à un groupe de pays qui se sont engagés à assurer le transit et le service du gaz russe qui remplit les coffres de Moscou, a-t-il ajouté.
La Bulgarie prend systématiquement position contre la limitation et l’interdiction du transit du gaz russe, ce qui peut sembler étrange étant donné que Gazprom a interrompu l’approvisionnement en gaz de la Bulgarie et a causé d’énormes dégâts.
« Malgré cela, la Bulgarie transporte du gaz russe et nous prétendons qu’il ne s’est rien passé », a encore abondé Ilian Vassilev.
Une enquête menée en 2020 par Euractiv a décrit comment le Premier ministre bulgare de l’époque, Boïko Borissov, avait donné à Gazprom les clés des Balkans en construisant le Balkan Stream.
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La fin de TurkStream ?
Martin Vladimirov, éminent expert en énergie au sein de l’influent think tank CSD (Center for the Study of Democracy), est catégorique : les jours de TurkStream sont comptés.
« Pensez-vous vraiment que Turkstream sera un jour rentabilisé ? C’est une question de temps, et un temps très court, pour que le gazoduc s’arrête. Et la Bulgarie, au lieu de se préparer à ce moment, devrait prendre les choses en main et être la première à interrompre l’approvisionnement », a estimé l’expert.
Selon lui, la Bulgarie a de nombreuses raisons juridiques, géopolitiques et économiques d’interrompre le transit du gaz russe.
« La Bulgarie perçoit actuellement des tarifs ridiculement bas pour [le transit du gaz] sur TurkStream. Le pays peut augmenter ses revenus en devenant un pays de transit majeur pour les approvisionnements alternatifs de GNL vers l’Europe […] et en plus grandes quantités que l’actuel TurkStream. Il suffit de faire preuve de courage et de volonté politique », a-t-il insisté.
Euractiv a demandé à l’ambassade ukrainienne auprès de l’UE de commenter les allégations selon lesquelles les services secrets du pays ciblent les infrastructures de gazoducs transportant du gaz russe, mais n’a pas reçu de réponse au moment de la publication de cet article.