La BCE maintient ses taux à 2 % face aux craintes d’inflation liées à la guerre en Iran

« La guerre au Moyen-Orient a rendu les perspectives nettement plus incertaines », a déclaré la Banque centrale européenne

EURACTIV.com
[Photo : Florian Wiegand/picture alliance via Getty Images]

La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu jeudi son taux directeur à 2 %, alors que l’on craint que l’escalade du conflit au Moyen-Orient ne provoque une recrudescence de l’inflation dans toute la zone euro.

Cette décision, largement anticipée par les analystes et les marchés, intervient alors que la BCE a revu à la baisse ses prévisions de croissance et relevé ses prévisions d’inflation pour 2026.

« La guerre au Moyen-Orient a rendu les perspectives nettement plus incertaines, créant des risques à la hausse pour l’inflation et des risques à la baisse pour la croissance économique », a expliqué la BCE dans un communiqué.

L’inflation dans la zone euro devrait désormais atteindre 2,6 % cette année, contre 1,9 % prévu par la BCE dans ses précédentes projections de décembre. La production devrait progresser de 0,9 % cette année, soit 0,3 point de pourcentage de moins que prévu en décembre. Ces projections intègrent les données disponibles jusqu’au 11 mars, soit près de deux semaines après le début du conflit avec l’Iran.

La BCE a ajouté qu’elle était « bien placée pour faire face à cette incertitude », l’inflation étant actuellement proche de son objectif de 2 % et les anticipations d’inflation à long terme désormais « bien ancrées ».

Cette décision intervient alors que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a provoqué une flambée des prix mondiaux de l’énergie, les prix du gaz ayant doublé et ceux du pétrole ayant augmenté de 60 % depuis le début de la guerre le 28 février.

Le conflit – qui ne semble pas près de s’apaiser après les frappes réciproques menées hier soir par Israël et l’Iran contre des infrastructures énergétiques régionales stratégiques – a également entraîné une flambée des coûts d’emprunt des gouvernements européens et un affaiblissement de l’euro, intensifiant les craintes concernant les perspectives de croissance à long terme de l’Europe à un moment où la production est déjà anémique.

Les craintes d’une résurgence inflationniste similaire à celle déclenchée par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022 ont conduit les marchés à anticiper désormais une ou deux hausses des taux de la BCE en 2026. Avant le début de la guerre contre l’Iran, les opérateurs pensaient qu’une baisse des taux était possible cette année.

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré que la décision avait été prise à l’unanimité par le Conseil des gouverneurs, le principal organe décisionnel de la banque. « Il n’y avait pas de divergence d’opinions », a-t-elle déclaré aux journalistes.

Lagarde a également refusé de dire que la BCE était « en bonne posture », comme elle l’avait fait à la suite des récentes décisions de politique monétaire. Elle a plutôt réaffirmé que la banque était « bien positionnée » pour faire face à d’éventuelles hausses de prix, et que le Conseil des gouverneurs continuerait à suivre son approche « dépendante des données » dans l’élaboration de sa politique monétaire.

Le choc des prix de l’énergie provoqué par l’invasion de Moscou avait fait grimper l’inflation à un pic de 10,6 % en octobre 2022 et avait conduit la BCE à relever son taux directeur, le faisant passer de niveaux négatifs à un niveau record de 4 %. La BCE a maintenu ses taux inchangés à chaque réunion depuis juillet 2025.

L’inflation dans la zone euro a atteint 1,9 % en février, contre 1,7 % en janvier, mais reste inférieure à l’objectif de 2 % fixé par la BCE. L’inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils des denrées alimentaires et de l’énergie, est passée de 2,2 % à 2,4 %.

Cet article a été mis à jour pour inclure les commentaires de la conférence de presse de Christine Lagarde.

(vib)