L’UE privée du gaz biélorusse

Les Russes ont rassuré les Européens en promettant de faire passer le gaz par l’Ukraine.

EURACTIV.fr
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Les Russes ont rassuré les Européens en promettant de faire passer le gaz par l’Ukraine.

La crise du gaz entre la Russie et la Biélorussie se poursuit. Mardi 22 juin, la Biélorussie a décidé d’interrompre la livraison de gaz russe à destination de l’Europe. La veille, Moscou avait annoncé qu’elle réduisait ses exportations de gaz à destination de son voisin à hauteur de 15%. La limitation est passée à 30% mardi et pourrait atteindre jusqu’à 85%. 

L’accord entre les deux pays prévoit l’achat par Minsk du gaz russe à hauteur de 169 dollars les 1000 mètres cubes. Or, selon Moscou, la Biélorussie n’aurait payé que 150 dollars les 1000 mètres cubes depuis le mois de janvier, ce qui représente une dette de 192 millions de dollars. Ces arrierés de paiement non assurés sont la cause de la décision de Moscou de diminuer le transit de gaz vers ce pays. 46 millions de mètres cubes sont exportés par la Russie en Biélorussie. 
 
Si le groupe de coordination sur le gaz, réuni à Bruxelles il y a cinq jours, n’a pas jugé grave la crise entre les deux pays, l’UE est pourtant montée au créneau après l’annonce de Minsk de suspendre, en guise de représailles, la livraison du gaz à destination de l’Europe. “Nous attendons que le transit du gaz ne soit pas affecté et que les obligations contractuelles soient remplies”, a déclaré la porte-parole du commissaire à l’Energie, Marlene Holzner. 
 
La Lituanie, Kaliningrad et plus marginalement la Pologne sont susceptibles d’être atteints par la décision de Minsk. Depuis la fermeture de la centrale d’Ignalina à la fin de l’année 2009, le pays est totalement dépendant du gaz qui transite par la Biélorussie. L’Estonie et la Lettonie, sont reliés à la Russie par un gazoduc. “Reste à savoir si ce mini-gazoduc suffira et si Moscou va vouloir jouer ce jeu-là”, s’interroge Susanne Nies, chercheur à l’Ifri. Quant à la Pologne, elle est moins dépendante du gaz russe et il est possible d’inverser les flux avec l’Allemagne”, poursuit-elle. 

Passer par l’Ukraine


“Nous continuons à surveiller les situations et sommes en contact étroit avec les autorités de Russie et du Bélarus”, a déclaré la porte-parole de la Commission européenne. A ce stade nous n’avons aucune information faisant état de problèmes d’approvisionnement dans les États membres”. “Gazprom a des contrats avec des entreprises de l’UE et en cas de problème nous attendons vraiment qu’ils respectent leurs promesses et leurs contrats” en faisant transiter le gaz par l’Ukraine, a-t-elle ajouté.
 
De leur côté les Russes ont tenu à assurer les Européens qu’ils ne revivraient pas la crise de janvier 2009. « Nos clients européens vont recevoir tout le volume prévu dans nos contrats, indépendamment des agissements de Minsk », a assuré le porte-parole de Gazprom, Sergueï Kouprianov. Le groupe envisage notamment d’augmenter ses livraisons via l’Ukraine voisine et de puiser dans ses réserves souterraines situées en Europe.

Le président russe Dmitri Medvedev a « donné toutes les instructions nécessaires » pour contrer l’arrêt du transit, a pour sa part indiqué sa porte-parole Natalia Timakova, citée par les agences de presse russes.

Moscou a donné 15 jours à Minsk pour honorer ses dettes. Le pays lui a proposé de payer en machines, mais les Russes ont refusé, indiquant qu’ils ne prenaient “ni gateau ni fromage”. “Même si la somme n’est pas énorme on ne sait pas très bien comment les Biélorusses vont trouver l’argent”, explique Susanne Nies. « Reste qu’il s’agit bien d’une crise locale d’approvisionnement, car “le marché européen du gaz se porte très bien”, ajoute la chercheuse. 
 
Russes et Biélorusses sont aujourd’hui parties prenantes à 50/50 d’une societé dénommée Beltransgaz qui possède de nombreux pipelines pour le gaz naturel. Pour éviter ce type de crise, “l’UE devrait être actionnaire des réseaux ukrainiens ou Beltransgaz”, conclut Mme Nies.