La Belgique se battra pour la légitimité démocratique de l'UE

La Belgique pense que l'Europe a été trop loin en déléguant des pouvoirs à des agences et à des technocrates qui manquent de légitimité politique, a déclaré Pascal Delwit, un professeur de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles (ULB), lors d'un entretien exclusif accordé à EURACTIV. Cette question sera sans doute soulevée lors du sommet de l'UE prévu demain (8 décembre).

EURACTIV.com
belgian-flag-regions_0.JPG
belgian-flag-regions_0.JPG

La Belgique pense que l'Europe a été trop loin en déléguant des pouvoirs à des agences et à des technocrates qui manquent de légitimité politique, a déclaré Pascal Delwit, un professeur de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles (ULB), lors d'un entretien exclusif accordé à EURACTIV. Cette question sera sans doute soulevée lors du sommet de l'UE prévu demain (8 décembre).

Le nouveau premier ministre belge, Elio Di Rupo, devrait plaider en faveur du fédéralisme lors du sommet européen, a affirmé M. Delwit, un éminent observateur de la vie politique complexe de son pays.

Il s'agirait toutefois d'un « fédéralisme bien compris », dans la mesure où la Belgique n'acceptera pas de transférer des pouvoirs à des « agences sans contrôle démocratique » sans recours possible du pouvoir politique.

M. Delwit a qualifié de « complètement surréaliste » la situation actuelle concernant la Banque centrale européenne qui a discrètement contribué au renflouement de plusieurs pays de la zone euro en rachetant leur dette sur le marché secondaire.

Il a affirmé que le nouveau gouvernement belge emprunterait la voie du fédéralisme sur le plan européen, sans toutefois encourager le transfert des pouvoirs aux agences.

La Belgique « s’est toujours inscrite dans une optique fédéraliste plutôt qu’intergouvernementale, mais un certain nombre d’acteurs considèrent aujourd’hui qu’aller de l’avant nécessite aussi le maintien de la primauté politique, par opposition à la primauté d’agences ou de technocrates sans contrôle démocratique », a-t-il expliqué.

Lorsqu'EURACTIV a abordé la question des agences de notation de crédit et lui a demandé si la récente dégradation de la note de son pays avait contribué à la formation d'un gouvernement après 541 jours d'impasse politique, il a répondu :

« Je ne dirai pas qu’elles ont rendu service, dans la mesure où la dégradation n’est pas un service rendu. Mais pour le dire autrement, il est clair que cela a été un élément qui a forcé le gouvernement à avancer. »

Quant à savoir si M. Di Rupo, le leader du Parti socialiste wallon, ne se sentirait pas isolé parmi de nombreux autres dirigeants européens affiliés à des partis de centre-droit, M. Delwit a admis que ce serait sans doute le cas.

Toutefois, M. Delwit a souligné que les hommes politiques belges avaient l'habitude de travailler avec des partis de coalition, soulignant que les socialistes du pays étaient depuis longtemps au gouvernement aux côtés des « démocrates chrétiens ». Les partis socialistes wallon et flamand évoluent en effet depuis longtemps dans des gouvernements menés par des premiers ministres flamands du CD&V, un parti chrétien démocrate, les plus récents étant Yves Leterme et Herman Van Rompuy.

En réponse à la question de savoir si les compétences de négociation utilisées par les acteurs politiques belges pour former un gouvernement dans un contexte national difficile pourraient se révéler utiles dans un contexte européen, il a mentionné le leader du groupe libéral ALDE, Guy Verhofstadt, et le président du Parti populaire européen, Wilfried Martens, tous deux d'anciens premiers ministres belges, comme preuve de ce que le pays avait à offrir en termes de compétences.

A propos de la Belgique, où la condition pour la formation d'un gouvernement était la réforme de l'Etat et un rééquilibrage des pouvoirs entre les régions flamande et wallonne, il a affirmé que le pays n'était pas encore débarrassé de ses problèmes intérieurs.

« Il faudra bien sûr implémenter la réforme de l’État, mais on sait bien que même cette réforme ne fera qu’atténuer, ou diminuer la polarité entre les points de vue francophone et néerlandophone, sans l’effacer », a-t-il expliqué.

Pour lire cet entretien dans son intégralité en français, veuillez cliquer ici.