La Banque mondiale appelle à davantage d’investissements pour réduire les émissions de l’industrie agroalimentaire

Selon la Banque mondiale, les investissements dans la réduction des émissions du secteur agroalimentaire doivent être multipliés par 18. Une augmentation essentielle pour réduire de moitié les émissions du secteur d'ici à 2030 et engager le monde vers la neutralité carbone.

Euractiv.com
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L’UE a pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. [SHUTTERSTOCK/Gorloff-KV]

Selon une étude de la Banque mondiale publiée mardi (7 mai), les investissements dans la réduction des émissions du secteur agroalimentaire doivent être multipliés par 18 pour atteindre environ 240 milliards d’euros annuellement. Une augmentation significative qui serait essentielle pour réduire de moitié les émissions de ce secteur d’ici à 2030 et engager le monde sur la trajectoire pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Le rapport identifie le secteur agroalimentaire, responsable d’environ un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre, comme une « source inexploitée » d’action contre le changement climatique.

« Trop peu d’argent est actuellement investi dans la réduction des émissions [du secteur] agroalimentaire », peut-on lire dans le rapport, qui précise que les investissements annuels devraient être multipliés « par 18 » pour atteindre environ 240 milliards d’euros par an afin de réduire de moitié les émissions d’ici à 2030.

D’après l’étude, les stratégies pour réduire les émissions du secteur agroalimentaire dans les pays à revenu élevé comprennent le passage à des sources d’énergie faible taux d’émission, la diminution de la demande pour les aliments à forte empreinte carbone par la tarification, et le soutien financier aux pays en développement pour faciliter leur transition.

« Parmi les différents secteurs économiques, l’industrie alimentaire est le secteur qui affiche les progrès les plus lents en matière d’efficacité énergétique », alerte le rapport, appelant les pays à faire davantage pour promouvoir les énergies renouvelables dans le système agroalimentaire.

En ce qui concerne l’UE plus spécifiquement, elle a pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Un rapport du Conseil consultatif scientifique européen sur le changement climatique (CCESCC) publié en janvier indiquait que les politiques européennes actuelles ne suffisent pas pour atteindre les objectifs climatiques de l’Union. Le Conseil recommandait notamment l’instauration d’un système de tarification du carbone pour le secteur agricole, le système d’échange de quotas d’émission (SEQE) excluant actuellement ce secteur.

Des régimes alimentaires durables

Si les pays à revenu intermédiaire contribuent le plus aux émissions mondiales du système agroalimentaire, ce sont les pays à revenu élevé qui affichent les niveaux d’émissions par personne les plus élevés, souligne l’étude.

Ce phénomène est attribué à la « forte consommation de viande et de produits laitiers » ainsi qu’à l’augmentation du transport, de la transformation et de l’emballage des aliments.

Pour inverser cette tendance, les auteurs du rapport préconisent une réorientation des subventions, passant de la viande rouge et des produits laitiers à des « aliments à faibles émissions, tels que la volaille, les fruits et les légumes ».

Les auteurs du rapport appellent également à effectuer la transition vers un secteur agroalimentaire à faibles émissions « avec précaution », faute de quoi des risques à court terme, tels que les perturbations du marché du travail et de l’approvisionnement alimentaire, pourraient être observés.

« De même, les systèmes de tarification des émissions augmenteraient intrinsèquement les prix des aliments à fortes émissions, ce qui toucherait de manière disproportionnée les familles à faibles revenus », indique le rapport.

Mais les coûts de l’inaction l’emportent sur les obstacles économiques et sociaux potentiels, insiste l’étude.

« Non seulement l’inaction entraînerait des pertes d’emplois et perturberait l’approvisionnement alimentaire, mais elle rendrait également notre planète invivable. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]