L’UE tente de résoudre le casse-tête du « corridor gazier du sud » [FR]
Une réunion extraordinaire de l’UE le 8 mai à Prague tentera de sortir de l’ornière le projet de « corridor du sud » pour le gaz naturel, alors que la présidence tchèque bat le rappel pour soutenir le projet de gazoduc Nabucco, a appris EURACTIV.
Une réunion extraordinaire de l’UE le 8 mai à Prague tentera de sortir de l’ornière le projet de « corridor du sud » pour le gaz naturel, alors que la présidence tchèque bat le rappel pour soutenir le projet de gazoduc Nabucco, a appris EURACTIV.
Les Etats membres de l’UE et la Turquie seront poussés à clôturer au plus vite un accord intergouvernemental sur le gazoduc Nabucco, avec l’objectif qu’il soit signé avant juin 2009, selon un projet de conclusions de la réunion qu’EURACTIV est parvenu à se procurer.
La réunion de Prague, organisée par la présidence européenne tchèque, rassemblera des représentants de l’Azerbaïdjan, de la Turquie, de la Géorgie, du Turkménistan et du Kazakhstan, aux côtés des institutions européennes. Aucun chef d’Etat de l’UE ne sera présent, en dépit du libellé de la réunion donné par les organisateurs : un « sommet ».
A Prague, la présidence tchèque pèsera en faveur d’un accord intergouvernemental avant la fin de 2009 sur le gazoduc ITGI en projet, qui relierait la Grèce à l’Italie. Le projet est encore dans sa phase de planification, mais a reçu l’appui essentiel de la Grèce, de l’Italie et de la Turquie en juillet 2007.
Selon le projet de déclaration, la réunion cherchera aussi à promouvoir un gazoduc visant à amener les réserves de gaz naturel présentes sous la mer Caspienne depuis le Turkménistan jusqu’à Baku, la capitale azérie. Ce « lien trans-caspien » est considéré comme un important élément structurel pour Nabucco, puisqu’il pourrait contribuer à remplir le gazoduc, rendant ainsi ce dernier projet commercialement viable.
Le concept de « corridor gazier du sud » encore à définir
Cependant, il apparaît que les pays de l’UE doivent encore convenir des projets qui constitueront réellement le corridor gazier du sud.
En novembre de l’année dernière, la Commission européenne a présenté sa Deuxième analyse stratégique de la politique énergétique, en appelant de ses vœux une agrandissement des réserves de gaz européennes dans la région caspienne quand les conditions politiques le permettront. L’analyse a mentionné les gazoducs Nabucco, Turquie-Grèce–Italie et South Stream comme étant des alternatives envisageables au gaz russe à la suite de la crise de l’approvisionnement de janvier entre Moscou et Kiev.
Il s’est toutefois gardé de définir précisément le concept de « corridor gazier du sud ». Ce que signifie l’expression n’est pas encore tout à fait clair, a concédé un diplomate haut placé de l’un des plus grands Etats membres.
La réunion tchèque tentera d’éclaircir la question, et le projet de déclaration du sommet laisse entrevoir que l’idée principale sera une définition du concept en des termes aussi larges que possible.
Le concept de corridor du sud vient en complément à d’autres partenariats et projets européens existant en matière d’énergie, et est ouvert à la participation et aux contributions de tiers, au cas par cas, peut-on lire dans le projet.
Celui-ci donne la vision suivante du corridor : une Route de la soie moderne, reliant les pays et les gens dans la région, qu’on s’attend à voir agir comme un catalyseur pour une coopération élargie dans d’autres secteurs, y compris le transport.
Projets concurrents
En parallèle, des projets concurrents dans la région intensifient leurs campagnes pour recevoir l’appui politique de l’UE. Si Nabucco est sur toutes les lèvres, d’autres s’efforcent de se faire entendre.
En février 2008, StatoilHydro, la société étatique norvégienne de l’énergie, a rejoint le projet de pipeline trans-adriatique (TAP), une coentreprise avec le groupe suisse EGL qui verrait la construction d’un pipeline de 520 kilomètres entre l’Albanie et l’Italie.
Le pipeline transporterait du gaz via la Grèce et l’Albanie à travers la mer Adriatique vers la région des Pouilles (Italie du sud) et s’avancerait au sein de l’Europe de l’ouest. Une liaison avec le réseau turc de pipeline permettrait de se connecter à de potentiels fournisseurs dans la région caspienne, y compris l’Iran et l’Azerbaïdjan.
La capacité de transport gazier du pipeline TAP avoisinera les 10 milliards de mètres cube annuels, avec la possibilité de l’étendre à 20 milliards de mètres cube, a déclaré TAP dans une déclaration publiée l’année dernière après l’arrivée de StatoilHydro. Le pipeline devrait être opérationnel au plus tôt à partir de 2011, en fonction des besoins en livraison de gaz, a-t-elle déclaré.
La présence du géant gazier norvégien dans la coentreprise pourrait susciter l’intérêt des pays de l’UE envers le projet TAP. StatoilHydro a déjà une stature de fournisseur fiable de gaz naturel à l’Europe et c’est le second plus grand dans l’Union après la Russie.
Ce qui peut compter davantage, est la détention par le groupe d’une participation à hauteur de 25,5 % dans Shah Deniz, un champ d’extraction de gaz important dans la partie azérie de la mer Caspienne, faisant de TAP un offreur sérieux pour les projets d’infrastructure dans la région.
Notre décision de rejoindre le projet TAP entend proposer un débouché du marché attractif pour le gaz du Shah Deniz vers le marché européen, a déclaré Rune Bjørnson, vice-président exécutif pour le gaz naturel chez StatoilHydro. Le géant pétrolier anglais BP détient aussi une part de 25,5 % chez Shah Deniz et est l’unique exploitant du champ.
La production dans le champ Shah Deniz a commencé en 2006. Des réserves supplémentaires furent découvertes afin de soutenir le développement de la seconde étape du champ, a affirmé TAP dans une déclaration de février 2008. Cela signifie que le développement pourrait démarrer rapidement dès la réunion de toutes les conditions, selon des sources du monde de l’industrie.
Robert Klein, directeur de projet chez TAP, a déclaré que le projet pourrait devenir le dernier maillon du corridor gazier du sud au coût raisonnable d’environ 1,5 milliard d’euros, dans un calendrier raisonnable. Selon lui, le dernier obstacle restant est une décision de la Turquie de faire évoluer son réseau existant de pipeline de convenir de termes et conditions pour son usage par des tiers.