La Belgique va fournir une nouvelle aide militaire « substantielle » à l’Ukraine

La ministre belge de la Défense proposera vendredi au Conseil des ministres belge d’envoyer une nouvelle « aide substantielle » à l’Ukraine, laquelle ne comportera pas de chars de combat étant donné que les stocks de défense du pays restent limités, a-t-elle déclaré.

Euractiv France
Belgian Federal Parliament’s plenary session
S’exprimant au micro de Bel RTL mercredi (25 janvier), Mme Dedonder a déclaré qu’elle ferait une proposition officielle au gouvernement fédéral vendredi, mais a indiqué que la Belgique n’enverrait pas de chars dans le cadre de cette aide — ses propres stocks de défense étant limités. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

La ministre belge de la Défense, Ludivine Dedonder, proposera vendredi au Conseil des ministres belge d’envoyer une nouvelle « aide substantielle » à l’Ukraine, laquelle ne comportera pas de chars de combat étant donné que les stocks de défense du pays restent limités, a-t-elle déclaré sur Bel RTL.

S’exprimant au micro de Bel RTL mercredi (25 janvier), Mme Dedonder a déclaré qu’elle ferait une proposition officielle au gouvernement fédéral vendredi, mais a indiqué que la Belgique n’enverrait pas de chars dans le cadre de cette aide — ses propres stocks de défense étant limités.

« Ce vendredi, au Conseil des ministres, je vais proposer d’autres aides justement pour répondre aux besoins urgents des Ukrainiens au niveau de la défense aérienne et de la lutte antichar, au niveau également des munitions ».

La Belgique a décidé il y a environ dix ans de vendre une partie de ses chars qui n’étaient plus opérationnels. Bien que leur rachat soit envisageable, Mme Dedonder explique que les entreprises qui ont acheté les chars réclament aujourd’hui un prix qu’elle qualifie de « déraisonnable ».

« Ces chars ont été revendus pour un somme équivalent à 10-15 000 euros puisqu’ils ne fonctionnaient plus. Et pour le moment, il y a des entreprises belges qui font une marge qui est déraisonnable. On est sur un prix de revente de 500  000 euros pièce, pour du matériel qui est stocké dans des hangars et pour lequel il n’y a eu aucun travail de remise en état », a-t-elle expliqué.

Par conséquent, bien que le gouvernement belge reconnaisse désormais la nécessité de disposer de tels chars, le pays ne suivra pas l’exemple de l’Allemagne qui décidé d’envoyer des chars Leopard 2 de fabrication allemande en Ukraine.

L’Allemagne a pris cette décision au terme de plusieurs mois de pression croissante de la part de ses partenaires internationaux, ainsi que des partenaires de la coalition gouvernementale du chancelier allemand Olaf Scholz. L’Allemagne a en effet émis des réserves quant à la possibilité de fournir des chars à l’Ukraine et a fait valoir que cela risquait d’aggraver le conflit et de mettre directement en cause l’OTAN dans la guerre.

Entre-temps, le président américain Joe Biden a également annoncé mercredi que les États-Unis enverraient 31 chars Abrams — parmi les plus récents au monde — à Kiev. L’initiative a notamment été saluée par le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Mardi (24 janvier), la ministre belge Mme Dedonder a reçu une délégation parlementaire ukrainienne, avec laquelle elle a discuté du soutien militaire et de la nouvelle aide militaire en préparation.

« Nous continuons à travailler ensemble avec nos partenaires internationaux pour soutenir l’Ukraine et nous sommes unis avec le peuple ukrainien », a-t-elle déclaré sur Twitter.

Par ailleurs, Oleksandr Kornyenko, vice-président du Parlement ukrainien, qui faisait partie de la délégation, a demandé au Parlement fédéral belge de fournir plus d’armes à son pays pour lutter contre l’invasion de la Russie.

« Plus d’armes pourront nous apporter la paix. Cela peut paraître contradictoire mais c’est la réalité. Sans ces armes, la guerre durera encore des années », a affirmé M. Kornyenko.

Depuis le début de l’invasion russe le 24 février, la Belgique a notamment déjà livré à l’Ukraine des fusils d’assaut, des mitrailleuses, des lance-roquettes, des lance-grenades antichars et des missiles antichars.

Au total, le soutien actuel à la défense s’élève à 90 millions d’euros d’équipements militaires. Il devrait toutefois être doublé et donc doté de 90 millions d’euros supplémentaires dans le cadre de la nouvelle aide fournie par la Belgique à l’Ukraine, selon Mme Dedonder.

La France à la traîne ?

Alors que les alliés occidentaux annoncent tour à tour la livraison de chars lourds à l’Ukraine, la France n’a pas encore pris de position officielle concernant la livraison ou non de chars Leclerc. Une telle décision sera toutefois prise « dans les jours à venir », a déclaré le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, mercredi sur France 5.

« Pour être honnête, il y a une discussion avec les Ukrainiens sur le char Leclerc, mais, sans en dire plus, ce n’est pas sur le char Leclerc qu’il y a le plus d’attentes », a poursuivi M. Lecornu.

Malgré tout, en 2022, la France a contribué à hauteur de 550 millions d’euros sur un montant total européen de 3 milliards d’euros. Elle a notamment envoyé à l’Ukraine une vingtaine de canons, plus d’une centaine de systèmes de défense anti-aérienne, quelques dizaines de missiles anti-chars Milan, ainsi que deux lance-roquettes unitaires (LRU).

La France a également fait parvenir plus d’une centaine d’engins blindés – parmi lesquels figurent une vingtaine d’AMX10-RC, des chars de combat légers de fabrication française dont la livraison avait été annoncée par Emmanuel Macron début janvier.

Selon les recherches de l’Institut Kiel pour l’économie mondiale, qui évalue l’aide militaire fournie à l’Ukraine par différents pays, la France n’arrivait en décembre qu’en dixième position en terme de livraisons d’armes, loin derrière les États-Unis mais aussi l’Allemagne, le Royaume Uni, la Suède ou la Pologne.

En plus de l’armement, la France a crée en octobre dernier un fonds spécial de soutien d’une dotation portée à 200 millions d’euros, permettant à l’Ukraine de s’équiper directement auprès des industriels français de la BITD (base industrielle et technologique de défense).

Or, sur les 200 millions d’euros qui composent ce fonds de soutien, « il y a pratiquement une centaine de millions d’euros qui est encore disponible » pour aider l’armée ukrainienne à acheter du matériel auprès des industriels français, a confié le ministre des Armées.

C’est dans le contexte de la guerre en Ukraine que M. Macron a annoncé la semaine dernière vouloir augmenter de près de 60 % le budget français de la Défense sur sept ans, injectant ainsi un total de 413 milliards d’euros entre 2024 et 2030. L’objectif ? « avoir une guerre d’avance », selon le chef de l’État.