La BCE prête à faire « tout ce qui est nécessaire » en 2023 pour plafonner l’inflation à 2 %

Dans un entretien à l’hebdomadaire allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung samedi, Isabel Schnabel a déploré le manque d’ambition des gouvernements européens pour mieux cibler les aides économiques et investir plus massivement dans la transition écologique.

Euractiv France
European Central Bank Governing Council meeting in Frankfurt am Main
Les quatre augmentations successives des taux d’intérêt depuis juillet 2022, dont la dernière, le 15 décembre, a vu les taux directeurs augmenter de 50 points de base et le principal taux de refinancement passer de 2 % à 2,5 %, ont lancé un signal clair aux marchés : la BCE ne baissera pas la garde. [ANDRE PAIN/EPA-EFE]

Dans un entretien à l’hebdomadaire allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung samedi (24 décembre), Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), a aussi déploré le manque d’ambition des gouvernements européens pour mieux cibler les aides économiques et investir plus massivement dans la transition écologique.

Droit dans ses bottes et assumer. C’est, en substance, le message que Mme Schnabel a souhaité faire passer à l’aune des fêtes de Noël.

Les quatre augmentations successives des taux d’intérêt depuis juillet 2022, dont la dernière, le 15 décembre, a vu les taux directeurs augmenter de 50 points de base et le principal taux de refinancement passer de 2 % à 2,5 %, ont lancé un signal clair aux marchés : la BCE ne baissera pas la garde.

« Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour ramener l’inflation à 2 % sur le moyen terme », a souligné Mme Schnabel.

Le taux d’inflation dans la zone euro s’installait en moyenne à 10,1 % en novembre 2022, en légère baisse par rapport à octobre 2022 (10,6 %). Mais les disparités d’un pays à l’autre sont considérables : 21,4 % en Estonie, 21,7 % en Lettonie ou encore 21,4 % en Lituanie, aux premières loges de la guerre en Ukraine. Quant à l’Espagne et la France, les taux plafonnent à 6,6 % et 7,1 % respectivement.

Les niveaux d’inflation actuels s’expliquent par deux facteurs, selon Mme Schnabel. D’abord, une crise de l’offre et des chaînes d’approvisionnement qui ont ralenti la reprise économique post-Covid tout en rendant l’action de la BCE quelque peu complexe : la politique monétaire, qui consiste surtout à ajuster les taux d’intérêt, n’a qu’un effet limité sur une inflation alimentée par une baisse de l’offre.

En outre, la guerre en Ukraine a, dès février 2022, fait s’envoler les prix de l’énergie et de l’alimentation.

Si « les goulets d’étranglement au niveau de l’offre se dissipent progressivement », l’invasion russe en Ukraine contribue grandement « au resserrement des conditions de financement à travers le monde », expliquait la présidente de la BCE, Christine Lagarde, le 15 décembre dernier.

Un resserrement des taux d’intérêt s’est donc imposé tout au long du second semestre 2022, a expliqué Mme Lagarde. De nouvelles augmentations en 2023 ne sont par ailleurs pas un sujet tabou, dans un souci de stabilisation des prix, afin « d’éviter le risque d’un glissement à la hausse persistant des anticipations d’inflation ».

Les gouvernements peinent à être au rendez-vous

Si la BCE n’a pas faibli face à cette nouvelle donne économique et continue de tout faire pour ramener l’inflation à 2 %, ligne d’horizon une fois de plus esquissée par Christine Lagarde, les mesures fiscales prises par les gouvernements peinent à être au rendez-vous, a alerté Mme Schnabel.

Selon elle, trois champs d’action sont possibles : mettre en avant des mesures ciblées pour les plus vulnérables, investir et soutenir la mise en œuvre de réformes structurelles pour combattre les causes profondes de l’inflation et accélérer la transition écologique.

Un triptyque que les gouvernements ne mettent en œuvre que partiellement, selon elle : « la réalité montre que seule une faible proportion des actions gouvernementales [de la zone euro] est ciblée » tandis « qu’il n’y a presque pas de nouveaux investissements dans la transition écologique ».

Et de reconnaître que l’augmentation des taux n’est jamais populaire auprès des gouvernements européens – l’Italie ayant fait part de son désaccord profond suite à l’augmentation de la mi-décembre : « nous pouvons nous attendre à des réactions de plus en plus fortes et nous devons y résister. C’est pour cela que les banques centrales sont indépendantes ».

La progression des taux depuis juillet est la plus forte et la plus rapide depuis la création de l’euro en 1999.

Une nouvelle réunion du Conseil des gouverneurs et du Conseil général, dédiée à la politique monétaire de la BCE, est prévue le 2 février 2023.