L'Ukraine doit cesser de tergiverser entre l'est et l'ouest et suivre sa propre voie

Au lieu de se positionner à l'ouest ou à l'est, l'Ukraine devrait mener des réformes et utiliser ses ressources naturelles considérables et son potentiel humain pour devenir un éminent acteur de la scène internationale, selon ses propres termes. C'est ce qu'ont déclaré des intervenants lors d'une conférence au Parlement européen mercredi (26 septembre).

EURACTIV.com
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Au lieu de se positionner à l'ouest ou à l'est, l'Ukraine devrait mener des réformes et utiliser ses ressources naturelles considérables et son potentiel humain pour devenir un éminent acteur de la scène internationale, selon ses propres termes. C'est ce qu'ont déclaré des intervenants lors d'une conférence au Parlement européen mercredi (26 septembre).

La conférence « EU–Ukraine in 2020, looking beyond the current paradigm » visait à discuter de l'Ukraine hors du contexte de l'agenda bilatéral à court terme.

Cette conférence a été organisée par la Fondation EURACTIV et la Fondaption ukrainienne pour la démocratie People First. C'est l'eurodéputé polonais Pawe? Zalewski (Parti populaire européen) qui accueillait l'événement.

La plupart des intervenants n'ont pas abordé la question de l'emprisonnement de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko ou le bras de fer qui oppose Kiev et Moscou sur l'énergie.

Ils ont par contre largement abordé le sujet des élections législatives prévues le 28 octobre prochain.

Pas d'illusions quant aux élections

M. Zalewski, souvent très direct, a déclaré qu'il ne se faisait aucune illusion quant aux prochaines élections. Il a toutefois précisé que l'UE devrait reconnaître les résultats si une « compétition politique » avait bel et bien lieu dans le pays.

Il a décrit la politique en Ukraine comme « un outil permettant d'exercer une influence » et de s'enrichir. Si tant d'oligarques siègent au gouvernement, ce n'est pas pour rien, a-t-il avancé.

L'eurodéputé polonais a également expliqué que même si l'Ukraine « prétendait » être un pays démocratique, il n'était pas normal que l'UE accepte le pays en tant que tel.

« Comment pouvons-nous parler de normes démocratiques semblables à celles qui s'appliquent en Allemagne au sujet de l'Ukraine ? C'est impossible. C'est une réalité totalement différente. Si nous continuons sur cette voie, en prétendant d'accepter quelque chose qui n'existe pas, nous n'irons nulle part. »

M. Zalewski a expliqué que l'UE devait s'adresser à la société civile ukrainienne pour identifier « ceux qui sont pour le changement » et leur fournir les outils nécessaires, afin qu'ils puissent faire pression sur le gouvernement. « Si nous voulons que l'Ukraine change d'ici 2020, nous devons commencer dès maintenant », a-t-il martelé.

L'argent corrompu de l'Ukraine érodera l'Europe

Viktor Tkachuk, le directeur de People First, une organisation qui promeut la société civile ukrainienne, s'est montré plus pessimiste quant aux élections.

Il s'est toutefois montré tout aussi critique envers l'UE, affirmant que ses élites n'étaient pas parvenues à définir un modèle de civilisation pour le continent. « La seule autorité de l'UE réside dans l'histoire de ses précédents dirigeants et la force de ses sociétés économiques. Tout le reste, c'est de la bureaucratie », a-t-il expliqué.

« Ce qui existe dans l'UE, c'est la bureaucratie européenne, sans aucun doute. Mais qu'en est-il de l'intérêt européen commun ? Je ne pense pas qu'il existe réellement », a-t-il ajouté.

M. Tkachuk a également affirmé que « les énormes sommes d'argent corrompu » en provenance de la Russie et de l'Ukraine pénètreraient bientôt le système politique européen et l'éroderaient. Il a accusé les autorités européennes de fermer les yeux sur des territoires offshore comme Chypre, un pays membre de l'UE.

Il n'a pas été tendre non plus avec son propre pays   « L'idéologie des réformes actuelles est l'idéologie de la destruction de la classe moyenne. Quelque 300 000 petites entreprises ont fermé leurs portes en tout juste 18 mois. Pendant la même période, les dix oligarques les plus riches du pays ont accru leur fortune de 30 % », a-t-il affirmé.

« La « prolétarisation » de la société passe par la commercialisation du système éducatif et l'instigation de conflits religieux et linguistiques », a-t-il argué. « L'objectif est la destruction de la classe moyenne, mais aussi de la société civile et de sa capacité à protester et à contester les abus. »

Relations avec la Russie

Concernant la Russie, M. Tkachuk a expliqué « qu'aussi cynique que cela puisse paraître », le principal intérêt de l'Ukraine résidait dans l'intégrité territoriale de la Fédération de Russie. « Peu importe si la Russie est une démocratie ou si elle retourne à la monarchie ou à toute autre forme de pouvoir. Ce qui compte, c'est qu'elle reste entière », a-t-il expliqué. « Le problème, c'est que l'intérêt des États-Unis est à l'opposé. »

« Pour eux [les États-Unis] orchestrer l'affaiblissement de la Russie jusqu'à sa désintégration est la priorité », a-t-il affirmé.

Ces propos peuvent paraître pessimistes, mais mieux vaut aborder ces questions aujourd'hui qu'en 2020 lorsqu'il sera déjà trop tard, a-t-il expliqué.

De nouvelles forces

Mykola Malomuzh, un conseiller du président Viktor Ianoukovitch et l'ancien chef des renseignements étrangers sous le précédent président, Viktor Iouchtchenko, a déclaré qu'il n'était guère réaliste de penser que l'Ukraine deviendrait membre de l'UE à l'horizon 2020. Il a toutefois tenu à préciser que d'ici là, son pays serait devenu un « État puissant, un acteur régional puissant entre l'est et l'ouest ».

En se basant sur son expérience et une analyse fouillée, il a soutenu que de nouvelles forces de la société civile émergeaient en Ukraine et que ces nouveaux acteurs ne pouvaient accepter une gestion post-soviétique et corrompue du pays. Selon lui, ils ne représentent pas forcément le pouvoir ou l'opposition, mais proviennent de différents secteurs de la société. Ils commencent à se développer et à récolter des partisans en faveur de cette « transformation progressive ».

Si et quand ces nouvelles forces prendront le dessus, les relations du pays avec l'UE, mais également avec le Canada, les Etats-Unis et le Japon, prospéreront. L'Ukraine deviendra un leader mondial dans le domaine des nouvelles technologies et elle profitera pleinement de l'énorme potentiel de ses ressources naturelles et de son capital humain, a expliqué M. Malomuzh.

Relations avec l'OTAN

Quant à savoir pourquoi l'Ukraine ne demandait pas le statut de membre de l'OTAN, M. Malomuzh, un général de l'armée, a déclaré que son pays jouissait d'un « très grand potentiel d'intégration » et qu'il participait à toutes les missions de maintien de la paix. Il a notamment cité l'Afghanistan, l'Irak, les côtes somaliennes aux mains des pirates et les Balkans occidentaux.

Certains membres de l'OTAN participent moins que l'Ukraine, a-t-il affirmé. Il a néanmoins ajouté que la société ukrainienne et l'OTAN n'étaient pas encore prêtes à officialiser l'adhésion.

« Le problème n'est pas la Russie, qui est contre cette adhésion. Le problème, c'est aussi l'Ukraine qui n'est pas encore prête à officialiser son adhésion, et l'OTAN qui n'est pas prêt à s'élargir », a-t-il avancé.

Visas

L'eurodéputé Ivailo Kalfin (Socialistes et Démocrates, Bulgarie), ancien ministre des affaires étrangères, a martelé que l'UE avait le devoir de lever les exigences de visa pour les citoyens ukrainiens, et ce bien avant 2020. Il a tenu ces propos en partie pour répondre à M. Viktor Tkachuk qui, dans son rapport sur les relations UE-Ukraine en 2020, ne prévoit pas la levée des exigences de visa.

M. Kalfin a expliqué que la situation avait beaucoup changé depuis le début des années 1990, lorsque les pays d'Europe centrale et orientale s'étaient fixé l'objectif de devenir membres de l'OTAN et de l'UE. Il a ajouté que cela ne s'appliquait pas qu'à l'Ukraine, mais aussi aux pays des Balkans occidentaux.

« Vous n'avez pas la même perspective. Vous n'avez pas la même perspective de temps et vous ne voyez pas l'enthousiasme des deux parties. »

M. Kalfin a affirmé que cette situation résultait surtout de la crise en Europe et du fait que l'UE était occupée à modifier ses structures institutionnelles. Dans ce contexte, la Russie s'est montrée plus sûre d'elle et a souhaité recréer des zones d'influence incluant l'Ukraine.

« Au vu de la situation, la meilleure option pour l'Ukraine est de suivre son propre chemin, de préférence en se fondant sur les valeurs européennes. Pas parce qu'elle dispose d'une offre claire de l'UE, l'Ukraine doit devenir maître de son destin », a-t-il déclaré.