La Belgique traverse une nouvelle crise

Près de trois mois après les élections, le pays s’interroge à nouveau sur sa séparation, après la démission du socialiste, Elio di Rupo. Il était chargé de trouver un accord avec les Flamands en vue de former un nouveau gouvernement.

EURACTIV.fr

Près de trois mois après les élections, le pays s’interroge à nouveau sur sa séparation, après la démission du socialiste, Elio di Rupo. Il était chargé de trouver un accord avec les Flamands en vue de former un nouveau gouvernement.

Le roi Albert II a accepté, samedi 4 septembre, la démission du président du Parti socialiste wallon, Elio di Rupo. Ce dernier, appelé « préformateur », puisqu’il devait d’abord trouver un accord avec les néerlandophones avant de former un nouveau gouvernement, n’a pas réussi à réduire le fossé entre les deux principales communautés du pays. L’opposition entre néerlandophones et francophones perturbe la vie politique belge depuis plus de trois ans.

Ce nouvel échec rend probable la tenue d’élections anticipées pour tenter de former un gouvernement de coalition viable. Cet aboutissement n’est cependant pas garanti, étant donné les longues et tortueuses discussions qui ont suivi les récentes élections. La ministre de la Santé et des affaires sociales, Laurette Onkelinx, a même déclaré au quotidien La Dernière heure le 5 septembre qu’il fallait « se préparer à la fin de la Belgique » et a estimé qu’ »une grande partie de la population flamande » faisait le voeu de la scission.

La Belgique est habituée à l’instabilité politique et nombre d’analystes jugent que les propos de Mme Onkelinx relèvent davantage d’une posture politique que d’une prophétie crédible. Le pays peut cependant difficilement se permettre de rester dans l’impasse au vu de l’ampleur de sa dette nationale, qui a dépassé les 100% du PIB en 2010, et de l’attente de marchés financiers.

Nouvelle médiation

Le roi Albert II a confié aux présidents de la Chambre des députés et du Sénat, le socialiste wallon André Flahaut et le Flamand Danny Pieters, du parti séparatiste N-VA (Nouvelle alliance flamande), une nouvelle mission de médiation, vendredi 3 septembre dans la soirée.

« Le roi a chargé les présidents de la Chambre basse et du Sénat d’une mission de médiation pour relancer les négociations pour former le gouvernement », a indiqué le Palais dans un communiqué. 

La formation de ce tandem est chargée de signification, selon le politologue belge Pierre Vercauteren. « Le fait que cette mission ne soit pas confiée à une seule personne, mais bien à un tandem, va sans doute indiquer la volonté de garder la logique », a-t-il indiqué sur les ondes de Bel RTL. « Effectivement, il ne peut y avoir d’accord dans l’état actuel des choses sans un assentiment d’un côté du PS, et de l’autre côté, de la N-VA », ajoute-t-il.

Interrogé sur les chances de réussite de cette nouvelle médiation, il a estimé que tout allait dépendre de « l’état d’esprit dans lequel les différents partis autour de la table ont encaissé l’échec. Il faudra voir dans quelle mesure cet échec ne va pas laisser des séquelles de part et d’autre de la frontière linguistique », a-t-il indiqué. Les deux médiateurs devront faire preuve de créativité dans les semaines qui viennent, a-t-il ajouté.

Autonomie

Les partis néerlandophones réclament une plus large autonomie pour la Flandre mais les Francophones craignent un appauvrissement de leur région, la Wallonie, et de Bruxelles.

La précédente coalition s’est effondrée après l’échec des deux communautés à parvenir à un accord concernant Bruxelles et les droits linguistiques spécifiques dont jouissent les francophones dans la banlieue flamande de la capitale.

Bart de Wever, responsable de la N-VA, qui avait remporté d’un siège l’élection de juin, avait également échoué à constituer un gouvernement en juillet, estimant qu’il n’y avait pas suffisamment de consensus sur les questions essentielles.

Responsabilité

M. Di Rupo a accusé la N-VA et les démocrates flamands chrétiens (CD&V) d’être responsables de la fin des négociations en refusant une ultime proposition de compromis.

« Que veut la Flandre ? », s’interroge Le Soir dans un éditorial du samedi 4 septembre, dénonçant un « gâchis ». « Aujourd’hui, avouons-le, les francophones ne comprennent plus très bien les demandes flamandes, pas plus que ce qui a bloqué dans cette dernière phase de négociation, jusqu’à les faire échouer. »

La situation est « incompréhensible, totalement regrettable » à moins qu’ »un magicien du quatrième type puisse dans les jours, les semaines, les mois qui viennent, trouver un compromis qui tienne la route pour toutes les parties », conclut l’éditorial du quotidien wallon.

Fait symbolique de la rupture entre les deux communautés linguistiques : des Flamands ont réalisé dimanche 5 juin un traditionnel tour de Bruxelles à pied et à vélo, pour rappeler que la région de la capitale est enclavée en Flandre.